Les explorateurs français de l'Amérique du Nord, de Cartier à La Vérendrye

En deux siècles, des explorateurs au service de la France ont reconnu le Saint-Laurent (Cartier, 1534-1536), les Grands Lacs (Champlain et ses successeurs), puis le Mississippi de sa partie haute à son embouchure (Marquette et Jolliet en 1673, La Salle en 1682), jusqu'aux contreforts des Grandes Plaines (La Vérendrye, 1738-1743). Presque tous ont été guidés par des Autochtones qui connaissaient ces routes.

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Le mot « découverte » doit être pris avec précaution : les Français n'ont pas trouvé des terres vides, mais emprunté des itinéraires de commerce et de guerre connus depuis des siècles par les nations autochtones, qui leur ont fourni guides, canots, vivres et cartes dessinées sur l'écorce ou dans le sable. L'apport des explorateurs français est d'avoir relié ces réseaux et de les avoir fixés sur des cartes européennes, en ouvrant la voie à la Nouvelle-France.

XVIe siècle : la côte atlantique et le Saint-Laurent

Giovanni da Verrazzano, Florentin au service de François Ier, longe en 1524 la côte des Carolines à Terre-Neuve et entre le premier dans la baie de New York. Jacques Cartier, pilote de Saint-Malo, prend possession de la Gaspésie en 1534, remonte le Saint-Laurent l'année suivante jusqu'aux villages iroquoiens de Stadaconé (Québec) et d'Hochelaga (Montréal), puis tente sans succès d'y fonder une colonie en 1541-1542. Ses récits popularisent le nom de « Canada », emprunté à un mot iroquoien désignant un village.

Plus au sud, des expéditions protestantes tentent d'installer des huguenots : Jean Ribault fonde Charlesfort, en Caroline du Sud, en 1562, et René de Laudonnière le fort Caroline, près de l'actuelle Jacksonville (Floride), en 1564. Les Espagnols de Pedro Menéndez de Avilés détruisent ce dernier en 1565 et massacrent la plupart des colons.

Champlain et les Grands Lacs

Samuel de Champlain (vers 1574-1635) est à la fois explorateur, cartographe et fondateur de Québec (1608). En 1604-1606, il relève avec précision la côte du Maine et de la Nouvelle-Angleterre et nomme l'île des Monts-Déserts, aujourd'hui au cœur du parc national d'Acadia. En 1609, il accompagne un parti de guerre algonquin, wendat et innu jusqu'au lac qui porte son nom, entre l'État de New York et le Vermont, où il fait feu sur des guerriers mohawks : l'épisode inaugure des décennies d'hostilité avec les Iroquois. En 1615, il atteint la baie Georgienne et le lac Ontario.

Ses jeunes interprètes, envoyés vivre chez les Wendats, vont plus loin que lui : Étienne Brûlé est sans doute le premier Européen à voir les lacs Huron et Supérieur, et Jean Nicolet atteint la baie des Puants, l'actuelle Green Bay (Wisconsin), en 1634. Pierre-Esprit Radisson et Médard Chouart des Groseilliers explorent le lac Supérieur vers 1659-1660.

Marquette et Jolliet sur le Mississippi (1673)

Au printemps 1673, le négociant canadien Louis Jolliet et le jésuite Jacques Marquette partent de Saint-Ignace, sur le détroit de Mackinac, avec cinq compagnons et deux canots d'écorce. Par la baie des Puants, la rivière aux Renards et le portage vers la rivière Wisconsin, ils atteignent le Mississippi le 17 juin, puis le descendent jusqu'au village quapaw situé près du confluent de la rivière Arkansas. Convaincus que le fleuve se jette dans le golfe du Mexique et non dans le Pacifique, et craignant les Espagnols, ils remontent par la rivière des Illinois et le portage de Chicago. Le journal de Marquette et sa carte du fleuve en sont les premiers témoignages européens détaillés.

La Salle et l'embouchure du Mississippi (1682)

René-Robert Cavelier de La Salle, Normand installé au Canada, obtient de Louis XIV le droit d'explorer l'ouest. Il fait construire en 1679 le Griffon, premier navire à voile des lacs supérieurs, perdu corps et biens la même année. Avec son lieutenant Henri de Tonti, des Français et des Autochtones, notamment des Abénaquis et des Mohicans, il descend le Mississippi en canot et atteint son embouchure le 9 avril 1682. Il y revendique au nom du roi tout le bassin du fleuve, qu'il baptise Louisiane.

Sa seconde expédition, partie de France par mer en 1684 pour fonder une colonie à l'embouchure, manque le delta et débarque dans la baie de Matagorda, au Texas. Le fort Saint-Louis végète, La Salle est assassiné par ses propres hommes en 1687 et les survivants sont tués ou capturés. L'épave de sa barque, la Belle, a été retrouvée et fouillée par les archéologues texans dans les années 1990. Le Récollet Louis Hennepin, envoyé vers le nord en 1680, nomme pour sa part les chutes Saint-Antoine, au site de l'actuelle Minneapolis, et Daniel Greysolon Du Lhut, qui parcourt l'ouest du lac Supérieur, laisse son nom à Duluth.

Le XVIIIe siècle : vers les Plaines et le Sud-Ouest

Après la fondation de la Louisiane par Pierre Le Moyne d'Iberville en 1699 et celle de Détroit par Antoine de La Mothe-Cadillac en 1701, l'exploration se tourne vers l'ouest, en quête de fourrures, de commerce avec la Nouvelle-Espagne et d'une hypothétique « mer de l'Ouest » :

  • Louis Juchereau de Saint-Denis fonde Natchitoches en 1714 et pousse jusqu'aux missions espagnoles du Texas ;
  • Étienne de Véniard de Bourgmont remonte le Missouri, vit parmi les Missouris et conclut en 1724 une paix avec les Padoucas (Apaches des Plaines) dans l'actuel Kansas ;
  • Jean-Baptiste Bénard de La Harpe atteint en 1719 les villages wichitas de l'actuel Oklahoma ;
  • Pierre et Paul Mallet rejoignent Santa Fe en 1739 par les Plaines ;
  • Pierre Gaultier de La Vérendrye et ses fils établissent une chaîne de postes à l'ouest du lac Supérieur et atteignent les villages mandans du Dakota du Nord en 1738. En 1743, deux fils enterrent une plaque de plomb près de l'actuelle Pierre (Dakota du Sud), retrouvée par des écoliers en 1913.

Chronologie des grandes explorations

DateExplorateurItinéraire
1524VerrazzanoCôte atlantique, baie de New York
1534-1542CartierGolfe et fleuve Saint-Laurent
1562-1565Ribault, LaudonnièreCaroline du Sud, Floride
1604-1615ChamplainCôte du Maine, lac Champlain, lac Ontario
1634NicoletLac Michigan, Green Bay
1673Marquette et JollietHaut et moyen Mississippi
1680HennepinHaut Mississippi, chutes Saint-Antoine
1682La Salle et TontiMississippi jusqu'au golfe du Mexique
1699IbervilleCôte du golfe, basse Louisiane
1714-1724Saint-Denis, BourgmontTexas, Missouri, Kansas
1738-1743La Vérendrye et ses filsDakotas, nord des Grandes Plaines

Des cartes qui ont façonné l'image du continent

Les relevés des explorateurs alimentent l'école cartographique française, la plus réputée d'Europe à la fin du XVIIe siècle. Jean-Baptiste Franquelin, hydrographe du roi à Québec, dessine dès les années 1680 de grandes cartes de la Louisiane. En 1718, la Carte de la Louisiane et du cours du Mississipi de Guillaume Delisle, conservée à la Bibliothèque nationale de France et à la Library of Congress, fixe pour des décennies l'image du bassin du fleuve. Ces cartes, établies grâce aux informateurs autochtones, conservent de nombreux noms indigènes et français encore en usage, qu'étudie la page sur les noms de lieux français. Les mêmes routes seront parcourues un siècle plus tard par Lewis et Clark, guidés en partie par des interprètes francophones comme Toussaint Charbonneau, époux de Sacagawea. L'ensemble de l'héritage est présenté dans le dossier héritage français.

Questions fréquentes

Qui a découvert le Mississippi ?

Les peuples autochtones le connaissaient de longue date. Le premier Européen à l'atteindre est l'Espagnol Hernando de Soto en 1541. Les premiers Français à le parcourir sont Marquette et Jolliet en 1673, et La Salle le premier à le descendre jusqu'à son embouchure, en 1682.

Qui a donné son nom à la Louisiane ?

René-Robert Cavelier de La Salle, le 9 avril 1682, en l'honneur de Louis XIV.

Champlain est-il allé aux États-Unis ?

Oui : il a cartographié la côte du Maine et de la Nouvelle-Angleterre en 1604-1606 et atteint en 1609 le lac Champlain, entre les États de New York et du Vermont.

Comment La Salle est-il mort ?

Il a été assassiné en mars 1687 par des membres de sa propre expédition, dans l'est du Texas, alors qu'il cherchait à rejoindre le Mississippi depuis la baie de Matagorda.

Sources