Les forts français sur le territoire des États-Unis
De Fort Caroline (1564) à Fort de Chartres (1753), la France a jalonné de forts les Grands Lacs, l'Ohio et le Mississippi pour tenir un immense territoire avec très peu de colons. Presque tous sont passés aux Britanniques ou aux Espagnols en 1760-1765 ; Old Fort Niagara, Fort de Chartres, Michilimackinac ou Fort Ticonderoga en conservent aujourd'hui des vestiges ou des reconstitutions.
Vers 1760, la Nouvelle-France compte environ 70 000 habitants d'origine européenne, contre plus d'un million et demi dans les colonies britanniques. Elle revendique pourtant l'essentiel de l'intérieur du continent, du Saint-Laurent au golfe du Mexique. Le fort est l'outil de cette disproportion : une palissade, quelques dizaines de soldats, un magasin de traite, souvent une mission. Il sert moins à conquérir qu'à commercer, à sceller des alliances avec les nations amérindiennes et à barrer la route aux Anglais (voir la Nouvelle-France).
Carte des forts français
Tableau des principaux forts
| Fort | Lieu (État actuel) | Fondation | Sort | Ce qui en reste |
|---|---|---|---|---|
| Fort Caroline | Jacksonville (Floride) | 1564 | Pris par les Espagnols en 1565 | Mémorial national, reconstitution réduite ; site exact inconnu |
| Fort Saint-Louis | Baie de Matagorda (Texas) | 1685 | Détruit par les Karankawas vers 1689 | Site fouillé ; épave de La Belle exposée à Austin |
| Fort Saint-Louis du Rocher | Starved Rock (Illinois) | 1682 | Abandonné vers 1691 | Parc d'État, aucun vestige visible |
| Poste des Arkansas | Gillett (Arkansas) | 1686 | Espagnol en 1763, américain en 1804 | Arkansas Post National Memorial |
| Fort Saint-Joseph | Niles (Michigan) | 1691 | Britannique en 1761 | Fouilles archéologiques en cours depuis 1998 |
| Fort Maurepas | Ocean Springs (Mississippi) | 1699 | Abandonné en 1702 | Réplique moderne |
| Fort Pontchartrain du Détroit | Detroit (Michigan) | 1701 | Britannique en 1760 | Aucun vestige ; paroisse Sainte-Anne fondée en 1701 |
| Fort Louis de la Mobile / Fort Condé | Mobile (Alabama) | 1702 ; 1723 | Britannique en 1763, démoli en 1820 | Reconstitution partielle (1976) |
| Fort Saint-Jean-Baptiste | Natchitoches (Louisiane) | 1714 | Espagnol après 1763 | Réplique, site historique d'État |
| Fort Michilimackinac | Mackinaw City (Michigan) | vers 1715 | Britannique en 1761, abandonné en 1781 | Reconstitution sur le site, fouilles depuis 1959 |
| Fort Rosalie | Natchez (Mississippi) | 1716 | Révolte natchez de 1729 ; britannique en 1763 | Site intégré au Natchez National Historical Park |
| Fort Toulouse | Wetumpka (Alabama) | 1717 | Abandonné en 1763 | Reconstitution du fort de 1751, parc d'État |
| Fort Ouiatenon | West Lafayette (Indiana) | 1717 | Britannique en 1761, détruit en 1791 | Blockhaus de 1930, à proximité du site |
| Fort de Chartres | Prairie du Rocher (Illinois) | 1720 ; pierre vers 1753 | Remis aux Britanniques en 1765, abandonné vers 1772 | Poudrière d'origine, murs et portail reconstruits |
| Fort Niagara | Youngstown (New York) | 1726 | Pris par les Britanniques en 1759 | « Château français » de 1726, intact |
| Poste Vincennes | Vincennes (Indiana) | 1732 | Britannique en 1763, pris par G. R. Clark en 1779 | Parc historique national George Rogers Clark |
| Fort Saint-Frédéric | Crown Point (New York) | 1734 | Détruit par les Français en 1759 | Ruines, site historique d'État |
| Fort de la Presqu'île, Fort Le Bœuf | Erie, Waterford (Pennsylvanie) | 1753 | Incendiés par les Français en 1759 | Plaques et petit musée à Waterford |
| Fort Duquesne | Pittsburgh (Pennsylvanie) | 1754 | Détruit par les Français en 1758 | Tracé au sol dans Point State Park |
| Fort Carillon | Ticonderoga (New York) | 1755 | Victoire française en 1758, sauté en 1759 | Restauré au XXe siècle : Fort Ticonderoga |
| Fort Massac | Metropolis (Illinois) | 1757 | Abandonné en 1764, réoccupé par les Américains | Réplique du fort américain de 1802 |
Les Grands Lacs : forts de traite et d'alliance
Autour des Grands Lacs, les forts verrouillent les passages obligés des canots : le détroit entre les lacs Huron et Érié, le détroit de Mackinac entre les lacs Huron et Michigan, la rivière Niagara. Antoine de La Mothe-Cadillac fonde le fort Pontchartrain du Détroit le 24 juillet 1701 pour concentrer la traite et y attirer les nations alliées ; la ville de Detroit en est issue. Michilimackinac, sur la rive sud du détroit, est le grand entrepôt des voyageurs en route vers l'Ouest. À Niagara, la « maison à mâchicoulis » bâtie en 1726, déguisée en comptoir pour ne pas inquiéter les Iroquois, est le plus ancien bâtiment des Grands Lacs encore debout.
Après la conquête, ces postes deviennent britanniques. En 1763, lors du soulèvement mené par le chef outaouais Pontiac, plusieurs tombent (Michilimackinac, Saint-Joseph, Ouiatenon) et Détroit subit un long siège : une partie des nations des Lacs refuse le transfert d'allégeance que la France a signé sans elles.
La vallée de l'Ohio, déclencheur de la guerre de Sept Ans
En 1753, la France construit une chaîne de forts du lac Érié vers l'Ohio : Presqu'île, Le Bœuf, Machault. En décembre, un jeune major virginien, George Washington, vient à Fort Le Bœuf sommer les Français de se retirer, en vain. Au printemps 1754, ceux-ci chassent les Virginiens du confluent de l'Allegheny et de la Monongahela et y élèvent Fort Duquesne. L'escarmouche où périt l'enseigne Jumonville (28 mai 1754), puis la capitulation de Washington à Fort Necessity (3 juillet), ouvrent une guerre qui devient mondiale en 1756.
Fort Duquesne voit l'écrasement de l'armée du général Braddock sur la Monongahela (9 juillet 1755). Mais, isolés par la chute de Louisbourg et la perte du fort Frontenac, les Français le font sauter le 24 novembre 1758 à l'approche de l'armée de Forbes ; Fort Pitt lui succède, et Pittsburgh avec lui. Sur la route du lac Champlain, Montcalm repousse à Carillon, le 8 juillet 1758, une armée britannique quatre fois plus nombreuse ; un an plus tard, Carillon et Saint-Frédéric sont évacués et détruits, et Niagara capitule le 25 juillet 1759.
Le Pays des Illinois et la Louisiane
Le long du Mississippi, les forts protègent une colonie agricole et la liaison entre le Canada et la Louisiane. Fort de Chartres, reconstruit en pierre au milieu du XVIIIe siècle, est le siège du gouvernement du Pays des Illinois ; en octobre 1765, Louis Saint-Ange de Bellerive le remet aux Britanniques avant de se replier vers Saint-Louis. Sa poudrière est considérée comme le plus ancien bâtiment de l'Illinois.
Plus au sud, les forts de la Louisiane française jalonnent la côte et les rivières : Maurepas (1699), la Mobile (1702), Natchitoches (1714), poste avancé face au Texas espagnol, Rosalie à Natchez (1716), Toulouse (1717) chez les Creeks, face aux traiteurs anglais de Caroline. En novembre 1729, la révolte des Natchez contre le fort Rosalie fait plus de 200 morts parmi les colons ; la répression française détruit la nation natchez en tant que peuple autonome.
Visiter les forts aujourd'hui
- Old Fort Niagara (près de Niagara Falls) : le bâtiment français le plus authentique du pays, avec reconstitutions en costume.
- Colonial Michilimackinac (Michigan) : fort reconstruit sur ses fondations, l'un des plus longs chantiers archéologiques d'Amérique du Nord.
- Fort de Chartres (Illinois) : site isolé dans la plaine du Mississippi, célèbre pour son rassemblement historique annuel.
- Fort Ticonderoga (New York) : le Carillon de Montcalm, restauré, avec la croix commémorant la victoire de 1758.
- Fort Toulouse (Alabama) et Fort Saint-Jean-Baptiste (Louisiane) : répliques fidèles de forts coloniaux du Sud.
Questions fréquentes
Quel est le plus ancien fort français des États-Unis ?
Charlesfort (1562), en Caroline du Sud, puis Fort Caroline (1564), en Floride, tous deux fondés par des huguenots et éphémères. Le plus ancien bâtiment fortifié français encore debout est le « château français » de Fort Niagara (1726).
Pourquoi les Français construisaient-ils autant de forts ?
Peu nombreux, ils tenaient le territoire par un réseau de postes reliant les voies d'eau, au service de la traite des fourrures, des alliances amérindiennes et de la barrière contre l'expansion britannique.
Que sont devenus les forts français après 1763 ?
Ceux à l'est du Mississippi sont passés aux Britanniques, ceux de l'ouest du fleuve à l'Espagne. Beaucoup ont été abandonnés ou détruits ; certains ont donné naissance à des villes comme Detroit, Pittsburgh, Mobile ou Natchez.
Fort Duquesne existe-t-il encore ?
Non. Les Français l'ont fait sauter en 1758. Son tracé est matérialisé au sol dans Point State Park, à Pittsburgh, à côté des vestiges du fort Pitt britannique.