Les huguenots en Amérique, des colonies de Floride aux Pères fondateurs

Les protestants français ont tenté de s'implanter en Floride dès 1562-1565, puis ont gagné par milliers les colonies anglaises après la révocation de l'édit de Nantes (1685). Peu nombreux mais très vite intégrés, ils ont donné aux États-Unis des familles de premier plan : Jay, Revere, Laurens, Bayard, Faneuil.

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L'histoire huguenote en Amérique se déroule en deux temps distincts. Au XVIe siècle, l'amiral de Coligny soutient des expéditions protestantes destinées à fonder une colonie française au sud-est du continent : elles échouent dans le sang. À la fin du XVIIe siècle, les persécutions de Louis XIV jettent sur les routes de l'exil des dizaines de milliers de réformés ; une petite fraction d'entre eux traverse l'Atlantique et s'installe dans les colonies anglaises, de Boston à Charleston.

Les tentatives du XVIe siècle : Charlesfort et Fort Caroline

En 1562, le capitaine dieppois Jean Ribault débarque sur la côte de l'actuelle Caroline du Sud et y laisse une trentaine d'hommes dans un fortin baptisé Charlesfort, sur l'île de Parris Island. Faute de ravitaillement, la garnison abandonne le poste l'année suivante et regagne l'Europe sur une embarcation de fortune, au prix de scènes de famine.

En 1564, René de Goulaine de Laudonnière fonde Fort Caroline sur la rivière Saint-Jean (St. Johns River), près de l'actuelle Jacksonville, en Floride. La présence de protestants français sur la route des galions de l'argent est intolérable pour Philippe II. Pedro Menéndez de Avilés fonde Saint-Augustin en septembre 1565, s'empare de Fort Caroline le 20 septembre et fait exécuter la plupart des prisonniers. Quelques jours plus tard, il fait massacrer Ribault et les naufragés de sa flotte, qui s'étaient rendus, sur une plage que l'on appelle depuis Matanzas (« les tueries »). En 1568, le Gascon Dominique de Gourgues venge l'affront en détruisant le poste espagnol édifié sur les ruines du fort, sans chercher à rétablir la colonie.

Cet épisode fait de la Floride le théâtre du premier affrontement colonial entre Européens sur le sol des futurs États-Unis. Il fixe aussi durablement la frontière : la Floride restera espagnole, et la France concentrera ses efforts plus au nord, vers le Saint-Laurent (voir la Nouvelle-France).

Wallons et premiers réfugiés en Nouvelle-Néerlande

Au XVIIe siècle, les premiers protestants francophones arrivent sous pavillon hollandais. En 1624, des familles wallonnes, réformés francophones des Pays-Bas espagnols réfugiés à Leyde, comptent parmi les premiers colons de la Nouvelle-Néerlande, la future New York. Philippe de Lannoy, né à Leyde de parents wallons, débarque en 1621 à Plymouth : son nom, devenu Delano, sera porté par la mère de Franklin Delano Roosevelt. En 1678, une douzaine de familles huguenotes passées par le Palatinat fondent New Paltz, dans la vallée de l'Hudson, dont les maisons de pierre de Huguenot Street sont aujourd'hui classées.

La révocation de l'édit de Nantes et le Refuge américain

Par l'édit de Fontainebleau d'octobre 1685, Louis XIV révoque l'édit de Nantes et interdit le culte réformé. Malgré l'interdiction d'émigrer, environ 150 000 à 200 000 protestants quittent le royaume vers les Provinces-Unies, l'Angleterre, la Prusse et la Suisse : c'est le « Refuge ». L'Amérique n'en reçoit qu'une part modeste, de l'ordre de quelques milliers de personnes ; les estimations des historiens tournent autour de 2 000 à 2 500 arrivants avant 1700, souvent après une étape à Londres ou aux Pays-Bas.

ÉtablissementColonie (État actuel)DateCe qu'il en reste
CharlesfortCaroline du Sud1562Site archéologique sur Parris Island
Fort CarolineFloride1564-1565Mémorial national près de Jacksonville (reconstitution)
New PaltzNew York1678Huguenot Street, maisons de pierre du XVIIIe siècle
Charleston et la SanteeCaroline du Sudà partir de 1680Église huguenote de Charleston, dernière congrégation huguenote indépendante du pays
OxfordMassachusetts1687Ruines du fort ; colonie abandonnée en 1696
New RochelleNew York1688Ville du comté de Westchester, nommée d'après La Rochelle
Église du Saint-EspritNew York (Manhattan)1688Paroisse épiscopalienne célébrant toujours en français
Manakin TownVirginie1700Église de Manakin, sur la rivière James

La Caroline du Sud est la colonie où leur poids relatif est le plus fort : vers 1700, les huguenots y représentent une part notable de la population blanche, installés à Charleston, dans l'« Orange Quarter » et le long de la rivière Santee. En Virginie, la Couronne installe en 1700 environ 500 réfugiés à Manakin Town, en amont de Richmond, pour former un tampon face aux Amérindiens. À New York, les huguenots forment une communauté marchande influente ; en Nouvelle-Angleterre, ils restent peu nombreux.

Une assimilation rapide

Contrairement aux Acadiens de Louisiane (voir les Cajuns), les huguenots ne forment pas de communauté durable de langue française. Plusieurs facteurs l'expliquent : leur petit nombre et leur dispersion, l'absence de lien avec une France qui les rejette, les mariages mixtes, et le choix fréquent de rejoindre l'Église d'Angleterre, qui leur ouvre les carrières publiques. Dès le milieu du XVIIIe siècle, la plupart des congrégations ont adopté l'anglais et le rite anglican. Les noms se transforment : Rivoire devient Revere, de Lannoy devient Delano, Faneuil se prononce désormais « Fan-yeul » ou « Fan-eul ».

Ce qui subsiste tient surtout au patrimoine (églises, cimetières, maisons), aux noms de lieux (New Rochelle, New Paltz, Delancey Street à Manhattan) et à une mémoire entretenue par les sociétés huguenotes fondées à partir de la fin du XIXe siècle.

Familles et personnalités d'origine huguenote

La réussite sociale de cette petite minorité est frappante, en particulier dans le commerce et la génération de l'indépendance :

  • Paul Revere (1735-1818), orfèvre et héros de la chevauchée du 18 avril 1775 : son père, Apollos Rivoire, était arrivé enfant à Boston en 1715.
  • John Jay (1745-1829), premier président de la Cour suprême et négociateur du traité de Paris de 1783 : petit-fils d'Augustus Jay, réfugié rochelais.
  • Henry Laurens (1724-1792), président du Congrès continental en 1777-1778, et Elias Boudinot (1740-1821), qui le présida en 1782-1783.
  • Francis Marion (vers 1732-1795), le « renard des marais » de la guérilla en Caroline du Sud, petit-fils de huguenots.
  • Peter Faneuil (1700-1743), négociant bostonien qui offrit à la ville le Faneuil Hall, haut lieu des assemblées révolutionnaires.
  • La famille Bayard, présente à New York dès le XVIIe siècle puis dans le Delaware, qui a donné plusieurs sénateurs et un secrétaire d'État.
  • Étienne de Lancey (1663-1741), marchand caennais établi à New York, dont la famille a laissé son nom à Delancey Street.

La mère d'Alexander Hamilton, Rachel Faucette, descendait elle aussi de huguenots réfugiés aux Antilles. La famille du Pont, arrivée en 1800, avait également des racines protestantes, mais elle relève d'une autre émigration, liée à la Révolution française.

Lieux huguenots à visiter

Le Fort Caroline National Memorial, rattaché à la réserve Timucuan près de Jacksonville, présente une reconstitution du fort à une échelle réduite ; l'emplacement exact du fort de 1564 n'a jamais été localisé avec certitude. À Charleston, la French Huguenot Church, édifice néogothique de 1845 bâti sur le site des églises précédentes, reste le symbole le plus visible de cette mémoire. Huguenot Street à New Paltz et l'église de Manakin en Virginie complètent le parcours.

Pour replacer ces implantations dans l'ensemble de la colonisation britannique, consultez notre page sur les Treize Colonies ; pour la relation d'État à État qui commence avec l'indépendance, voir l'histoire des relations France–États-Unis.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un huguenot ?

Le terme désigne les protestants calvinistes du royaume de France, à partir des années 1560. Son étymologie reste discutée ; la plus courante le rattache à l'allemand Eidgenossen (« confédérés »), par l'intermédiaire de Genève.

Combien de huguenots ont émigré en Amérique ?

Peu : quelques milliers tout au plus, sur 150 000 à 200 000 exilés après 1685. Leur influence tient davantage à leur réussite sociale qu'à leur nombre.

Pourquoi les huguenots n'ont-ils pas gardé le français ?

Dispersés, peu nombreux, coupés d'une France qui les avait chassés et souvent ralliés à l'Église anglicane, ils se sont fondus dans la société coloniale en deux ou trois générations.

Paul Revere était-il d'origine française ?

Oui par son père, Apollos Rivoire, né en 1702 près de Sainte-Foy-la-Grande en Gironde et envoyé à Boston à l'âge de 13 ans. Il a anglicisé son nom en Paul Revere.

Sources