Les noms de lieux d'origine française aux États-Unis

Des centaines de villes, rivières, lacs et cinq États portent un nom français ou transmis par le français : Louisiane, Vermont, Illinois, Arkansas, Wisconsin, Détroit, Saint-Louis, Boise, Des Moines, Baton Rouge. Ils jalonnent les anciennes routes de la Nouvelle-France, des Grands Lacs au golfe du Mexique, et la francophilie des premières décennies de la République.

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Ces toponymes relèvent de trois couches distinctes. La première, la plus dense, est laissée par les explorateurs, missionnaires, soldats et traiteurs de fourrures de la Nouvelle-France (XVIIe-XVIIIe siècles). La deuxième naît de la reconnaissance envers la France après la guerre d'indépendance (1780-1830). La troisième est faite de noms amérindiens transcrits par des Français, dont l'orthographe trahit encore l'intermédiaire francophone.

Cinq États au nom transmis par le français

La Louisiane est le seul État dont le nom est entièrement français : René-Robert Cavelier de La Salle baptise ainsi le bassin du Mississippi en 1682, en l'honneur de Louis XIV. Le Vermont tire le sien du français « vert mont », adopté en juin 1777 par cette république alors indépendante, qui ne rejoindra l'Union qu'en 1791. L'Illinois, l'Arkansas et le Wisconsin portent des noms amérindiens, mais dans la forme fixée par les Français : la terminaison en -ois d'Illinois, le « s » muet d'Arkansas (prononciation officialisée par la législature de l'État en 1881) et l'ancienne graphie « Ouisconsin » en témoignent.

Pour le Maine et l'Oregon, une origine française a été avancée (la province du Maine, le mot « ouragan »), mais aucune hypothèse n'est démontrée. L'origine de tous les noms d'États est détaillée sur notre page consacrée aux 50 États.

Tableau des principaux noms de lieux français

Ce tableau retient 57 noms parmi les plus connus, classés par région, des Grands Lacs au Nord-Ouest Pacifique. Lorsque l'origine est discutée, la version la plus admise est donnée et le doute signalé.

LieuÉtatOrigine françaiseSignification
LouisianeLouisianeLa Salle, 1682« Terre de Louis » (Louis XIV)
VermontVermontNom adopté en 1777« Vert mont »
IllinoisIllinoisMissionnaires et explorateurs, années 1670Nom de la confédération des Illinois, francisé
ArkansasArkansasMarquette et Jolliet, 1673 (« Akansea »)Nom donné aux Quapaws, francisé
WisconsinWisconsin« Ouisconsin », XVIIIe siècleNom amérindien de la rivière, francisé
DetroitMichiganFort Pontchartrain du Détroit, Cadillac, 1701« Le détroit » entre les lacs Sainte-Claire et Érié
Grosse PointeMichiganColons du Détroit, XVIIIe siècle« Grosse pointe » de terre sur le lac Sainte-Claire
Sault Ste. MarieMichiganMission jésuite, 1668« Saut » (rapides) de Sainte-Marie
MarquetteMichiganHommage du XIXe siècleLe jésuite Jacques Marquette
CharlevoixMichiganHommage du XIXe siècleLe jésuite et historien Pierre-François-Xavier de Charlevoix
Lac SupérieurMichigan, Wisconsin, MinnesotaCartographes français, XVIIe siècle« Lac supérieur », en amont du lac Huron
DuluthMinnesotaDaniel Greysolon, sieur du Lhut, 1679Nom de l'explorateur
Saint PaulMinnesotaLe père Lucien Galtier, 1841Chapelle dédiée à saint Paul
Eau ClaireWisconsinVoyageurs, XVIIIe siècleRivière « à l'eau claire »
Fond du LacWisconsinTraiteurs françaisExtrémité sud du lac Winnebago
La CrosseWisconsinTraiteurs français (« prairie La Crosse »)Le jeu de crosse pratiqué par les Amérindiens
Prairie du ChienWisconsinPoste de traite, XVIIIe sièclePrairie d'un chef renard surnommé « Chien »
RacineWisconsinRivière RacineTraduction d'un nom amérindien (« racine »)
JolietIllinoisHommage du XIXe siècleL'explorateur Louis Jolliet
BellevilleIllinoisNom choisi en 1814« Belle ville »
Creve CoeurIllinoisFort Crèvecœur, La Salle, 1680« Crève-cœur », peut-être d'après un fort des Pays-Bas
VincennesIndianaPoste fondé en 1732François-Marie Bissot, sieur de Vincennes
Terre HauteIndianaVoyageurs de la Wabash« Haute terre », plateau au-dessus de la rivière
LafayetteIndianaFondée en 1825Le marquis de La Fayette
Des MoinesIowaRivière des MoinesOrigine discutée : « moines » ou nom amérindien (Moingona) déformé
DubuqueIowaMines de plomb, 1788Le Canadien Julien Dubuque
Saint-LouisMissouriLaclède et Chouteau, 1764Saint Louis (Louis IX), patron de Louis XV
Sainte GenevieveMissouriVillage créole, vers 1750Sainte Geneviève, patronne de Paris
Cape GirardeauMissouriPoste de traite, vers 1733L'officier Jean-Baptiste de Girardot
OzarksMissouri, ArkansasTraiteurs français (hypothèse la plus répandue)« Aux Arcs », abréviation de « aux Arkansas »
LouisvilleKentuckyNom adopté en 1780Louis XVI, en remerciement de l'alliance
Paris (comté de Bourbon)Kentucky1785-1790Hommage à la France et à la maison de Bourbon
MariettaOhioFondée en 1788La reine Marie-Antoinette
GallipolisOhioColons français de la compagnie du Scioto, 1790« Ville des Gaulois »
Presque IslePennsylvanieFort de la Presqu'île, 1753Péninsule d'Erie
FayettevilleCaroline du NordNom adopté en 1783La Fayette ; première ville baptisée en son honneur
MontpelierVermontFin du XVIIIe siècleMontpellier, par francophilie
Lac ChamplainNew York, VermontSamuel de Champlain, 1609Nom de l'explorateur
La Nouvelle-OrléansLouisianeBienville, 1718Philippe d'Orléans, régent de France
Baton RougeLouisianeExpédition d'Iberville, 1699Mât rouge marquant une limite de chasse entre deux peuples
LafayetteLouisianeRebaptisée en 1884 (ex-Vermilionville)Le marquis de La Fayette
Lac PontchartrainLouisianeIberville, 1699Le comte de Pontchartrain, ministre de la Marine
MobileAlabamaFort Louis de la Mobile, 1702Nom du peuple mobilien, transcrit par les Français
BiloxiMississippiExpédition d'Iberville, 1699Nom du peuple biloxi ; capitale de la Louisiane en 1720-1722
NatchezMississippiFort Rosalie, 1716Nom du peuple natchez
Sioux FallsDakota du Sud« Nadouessioux », XVIIe siècleAbréviation française d'un exonyme ojibwé
PierreDakota du SudFort Pierre, 1832Pierre Chouteau Jr., négociant de Saint-Louis
Belle FourcheDakota du SudTrappeurs français« Belle fourche », confluent de deux rivières
Rivière PlatteNebraskaExplorateurs français, 1739« Rivière plate », traduction du nom oto
Grand TetonWyomingTrappeurs canadiens, début du XIXe siècle« Grand téton », d'après la forme du sommet
LaramieWyomingDébut du XIXe siècleLe trappeur Jacques La Ramée
ButteMontanaMot des trappeurs« Butte », colline isolée
BoiseIdahoTrappeurs canadiens (selon la tradition)« Rivière boisée »
Coeur d'AleneIdahoTraiteurs de fourrures« Cœur d'alène », surnom donné aux Schitsu'umsh, réputés durs en affaires
Pend OreilleIdaho, WashingtonTraiteurs de fourrures« Pend-oreilles », d'après les ornements des Kalispels
Rivière DeschutesOregonTraiteurs de fourrures« Rivière des Chutes »
Rivière MalheurOregonTrappeurs canadiens, 1826« Rivière au Malheur », après le pillage d'une cache

Les noms de la Nouvelle-France

La carte de ces noms épouse le réseau des voies d'eau. Autour des Grands Lacs et dans le haut Mississippi, ils datent de l'époque des missions et de la traite (voir les coureurs des bois) : on décrit le paysage (eau claire, fond du lac, prairie, butte, coulée), on honore un saint ou un explorateur. Beaucoup de villes sont nées d'un fort ou d'un poste, comme Détroit, Vincennes ou Natchez (voir les forts français). En Louisiane, la densité est d'une autre nature : le français y est resté langue d'usage, et les paroisses, bayous et villages portent des noms français jusqu'à aujourd'hui.

Plus à l'ouest, dans les Rocheuses et le Nord-Ouest, la plupart des noms datent du début du XIXe siècle et sont dus aux trappeurs canadiens-français employés par les compagnies britanniques et américaines, sur un territoire que la France n'a jamais contrôlé. Le massif du Grand Teton en est l'exemple le plus célèbre.

La vague francophile de la jeune République

Après l'alliance de 1778, villes et comtés rendent hommage à la France : Louisville (1780) honore Louis XVI, le comté de Bourbon au Kentucky la dynastie, Marietta la reine. La tournée de La Fayette en 1824-1825 déclenche une seconde vague : plus d'une quinzaine de comtés Fayette ou Lafayette et des dizaines de localités. Ces noms ne témoignent d'aucune présence française, mais d'une reconnaissance politique.

Une prononciation devenue américaine

La plupart de ces noms se prononcent aujourd'hui à l'anglaise, ce qui surprend souvent les francophones :

  • Des Moines se dit « di-MOÏNE », Detroit « di-TROÏT », Boise « BOÏ-si ».
  • Pierre, capitale du Dakota du Sud, se prononce « PIR ».
  • Terre Haute devient « tè-ra-HÔTE » et Coeur d'Alene « kor-de-LÈÏNE ».
  • Arkansas garde en revanche le « s » muet hérité du français : « AR-ken-sô ».

Questions fréquentes

Quels États américains ont un nom français ?

Seule la Louisiane porte un nom entièrement français. Le Vermont vient du français « vert mont ». L'Illinois, l'Arkansas et le Wisconsin sont des noms amérindiens transmis sous une forme française.

Pourquoi Detroit porte-t-il un nom français ?

La ville est née du fort Pontchartrain du Détroit, fondé en 1701 par Antoine de La Mothe-Cadillac sur la rivière qui relie le lac Sainte-Claire au lac Érié : « le détroit ».

Que signifie Des Moines ?

Le nom vient de la rivière des Moines, ainsi appelée par les Français. Il peut renvoyer à des moines, mais la plupart des historiens y voient la déformation d'un nom de peuple amérindien, les Moingonas.

Combien de lieux portent le nom de La Fayette aux États-Unis ?

Plus d'une quinzaine de comtés et de très nombreuses villes, rues et écoles, la plupart baptisés autour de sa tournée de 1824-1825.

Sources