Rochambeau, de Grasse et les soldats français de la guerre d'indépendance

La France a armé les insurgés dès 1776, s'est alliée à eux en 1778, puis a envoyé en 1780 un corps expéditionnaire de 5 500 hommes sous Rochambeau. À Yorktown, en 1781, la flotte de l'amiral de Grasse et près de la moitié des assiégeants étaient français : sans eux, la capitulation de Cornwallis n'aurait pas eu lieu.

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Cette page détaille l'engagement militaire français. Pour le déroulement général du conflit, de Lexington au traité de Paris, voir la guerre d'indépendance ; pour le parcours personnel du marquis, voir La Fayette, qui servait dans l'armée américaine et non dans le corps français.

L'aide secrète (1776-1778)

Humiliée par le traité de Paris de 1763, qui lui a fait perdre la Nouvelle-France, la France voit dans la révolte américaine l'occasion d'affaiblir l'Angleterre. Le ministre des Affaires étrangères, Vergennes, refuse toutefois une guerre ouverte tant que les insurgés n'ont pas prouvé leur solidité. En 1776, Beaumarchais crée une société écran, Rodrigue Hortalez et Cie, financée par un million de livres du Trésor royal, auquel l'Espagne ajoute une somme équivalente. Fusils de Charleville, canons, poudre, uniformes et tentes traversent l'Atlantique, souvent via les Antilles : une grande partie de la poudre utilisée par les Américains en 1776-1777 est d'origine française.

Des officiers partent à titre individuel. Le plus utile est sans doute l'ingénieur Louis Lebègue Duportail, qui dirige le génie de l'armée continentale et conduira les travaux de siège à Yorktown. Pierre L'Enfant, futur urbaniste de Washington, sert lui aussi comme ingénieur ; François-Louis de Fleury reçoit du Congrès une médaille pour son rôle dans la prise de Stony Point en 1779.

L'alliance de 1778 et les premières campagnes navales

La victoire américaine de Saratoga (octobre 1777) décide Louis XVI. Le 6 février 1778, Benjamin Franklin et ses collègues signent à Paris un traité de commerce et un traité d'alliance défensive : aucune des deux parties ne conclura de paix séparée. La guerre devient mondiale et la Royal Navy doit se disperser entre la Manche, les Antilles et l'Inde.

Les débuts sont décevants. En août 1778, l'escadre du comte d'Estaing et les troupes du général Sullivan tentent de reprendre Newport, dans le Rhode Island : une tempête disperse les flottes et d'Estaing se retire à Boston pour réparer, au grand dépit des Américains. Le 9 octobre 1779, l'assaut franco-américain sur Savannah, en Géorgie, est un échec sanglant ; d'Estaing est blessé. Y combattent quelque 500 Chasseurs-volontaires de Saint-Domingue, hommes libres de couleur de la colonie qui deviendra Haïti, honorés depuis 2007 par un monument à Savannah.

L'expédition de Rochambeau (1780)

Pour obtenir un engagement terrestre, La Fayette plaide à Versailles. Le corps expéditionnaire, confié au lieutenant général Jean-Baptiste Donatien de Vimeur, comte de Rochambeau, appareille de Brest le 2 mai 1780 sous l'escorte du chevalier de Ternay et débarque à Newport le 11 juillet. Environ 5 500 hommes, faute de navires pour transporter la seconde division prévue. Rochambeau a reçu l'ordre de se placer sous le commandement de George Washington : un fait inédit pour une armée royale.

Unité ou escadreArrivéeChefRôle
Régiment de BourbonnaisNewport, 1780Marquis de LavalInfanterie de ligne, siège de Yorktown
Régiment de SoissonnaisNewport, 1780Vicomte de Noailles (colonel en second)Infanterie de ligne
Régiment de SaintongeNewport, 1780Comte de CustineInfanterie de ligne
Régiment de Royal-Deux-PontsNewport, 1780Christian et Guillaume de Deux-PontsRégiment germanophone, assaut de la redoute n° 9
Légion de LauzunNewport, 1780Duc de LauzunHussards et infanterie légère, combat de Gloucester
Artillerie (régiment d'Auxonne)Newport, 1780Colonel d'AbovilleArtillerie de siège
Agenais, Gâtinais, TouraineVirginie, 1781Marquis de Saint-SimonEnviron 3 000 hommes amenés des Antilles par de Grasse
Escadre de Newport1780Ternay, puis Destouches et BarrasTransport de l'artillerie de siège vers la Chesapeake
Armée navale des AntillesChesapeake, 30 août 1781Comte de GrasseBlocus de Yorktown, victoire de la Chesapeake

Les Français passent près d'un an à Newport, bloqués par la Royal Navy. Leur discipline et le paiement comptant de leurs achats, en monnaie métallique, tranchent avec les réquisitions et le papier-monnaie déprécié : ils laissent une image favorable dans une Nouvelle-Angleterre puritaine qui se méfiait des « papistes ».

La marche vers Yorktown (1781)

En mai 1781, Washington et Rochambeau se rencontrent à Wethersfield (Connecticut). Washington veut attaquer New York ; Rochambeau, informé que de Grasse viendra dans la Chesapeake pendant l'été, pousse vers la Virginie, où Cornwallis s'est retranché. Les armées réunies près de New York en juillet font mine d'assiéger la ville, puis filent vers le sud à partir du 19 août. Elles traversent Philadelphie début septembre et embarquent en partie au fond de la baie, à Head of Elk. Ce trajet de plus de 1 000 km, de Newport à Yorktown, est aujourd'hui balisé comme sentier historique national (Washington-Rochambeau Revolutionary Route).

La Chesapeake et le siège de Yorktown

Parti des Antilles avec 28 vaisseaux de ligne et les troupes de Saint-Simon, de Grasse entre dans la baie de la Chesapeake le 30 août 1781. Le 5 septembre, il affronte à l'entrée de la baie l'escadre britannique de l'amiral Graves (24 vaisseaux français engagés contre 19). La bataille est tactiquement indécise, mais Graves, malmené, repart vers New York. L'escadre de Barras, venue de Newport avec l'artillerie lourde, peut entrer dans la baie : Cornwallis est coupé de tout secours par mer.

Le siège commence le 28 septembre. Les forces terrestres alliées comptent environ 17 000 hommes, dont près de la moitié de Français, face à quelque 8 000 Britanniques et Allemands. La première parallèle est ouverte dans la nuit du 6 au 7 octobre ; l'artillerie franco-américaine, dirigée côté français par d'Aboville, écrase les défenses. Dans la nuit du 14 octobre, 400 grenadiers et chasseurs de Gâtinais et de Royal-Deux-Ponts, sous le baron de Vioménil, enlèvent la redoute n° 9, pendant que les Américains d'Hamilton prennent la n° 10. Sur l'autre rive, la légion de Lauzun bloque Gloucester.

Cornwallis capitule le 19 octobre 1781. Lors de la cérémonie, son adjoint O'Hara tente de remettre son épée à Rochambeau, qui lui désigne Washington ; celui-ci le renvoie à son propre second, le général Lincoln. Le geste résume la position française : décisive, mais auxiliaire.

Bilan et prix de la victoire

La suite est moins glorieuse pour la France : de Grasse est battu et capturé aux Saintes, aux Antilles, en avril 1782. Le corps de Rochambeau quitte Boston pour les Antilles en décembre 1782. Par les traités de Paris et de Versailles de septembre 1783, la France obtient peu (Tobago, le Sénégal, des droits de pêche à Terre-Neuve). Le coût de la guerre, souvent estimé à plus d'un milliard de livres, alourdit une dette publique dont la crise mène à la convocation des États généraux en 1789. Les officiers revenus d'Amérique, La Fayette en tête, rapportent aussi en France les idées et le vocabulaire de la révolution américaine (voir les relations France–États-Unis).

Lieux de mémoire

  • Yorktown Battlefield (près de Williamsburg) : redoutes reconstituées, quartiers généraux, monument de la Victoire (1884), dont l'inscription associe la France.
  • Statue de Rochambeau (1902) à Lafayette Square, Washington, réplique de celle de Vendôme, sa ville natale.
  • Newport : statue de Rochambeau au bord de la baie et maison Vernon, son quartier général.
  • Savannah : monument aux Chasseurs-volontaires de Saint-Domingue, Franklin Square.

Questions fréquentes

Combien de soldats français ont combattu à Yorktown ?

Près de 8 000 soldats de l'armée de terre, auxquels s'ajoutent les équipages de la flotte de Grasse, soit plusieurs milliers de marins. Ils représentent environ la moitié des forces terrestres alliées.

Qui commandait les Français pendant la guerre d'indépendance ?

Le comte de Rochambeau pour l'armée de terre, sous l'autorité de Washington ; le comte d'Estaing (1778-1779), puis le comte de Grasse (1781) pour les grandes escadres.

La France a-t-elle gagné la guerre d'indépendance ?

Elle en a été un acteur décisif, surtout par la marine, sans laquelle Yorktown n'aurait pas été possible. Mais la victoire militaire a été obtenue avec l'armée continentale, et la France n'en a tiré que de modestes gains, au prix d'une dette très lourde.

Pourquoi la France a-t-elle aidé les Américains ?

D'abord pour se venger de la guerre de Sept Ans et affaiblir la Grande-Bretagne. L'enthousiasme pour les idées des insurgés a joué chez certains aristocrates comme La Fayette, mais la décision royale relevait de la stratégie.

Sources