Ellis Island, la porte d'entrée des immigrants en Amérique
De 1892 à 1954, environ 12 millions d'immigrants ont été contrôlés à Ellis Island, petite île de la baie de New York. Pour la plupart, l'inspection durait quelques heures ; environ 2 % seulement étaient refoulés. L'île abrite aujourd'hui le musée national de l'Immigration.
Le National Park Service estime qu'environ 40 % des Américains ont au moins un ancêtre passé par Ellis Island. L'île, voisine de la Statue de la Liberté, est devenue le symbole de la grande vague migratoire européenne de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.
Avant Ellis Island : un pays d'immigrants
Jusqu'en 1875, l'immigration n'est pratiquement pas réglementée au niveau fédéral. À New York, principal port d'arrivée, l'État gère de 1855 à 1890 le centre de Castle Garden, à la pointe de Manhattan, par lequel passent environ 8 millions de personnes. Les premières grandes vagues viennent d'Irlande (famine de 1845-1852) et d'Allemagne. La première restriction majeure vise les Chinois : le Chinese Exclusion Act de 1882 interdit leur immigration pendant dix ans, mesure prolongée jusqu'en 1943.
En 1890, le gouvernement fédéral prend la main et choisit Ellis Island, îlot de 1,3 hectare agrandi par remblais à plus de 11 hectares, pour y construire une station d'inspection.
Le fonctionnement de la station (1892-1954)
La station ouvre le 1er janvier 1892 ; la première immigrante enregistrée est Annie Moore, 17 ans, venue d'Irlande. Le bâtiment en bois brûle le 15 juin 1897 ; le bâtiment actuel en brique, de style Beaux-Arts, ouvre le 17 décembre 1900. Seuls les passagers de troisième classe et d'entrepont passent par l'île : ceux de première et deuxième classe sont inspectés à bord.
Le parcours type :
- Débarquement en bac depuis les quais de Manhattan, avec une étiquette indiquant le numéro du manifeste du navire.
- Montée de l'escalier vers la grande salle d'enregistrement (Registry Room), pendant que des médecins observent discrètement les essoufflés : c'est l'« inspection de six secondes ».
- Examen médical : les médecins marquent à la craie le vêtement des suspects (« E » pour les yeux, « H » pour le cœur, « X » pour suspicion de trouble mental). Le trachome, maladie des yeux, est la cause de refus la plus redoutée.
- Interrogatoire légal : une trentaine de questions (nom, profession, destination, argent, casier judiciaire) vérifiées contre le manifeste.
Environ 80 % des immigrants passent en quelques heures. Les autres sont retenus pour soins ou audience. Environ 2 % sont refoulés, soit quelque 250 000 personnes en 62 ans ; environ 3 500 meurent sur l'île, dans ses hôpitaux. Contrairement à une légende tenace, les agents n'ont pas « changé les noms » des immigrants : ils travaillaient à partir des listes établies au port de départ.
Le record journalier est atteint le 17 avril 1907, avec 11 747 immigrants traités. Cette année-là, plus d'un million de personnes entrent aux États-Unis.
Les grandes vagues migratoires
Entre 1880 et 1920, plus de 20 millions d'immigrants arrivent aux États-Unis. Après les Irlandais, Allemands et Scandinaves, la « nouvelle immigration » vient d'Europe du Sud et de l'Est : Italiens (plus de 4 millions entre 1880 et 1920), Juifs d'Europe orientale fuyant les pogroms, Polonais, Grecs, Hongrois, Slaves. La part des personnes nées à l'étranger atteint 14,7 % de la population en 1910, record qui n'a été approché qu'au XXIe siècle.
| Décennie | Immigrants admis aux États-Unis (arrondi) | Principales origines |
|---|---|---|
| 1881-1890 | 5,2 millions | Allemagne, Royaume-Uni, Irlande, Scandinavie |
| 1891-1900 | 3,7 millions | Italie, Autriche-Hongrie, Russie |
| 1901-1910 | 8,8 millions | Italie, Autriche-Hongrie, Russie |
| 1911-1920 | 5,7 millions | Italie, Russie, Autriche-Hongrie |
| 1921-1930 | 4,1 millions | Canada, Mexique, Italie, Allemagne |
| 1931-1940 | 0,5 million | Allemagne, Canada, Italie |
Les immigrants s'installent dans les quartiers ouvriers des grandes villes industrielles, du Lower East Side de New York à Chicago, Pittsburgh ou Cleveland. Les Français sont peu nombreux : l'émigration française vers les États-Unis n'a jamais été massive, à la différence de celle de l'Italie ou de l'Irlande.
Les quotas et le déclin d'Ellis Island
La peur de la concurrence ouvrière et un nativisme hostile aux catholiques et aux Juifs entraînent un tournant restrictif. Un test d'alphabétisation est imposé en 1917. L'Emergency Quota Act de 1921 limite les entrées par nationalité à 3 % des personnes de cette origine présentes en 1910 ; l'Immigration Act de 1924 (Johnson-Reed) abaisse le quota à 2 % sur la base du recensement de 1890, pour favoriser l'Europe du Nord et de l'Ouest, et exclut presque totalement les Asiatiques. Les visas sont désormais délivrés par les consulats à l'étranger : Ellis Island devient un centre de détention et d'expulsion, notamment pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle ferme le 12 novembre 1954.
Le système des quotas nationaux est aboli par l'Immigration and Nationality Act de 1965 (Hart-Celler), qui ouvre la voie à l'immigration latino-américaine et asiatique actuelle (voir l'immigration aux États-Unis aujourd'hui).
Visiter le musée d'Ellis Island
Rattachée au Statue of Liberty National Monument depuis 1965, l'île a rouvert en 1990 sous forme de musée national de l'Immigration après une restauration du bâtiment principal. On y voit la grande salle d'enregistrement, les dortoirs, les bagages, et l'American Immigrant Wall of Honor. La base de données des passagers arrivés par le port de New York est consultable gratuitement en ligne par la Statue of Liberty-Ellis Island Foundation.
- Accès : uniquement par les bacs de Statue City Cruises, concessionnaire officiel du NPS, depuis Battery Park (Manhattan) ou Liberty State Park (Jersey City, New Jersey). Le billet inclut la Statue de la Liberté et Ellis Island.
- Durée : comptez 2 à 3 heures pour Ellis Island, une journée pour les deux îles.
- Conseil : réservez sur le site officiel du concessionnaire ; les revendeurs à la sauvette de Battery Park vendent des croisières qui ne débarquent pas sur les îles.
Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 1855-1890 | Centre de Castle Garden à Manhattan |
| 6 mai 1882 | Chinese Exclusion Act |
| 28 octobre 1886 | Inauguration de la Statue de la Liberté |
| 1er janvier 1892 | Ouverture d'Ellis Island |
| 15 juin 1897 | Incendie du premier bâtiment |
| 17 décembre 1900 | Ouverture du bâtiment actuel |
| 17 avril 1907 | Record de 11 747 arrivées en un jour |
| 1921 et 1924 | Lois des quotas |
| 12 novembre 1954 | Fermeture de la station |
| 1965 | Rattachement au monument national ; loi Hart-Celler |
| 10 septembre 1990 | Ouverture du musée |
Questions fréquentes
Combien d'immigrants sont passés par Ellis Island ?
Environ 12 millions entre 1892 et 1954, selon le National Park Service.
Ellis Island est-elle à New York ou au New Jersey ?
Les deux : la Cour suprême a jugé en 1998 que l'île d'origine relève de New York et que les terres ajoutées par remblai, soit environ 90 % de la superficie actuelle, appartiennent au New Jersey.
Combien d'immigrants étaient refoulés ?
Environ 2 %, surtout pour raisons médicales ou parce qu'ils risquaient de devenir une charge publique.
Peut-on retrouver un ancêtre passé par Ellis Island ?
Oui, la Statue of Liberty-Ellis Island Foundation met en ligne gratuitement les listes de passagers arrivés au port de New York de 1820 à 1957.
Comment aller à Ellis Island ?
Uniquement en bac Statue City Cruises depuis Battery Park à Manhattan ou Liberty State Park au New Jersey ; le même billet donne accès à la Statue de la Liberté.