Les États-Unis et la Grande Guerre (1917-1918)

Neutres de 1914 à 1917, les États-Unis déclarent la guerre à l'Allemagne le 6 avril 1917 après la reprise de la guerre sous-marine à outrance et le télégramme Zimmermann. Environ 2 millions de soldats américains débarquent en France, où leur arrivée contribue à la victoire alliée de novembre 1918.

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L'engagement américain est tardif — dix-neuf mois de combats seulement — mais il fait basculer le rapport de forces sur le front occidental et transforme durablement la place des États-Unis dans le monde. Il coûte la vie à 116 516 militaires américains, dont une majorité victimes de maladies, notamment de la grippe de 1918.

Une neutralité de plus en plus fragile (1914-1917)

En août 1914, le président Woodrow Wilson proclame la neutralité des États-Unis et demande aux Américains d'être « neutres en pensée comme en actes ». Le pays, où vivent d'importantes communautés d'origine allemande et irlandaise, n'a aucune envie de s'engager dans un conflit européen. Mais ses échanges commerciaux et ses prêts bénéficient très majoritairement aux Alliés, que le blocus britannique coupe de l'Allemagne.

Pour briser ce blocus, l'Allemagne recourt à la guerre sous-marine. Le 7 mai 1915, le paquebot britannique Lusitania est torpillé au large de l'Irlande : 1 198 morts, dont 128 Américains. L'indignation est immense, mais Wilson se contente de notes diplomatiques. Après le torpillage du Sussex en mars 1916, Berlin s'engage à épargner les navires marchands (« promesse du Sussex »). Wilson est réélu en novembre 1916 sur le slogan « Il nous a tenus à l'écart de la guerre ».

Des volontaires américains combattent déjà en France : ambulanciers de l'American Field Service et pilotes de l'escadrille La Fayette, créée en 1916 au sein de l'aviation française.

Le télégramme Zimmermann et la déclaration de guerre

Le 1er février 1917, l'Allemagne reprend la guerre sous-marine à outrance, pariant qu'elle aura vaincu le Royaume-Uni avant que l'Amérique puisse peser. Washington rompt ses relations diplomatiques le 3 février. Le 1er mars, la presse publie un télégramme du ministre allemand des Affaires étrangères, Arthur Zimmermann, intercepté et déchiffré par les services britanniques : il propose au Mexique une alliance contre les États-Unis, avec la promesse de récupérer le Texas, le Nouveau-Mexique et l'Arizona.

Après le torpillage de plusieurs navires américains, Wilson demande au Congrès, le 2 avril 1917, de déclarer la guerre pour que « le monde soit rendu sûr pour la démocratie ». Le Sénat vote par 82 voix contre 6, la Chambre par 373 contre 50 ; la déclaration est signée le 6 avril. Les États-Unis entrent en guerre comme « puissance associée », et non comme alliée formelle de la France et du Royaume-Uni.

Mobiliser une nation

En 1917, l'armée régulière ne compte qu'environ 130 000 hommes. Le Selective Service Act du 18 mai 1917 rétablit la conscription : environ 24 millions d'hommes sont recensés et 2,8 millions appelés. Les effectifs militaires approchent 4 millions en novembre 1918.

  • Économie : le War Industries Board coordonne la production ; les emprunts de la Liberté (Liberty Bonds) financent l'effort de guerre.
  • Opinion : le Committee on Public Information de George Creel orchestre la propagande ; l'Espionage Act (1917) et le Sedition Act (1918) répriment l'opposition à la guerre.
  • Société : la demande industrielle accélère la Grande Migration des Afro-Américains vers les villes du Nord ; les femmes entrent massivement dans les usines, ce qui pèse dans l'adoption du 19e amendement sur le droit de vote des femmes.

Le corps expéditionnaire américain en France

Le général John Pershing débarque à Boulogne-sur-Mer le 13 juin 1917. Le 4 juillet, au cimetière de Picpus à Paris, sur la tombe de La Fayette, le colonel Charles Stanton prononce la formule restée célèbre : « La Fayette, nous voilà ! » (voir La Fayette, héros des deux mondes). Pershing refuse de disperser ses troupes dans les armées alliées et exige une armée américaine autonome, constituée à l'été 1918.

Les premières grandes actions ont lieu au printemps 1918, face aux offensives allemandes : Cantigny (28 mai), Château-Thierry et le bois de Belleau (juin), où se distinguent les Marines. Les Américains participent à la seconde bataille de la Marne, puis réduisent le saillant de Saint-Mihiel (12-15 septembre). L'offensive Meuse-Argonne (26 septembre-11 novembre 1918), avec plus d'un million de soldats engagés, reste la bataille la plus meurtrière de l'histoire militaire américaine : environ 26 000 tués.

Le 369e régiment d'infanterie, les « Harlem Hellfighters », unité afro-américaine affectée à l'armée française en raison de la ségrégation, passe plus de six mois au front et reçoit collectivement la croix de guerre. Son orchestre, dirigé par James Reese Europe, fait découvrir le jazz au public français.

Les 14 points et l'échec du traité de Versailles

Le 8 janvier 1918, Wilson présente devant le Congrès ses « 14 points » : diplomatie ouverte, liberté des mers, désarmement, droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et création d'une Société des Nations. L'armistice est signé le 11 novembre 1918. Wilson se rend en personne à la conférence de la paix de Paris, une première pour un président en exercice, et reçoit le prix Nobel de la paix 1919.

Le traité de Versailles, signé le 28 juin 1919, est rejeté deux fois par le Sénat (novembre 1919 et mars 1920), faute de majorité des deux tiers : les républicains menés par Henry Cabot Lodge refusent l'article 10 du pacte de la SDN, jugé contraire au pouvoir du Congrès de déclarer la guerre. Les États-Unis signent une paix séparée avec l'Allemagne (traité de Berlin, 25 août 1921) et ne rejoignent jamais la SDN. Le pays se replie sur l'isolationnisme jusqu'à la Seconde Guerre mondiale.

Bilan et mémoire

Militaires mobilisés
Environ 4,7 millions
Soldats envoyés en France
Environ 2 millions
Morts
116 516 (53 402 au combat)
Blessés
Environ 204 000

La guerre fait des États-Unis le premier créancier du monde. Le mouvement de tempérance profite du climat patriotique et de l'hostilité envers les brasseurs d'origine allemande : le 18e amendement instaurant la Prohibition est ratifié en janvier 1919. L'American Battle Monuments Commission entretient huit cimetières militaires de cette guerre en Europe, dont six en France, parmi lesquels celui de Romagne-sous-Montfaucon (Meuse), le plus grand cimetière militaire américain d'Europe avec plus de 14 000 tombes. Aux États-Unis, le National WWI Museum and Memorial se trouve à Kansas City. L'anniversaire de l'armistice, le 11 novembre, est devenu le Veterans Day, jour férié fédéral.

Chronologie

DateÉvénement
4 août 1914Proclamation de neutralité
7 mai 1915Torpillage du Lusitania
Novembre 1916Réélection de Wilson
1er février 1917Reprise de la guerre sous-marine à outrance
1er mars 1917Publication du télégramme Zimmermann
6 avril 1917Déclaration de guerre à l'Allemagne
18 mai 1917Loi sur la conscription
13 juin 1917Arrivée de Pershing en France
8 janvier 1918Discours des 14 points
Juin 1918Bataille du bois de Belleau
26 septembre 1918Début de l'offensive Meuse-Argonne
11 novembre 1918Armistice
28 juin 1919Signature du traité de Versailles
19 mars 1920Second rejet du traité par le Sénat

Questions fréquentes

Quand les États-Unis sont-ils entrés dans la Première Guerre mondiale ?

Le 6 avril 1917, par une déclaration de guerre à l'Allemagne. La guerre contre l'Autriche-Hongrie n'est déclarée que le 7 décembre 1917.

Pourquoi les États-Unis sont-ils entrés en guerre ?

Principalement à cause de la reprise de la guerre sous-marine à outrance, qui frappait les navires américains, et du télégramme Zimmermann, qui révélait une proposition d'alliance germano-mexicaine contre les États-Unis.

Combien de soldats américains sont morts en 14-18 ?

116 516, dont 53 402 au combat ; les autres sont morts de maladies, en particulier de la grippe de 1918, ou d'accidents.

Qui a dit « La Fayette, nous voilà ! » ?

Le colonel Charles E. Stanton, adjoint de Pershing, le 4 juillet 1917 au cimetière de Picpus, à Paris. La phrase est souvent attribuée à tort à Pershing lui-même.

Les États-Unis ont-ils signé le traité de Versailles ?

Wilson l'a signé, mais le Sénat a refusé de le ratifier. Les États-Unis ont conclu une paix séparée avec l'Allemagne en 1921.

Sources