Le jazz, de La Nouvelle-Orléans à New York

Le jazz est né vers 1900 à La Nouvelle-Orléans, dans la communauté afro-américaine et créole, de la rencontre du blues, du ragtime, des fanfares et des rythmes hérités de l'Afrique. Fondé sur l'improvisation et le swing, il a ensuite conquis Chicago, Kansas City et New York.

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Les origines : La Nouvelle-Orléans, creuset afro-créole

La Nouvelle-Orléans réunissait au XIXe siècle des conditions uniques. Sous les régimes français puis espagnol, les Africains réduits en esclavage pouvaient se rassembler le dimanche à Congo Square pour danser et jouer des percussions, une pratique interdite presque partout ailleurs aux États-Unis. La ville comptait aussi une importante communauté de « Créoles de couleur », souvent formés à la musique européenne, des fanfares de quartier qui accompagnaient défilés et enterrements, et une intense vie nocturne.

Vers 1895-1905, le cornettiste Buddy Bolden mêle le blues, le ragtime (popularisé par Scott Joplin et son Maple Leaf Rag de 1899), les hymnes religieux et les marches. Le résultat est une musique collective, syncopée, où chaque instrument improvise autour de la mélodie. Le premier disque de jazz est pourtant gravé en 1917 par un groupe blanc, l'Original Dixieland Jass Band, signe des barrières raciales de l'industrie phonographique.

La même année, la fermeture du quartier de Storyville et l'appel des usines du Nord poussent de nombreux musiciens vers Chicago. King Oliver y fait venir en 1922 un jeune cornettiste, Louis Armstrong, qui transforme le jazz en art du soliste avec ses enregistrements Hot Five et Hot Seven.

Les grandes époques du jazz

PériodeStyleCaractéristiquesFigures
1900-1920New OrleansImprovisation collective, cornet, clarinette, tromboneBuddy Bolden, Jelly Roll Morton, Sidney Bechet
1920-1930Chicago, années follesNaissance du solo, diffusion par le disque et la radioLouis Armstrong, King Oliver, Bix Beiderbecke
1930-1945Swing, big bandsGrands orchestres, musique de danse populaireDuke Ellington, Count Basie, Benny Goodman, Billie Holiday
1940-1955BebopTempos rapides, harmonies complexes, petites formationsCharlie Parker, Dizzy Gillespie, Thelonious Monk
1950-1965Cool, hard bop, jazz modalSonorité feutrée sur la côte Ouest, retour au blues et au gospel à New YorkMiles Davis, Art Blakey, Dave Brubeck, John Coltrane
1960-1970Free jazzLiberté totale de forme et d'harmonieOrnette Coleman, Albert Ayler, Coltrane tardif
Depuis 1970Fusion et jazz contemporainInstruments électriques, rock, funk, musiques du mondeMiles Davis, Herbie Hancock, Wynton Marsalis

Dans les années 1920, Harlem devient la capitale du jazz : Duke Ellington joue au Cotton Club à partir de 1927, devant un public blanc, alors que les musiciens noirs n'y sont pas admis comme clients. Kansas City, ville ouverte sous la Prohibition, invente un swing fondé sur le riff et le blues, berceau de Count Basie et de Charlie Parker. Au début des années 1940, les jam-sessions du Minton's Playhouse, à Harlem, donnent naissance au bebop, qui fait du jazz une musique d'écoute plutôt que de danse.

Les albums essentiels

TitreArtisteAnnée
West End Blues (78 tours)Louis Armstrong and His Hot Five1928
Strange Fruit (78 tours)Billie Holiday1939
Ko-Ko (78 tours)Charlie Parker1945
Ellington at NewportDuke Ellington1956
Brilliant CornersThelonious Monk1957
Kind of BlueMiles Davis1959
Time OutDave Brubeck Quartet1959
Mingus Ah UmCharles Mingus1959
The Shape of Jazz to ComeOrnette Coleman1959
A Love SupremeJohn Coltrane1965

Kind of Blue, enregistré en deux séances en 1959, est l'album de jazz le plus vendu de l'histoire et la porte d'entrée la plus souvent conseillée.

Les lieux du jazz à visiter

  • Preservation Hall, dans le Quartier français de La Nouvelle-Orléans : depuis 1961, une petite salle sans bar ni chaises confortables, entièrement dédiée au jazz traditionnel.
  • Congo Square, dans le Louis Armstrong Park, et le New Orleans Jazz National Historical Park, géré par le National Park Service, qui propose concerts et visites.
  • Frenchmen Street, à La Nouvelle-Orléans, pour les clubs où se produisent les musiciens locaux, et le New Orleans Jazz & Heritage Festival, chaque printemps depuis 1970.
  • Harlem, à New York : l'Apollo Theater (1934), où ont débuté Ella Fitzgerald et Sarah Vaughan, et les dimanches jazz des clubs du quartier.
  • Le Village Vanguard, à Greenwich Village : ouvert en 1935, le club le plus mythique de New York, où Coltrane et Bill Evans ont enregistré des disques en public.
  • La Louis Armstrong House, à Corona (Queens) : la maison où le trompettiste a vécu de 1943 à sa mort, en 1971, conservée en l'état.
  • Le quartier de 18th & Vine, à Kansas City, avec l'American Jazz Museum.

Le jazz et la France : une histoire d'amour

La France a été le premier pays à prendre le jazz au sérieux. En 1918, l'orchestre militaire de James Reese Europe, celui des « Harlem Hellfighters », le fait entendre dans les villes françaises. Joséphine Baker triomphe à Paris avec la Revue nègre en 1925, et le critique Hugues Panassié publie dès 1934 l'un des premiers livres consacrés au jazz. La même année naît le Quintette du Hot Club de France de Django Reinhardt et Stéphane Grappelli, premier grand jazz européen.

Après la guerre, les musiciens noirs américains trouvent à Paris une liberté que la ségrégation leur refuse chez eux : Sidney Bechet s'y installe en 1950 et signe Petite fleur, le batteur Kenny Clarke et le pianiste Bud Powell s'y établissent, et Miles Davis improvise la bande originale d'Ascenseur pour l'échafaud de Louis Malle (1958). Jazz à Juan (depuis 1960), Jazz in Marciac (depuis 1978) et Jazz à Vienne (depuis 1981) comptent parmi les grands festivals européens. Voir aussi l'histoire des relations franco-américaines.

Le jazz a irrigué les autres genres : la soul lui doit ses cuivres, le hip-hop a abondamment échantillonné ses disques. Vue d'ensemble : la musique américaine.

Questions fréquentes

Où et quand le jazz est-il né ?

À La Nouvelle-Orléans, entre 1895 et 1910 environ, au sein des communautés afro-américaine et créole. Il n'a pas de date de naissance précise : il s'est formé progressivement à partir du blues, du ragtime et des fanfares.

D'où vient le mot « jazz » ?

Son origine est discutée. Le mot, d'abord écrit « jass », apparaît dans la presse de San Francisco en 1912-1913, dans un contexte sportif, avec le sens d'énergie ou d'entrain, avant de désigner la musique vers 1915-1917.

Quel album écouter pour découvrir le jazz ?

Kind of Blue de Miles Davis (1959) est le choix le plus consensuel. Pour les origines, les enregistrements Hot Five et Hot Seven de Louis Armstrong (1925-1928) ; pour le swing, Count Basie ou Duke Ellington.

Où écouter du jazz à La Nouvelle-Orléans ?

Au Preservation Hall pour le jazz traditionnel, dans les clubs de Frenchmen Street pour la scène locale, et dans les rues lors des second lines, ces défilés de fanfares qui suivent les associations de quartier le dimanche.

Sources