Le New Deal de Franklin D. Roosevelt
Le New Deal est l'ensemble des réformes lancées par Franklin D. Roosevelt à partir de 1933 pour sortir les États-Unis de la Grande Dépression : sauvetage des banques, grands travaux, aides aux agriculteurs, droit du travail et création de la sécurité sociale. Il a durablement élargi le rôle de l'État fédéral.
Le terme vient du discours d'acceptation de l'investiture démocrate de Franklin D. Roosevelt, le 2 juillet 1932 : « Je vous promets, je me promets à moi-même, une nouvelle donne pour le peuple américain. » Il ne désigne pas un programme cohérent conçu à l'avance, mais une succession d'expériences, parfois contradictoires, menées entre 1933 et 1938.
Le pays en 1933
Quand Roosevelt prête serment le 4 mars 1933, la crise de 1929 est à son paroxysme. Environ un quart de la population active est au chômage, la production industrielle a été presque divisée par deux depuis 1929 et des milliers de banques ont fait faillite. Dans plusieurs États, les gouverneurs ont fermé les banques pour enrayer les retraits massifs. Son prédécesseur, Herbert Hoover, avait engagé des mesures (Reconstruction Finance Corporation), mais refusait l'aide fédérale directe aux chômeurs.
Dans son discours d'investiture, Roosevelt déclare que « la seule chose dont nous devons avoir peur, c'est de la peur elle-même » et réclame des pouvoirs étendus pour agir.
Les Cent Jours : sauver les banques et l'agriculture
Dès le 6 mars 1933, Roosevelt décrète des « vacances bancaires » nationales. L'Emergency Banking Act, voté le 9 mars, permet la réouverture des établissements solvables sous contrôle fédéral. Le 12 mars, dans sa première « causerie au coin du feu » radiodiffusée, il explique le dispositif aux Américains : les dépôts reviennent dans les banques. Entre le 9 mars et le 16 juin 1933, période restée sous le nom des « Cent Jours », le Congrès adopte une quinzaine de lois majeures.
- Civilian Conservation Corps (CCC, mars 1933) : environ 3 millions de jeunes hommes employés jusqu'en 1942 à reboiser, lutter contre l'érosion et aménager les parcs nationaux et d'État.
- Agricultural Adjustment Act (mai 1933) : indemnisation des agriculteurs qui réduisent leur production, pour faire remonter les prix.
- Tennessee Valley Authority (TVA, mai 1933) : agence publique de barrages, d'électrification et de développement régional dans la vallée du Tennessee.
- Banking Act (Glass-Steagall) (juin 1933) : séparation des banques de dépôt et d'investissement, création de l'assurance fédérale des dépôts (FDIC).
- National Industrial Recovery Act (juin 1933) : codes de concurrence par branche, salaires minimaux, droit syndical, et grands travaux de la Public Works Administration.
La même année, l'abandon de l'étalon-or intérieur prépare la dévaluation du dollar (Gold Reserve Act de janvier 1934), et la fin de la Prohibition est actée par le 21e amendement en décembre 1933 (voir la Prohibition). En 1934, la Securities and Exchange Commission est créée pour encadrer Wall Street.
Le second New Deal (1935-1938)
Face aux critiques venues de la droite (American Liberty League) comme de la gauche populiste (le sénateur Huey Long et sa campagne « Share Our Wealth », le prêtre radiophonique Charles Coughlin), Roosevelt engage en 1935 une seconde vague de réformes, plus sociale.
- Works Progress Administration (WPA, mai 1935) : programme d'emploi public qui fait travailler environ 8,5 millions de personnes jusqu'en 1943 à la construction de routes, ponts, écoles et aéroports, mais aussi des artistes, écrivains et photographes.
- Wagner Act (juillet 1935) : garantie du droit syndical et de la négociation collective, création du National Labor Relations Board.
- Social Security Act (14 août 1935) : retraites fédérales, assurance chômage et aides aux personnes âgées, aux aveugles et aux enfants dépendants.
- Rural Electrification Administration (1935) : électrification des campagnes, alors très en retard sur les villes.
- Fair Labor Standards Act (juin 1938) : premier salaire minimum fédéral (25 cents de l'heure), limitation progressive de la semaine de travail à 40 heures et interdiction de l'essentiel du travail des enfants.
Roosevelt est réélu triomphalement en 1936, avec 523 grands électeurs contre 8 et la victoire dans 46 des 48 États.
Le conflit avec la Cour suprême
La Cour suprême annule plusieurs piliers du premier New Deal : la NIRA en mai 1935 (Schechter Poultry Corp. v. United States), puis l'AAA en janvier 1936 (United States v. Butler). En février 1937, Roosevelt propose de nommer un juge supplémentaire pour chaque juge de plus de 70 ans, jusqu'à quinze au total. Ce « plan de remplissage de la Cour » est rejeté par le Congrès, y compris par de nombreux démocrates. Mais dès mars 1937, la Cour valide une loi sur le salaire minimum (West Coast Hotel Co. v. Parrish), puis le Wagner Act et la sécurité sociale : elle n'invalidera plus de loi économique majeure du New Deal.
Résultats et limites
Le chômage recule fortement entre 1933 et 1937, mais la reprise est interrompue par la récession de 1937-1938, provoquée en partie par la réduction des dépenses fédérales et le resserrement monétaire. Le plein emploi ne revient qu'avec la mobilisation de la Seconde Guerre mondiale. Les économistes débattent toujours de l'efficacité relative des différentes mesures.
Le New Deal comporte aussi des angles morts. Pour obtenir le vote des élus démocrates du Sud, la sécurité sociale exclut à l'origine les ouvriers agricoles et les domestiques, catégories où les Afro-Américains sont surreprésentés. Les aides agricoles profitent d'abord aux propriétaires et poussent de nombreux métayers hors des terres. Les prêts immobiliers garantis par l'État fédéral sont attribués selon des cartes qui excluent les quartiers noirs (redlining).
Un héritage durable
Le New Deal fonde l'État-providence américain et recompose la vie politique : la « coalition du New Deal » (ouvriers, syndicats, électeurs du Sud, minorités urbaines, Afro-Américains) assure aux démocrates une domination presque continue jusqu'aux années 1960. La sécurité sociale, la FDIC, la SEC et la TVA existent toujours. Les photographies de la Farm Security Administration, comme Migrant Mother de Dorothea Lange (1936), et le roman Les Raisins de la colère ont fixé l'image de cette époque. Eleanor Roosevelt joue un rôle actif auprès des plus défavorisés. Élu quatre fois, Roosevelt suscite en réaction l'adoption du 22e amendement, qui limite la présidence à deux mandats.
Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 8 novembre 1932 | Élection de Franklin D. Roosevelt |
| 4 mars 1933 | Investiture |
| 6-9 mars 1933 | Vacances bancaires et Emergency Banking Act |
| 12 mars 1933 | Première causerie au coin du feu |
| Mars-juin 1933 | Les Cent Jours : CCC, AAA, TVA, Glass-Steagall, NIRA |
| 5 décembre 1933 | Fin de la Prohibition |
| 27 mai 1935 | La Cour suprême invalide la NIRA |
| Mai-août 1935 | WPA, Wagner Act, Social Security Act |
| 3 novembre 1936 | Réélection de Roosevelt |
| Février 1937 | Projet de réforme de la Cour suprême |
| 1937-1938 | Récession |
| 25 juin 1938 | Fair Labor Standards Act |
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le New Deal en résumé ?
La politique de Franklin D. Roosevelt face à la Grande Dépression, fondée sur trois axes souvent résumés par « relief, recovery, reform » : secourir les chômeurs, relancer l'économie et réformer le système financier et social.
Le New Deal a-t-il mis fin à la crise ?
Il a stabilisé les banques et fait reculer le chômage, mais la reprise est restée incomplète jusqu'à la mobilisation économique de la Seconde Guerre mondiale.
Que reste-t-il du New Deal ?
La sécurité sociale, l'assurance des dépôts bancaires (FDIC), la SEC, le salaire minimum fédéral, le droit syndical et de nombreux équipements publics construits par la WPA et la PWA.
Quelle différence entre premier et second New Deal ?
Le premier (1933-1934) vise l'urgence et la relance ; le second (1935-1938) porte des réformes sociales plus profondes : sécurité sociale, droit syndical, emploi public massif.