La guerre d'Irak et l'intervention américaine

Le 20 mars 2003, une coalition menée par les États-Unis envahit l'Irak pour renverser Saddam Hussein, accusé de détenir des armes de destruction massive qui ne seront jamais trouvées. Bagdad tombe en trois semaines, mais l'occupation tourne à l'insurrection et à la guerre civile ; les dernières troupes américaines partent le 18 décembre 2011.

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Près de 4 500 militaires américains et des centaines de milliers d'Irakiens meurent dans ce conflit, qui a durablement terni la crédibilité internationale des États-Unis, ouvert une crise majeure avec la France et contribué à l'émergence de l'organisation État islamique.

Les antécédents : de la guerre du Golfe au 11 Septembre

Le 2 août 1990, l'Irak de Saddam Hussein envahit le Koweït. Sous mandat de l'ONU, une coalition de plus de 30 pays dirigée par les États-Unis de George H. W. Bush, et à laquelle participe la France, libère l'émirat lors de l'opération Tempête du désert (17 janvier-28 février 1991). Saddam Hussein reste au pouvoir. L'Irak est soumis à des sanctions, à des inspections du désarmement et à des zones d'exclusion aérienne. En 1998, l'Iraq Liberation Act fait du changement de régime un objectif officiel de la politique américaine.

Après les attentats du 11 septembre 2001, l'administration de George W. Bush fait de l'Irak une cible prioritaire de la « guerre contre le terrorisme ». En janvier 2002, le président range l'Irak, l'Iran et la Corée du Nord dans un « axe du mal ». La doctrine de la guerre préventive est formalisée dans la stratégie de sécurité nationale de septembre 2002.

La justification et la crise diplomatique

Washington avance deux arguments : l'Irak posséderait des armes chimiques et biologiques et chercherait à se doter de l'arme nucléaire ; le régime entretiendrait des liens avec Al-Qaïda. En octobre 2002, le Congrès autorise le recours à la force (296 voix contre 133 à la Chambre, 77 contre 23 au Sénat). Le 8 novembre, la résolution 1441 du Conseil de sécurité de l'ONU impose le retour des inspecteurs.

Le 5 février 2003, le secrétaire d'État Colin Powell présente au Conseil de sécurité les « preuves » américaines, dont un flacon censé symboliser l'anthrax. Le 14 février, le ministre français des Affaires étrangères Dominique de Villepin plaide pour la poursuite des inspections dans un discours applaudi par la salle. Jacques Chirac annonce que la France opposera son veto à toute résolution autorisant la guerre. Faute de majorité, les États-Unis et le Royaume-Uni renoncent à un vote. Les relations franco-américaines traversent alors l'une de leurs pires crises (voir France – États-Unis) ; au Congrès, les frites de la cafétéria sont rebaptisées « freedom fries ».

L'invasion et la chute de Saddam Hussein

Après un ultimatum de 48 heures, l'opération Iraqi Freedom commence le 20 mars 2003. Environ 150 000 soldats américains et 45 000 britanniques, appuyés par l'Australie et la Pologne, avancent depuis le Koweït. Bagdad tombe le 9 avril ; la statue de Saddam Hussein est déboulonnée place Firdos. Le 1er mai, sur le porte-avions Abraham Lincoln, sous une banderole « Mission accomplie », Bush annonce la fin des opérations de combat majeures. Saddam Hussein est capturé le 13 décembre 2003 près de Tikrit ; jugé par un tribunal irakien, il est exécuté le 30 décembre 2006.

L'Iraq Survey Group, chargé par Washington de rechercher les armes, conclut en 2004 que l'Irak ne possédait plus de stocks d'armes de destruction massive depuis le début des années 1990. La commission sénatoriale du renseignement puis la commission sur le 11 Septembre établissent aussi l'absence de relation opérationnelle entre Saddam Hussein et Al-Qaïda.

Occupation, insurrection et guerre civile

L'Autorité provisoire de la coalition, dirigée par Paul Bremer, prend en mai 2003 deux décisions lourdes : l'exclusion des membres du parti Baas de la fonction publique et la dissolution de l'armée irakienne, qui privent de revenus des centaines de milliers d'hommes. Une insurrection sunnite se développe, rejointe par des djihadistes étrangers réunis autour d'Abou Moussab al-Zarqaoui (Al-Qaïda en Irak), tandis que des milices chiites, dont celle de Moqtada al-Sadr, combattent aussi l'occupant.

En 2004, les photos de sévices infligés à des détenus par des soldats américains dans la prison d'Abou Ghraib font le tour du monde. La souveraineté est transférée à un gouvernement intérimaire le 28 juin 2004 ; des élections ont lieu en janvier 2005 et une constitution est adoptée par référendum en octobre. L'attentat contre la mosquée d'or de Samarra, le 22 février 2006, déclenche une guerre confessionnelle entre sunnites et chiites, particulièrement meurtrière en 2006 et 2007.

Le « surge » et le retrait

En janvier 2007, Bush annonce l'envoi de quelque 30 000 soldats supplémentaires sous le commandement du général David Petraeus. Les effectifs américains culminent à environ 170 000 à l'automne 2007. Combinée au retournement de tribus sunnites contre Al-Qaïda (le « Réveil »), cette stratégie fait nettement reculer la violence. L'accord sur le statut des forces signé en novembre 2008 prévoit le départ de toutes les troupes avant fin 2011.

Barack Obama, élu en promettant de mettre fin à la guerre, met un terme aux opérations de combat le 31 août 2010. Les derniers soldats quittent l'Irak le 18 décembre 2011. En juin 2014, l'organisation État islamique, héritière d'Al-Qaïda en Irak, s'empare de Mossoul : les États-Unis reviennent dans le pays en août 2014 pour mener des frappes aériennes et soutenir les forces irakiennes, à la tête d'une coalition dont fait partie la France.

Bilan

Militaires américains tués (2003-2011)
Près de 4 500
Militaires américains blessés
Environ 32 000
Civils irakiens tués (décompte documenté)
Plus de 100 000 (Iraq Body Count)
Crédits votés par le Congrès
Plus de 800 milliards de dollars (CRS)

Les estimations du nombre total de morts irakiens varient fortement selon les méthodes, de quelque 100 000 à plusieurs centaines de milliers. Des millions d'Irakiens ont été déplacés. La guerre a renforcé l'influence de l'Iran en Irak et nourri, aux États-Unis, une méfiance durable envers les interventions militaires et le renseignement, comparable au « syndrome » né de la guerre du Vietnam. Elle a aussi détourné moyens et attention de la guerre d'Afghanistan.

Chronologie

DateÉvénement
17 janvier 1991Début de Tempête du désert
Octobre 2002Le Congrès autorise l'usage de la force
5 février 2003Discours de Colin Powell à l'ONU
14 février 2003Discours de Dominique de Villepin
20 mars 2003Début de l'invasion
9 avril 2003Chute de Bagdad
1er mai 2003Discours « Mission accomplie »
13 décembre 2003Capture de Saddam Hussein
28 juin 2004Transfert de souveraineté
22 février 2006Attentat de Samarra
10 janvier 2007Annonce du « surge »
31 août 2010Fin des opérations de combat
18 décembre 2011Départ des dernières troupes

Questions fréquentes

Pourquoi les États-Unis ont-ils envahi l'Irak en 2003 ?

Officiellement pour éliminer des armes de destruction massive et un supposé lien avec le terrorisme ; ces deux justifications se sont révélées fausses. L'administration Bush y voyait aussi l'occasion de remodeler le Moyen-Orient en installant une démocratie alliée.

A-t-on trouvé des armes de destruction massive en Irak ?

Non. L'Iraq Survey Group a conclu en 2004 que les stocks avaient été détruits dans les années 1990 ; seules des munitions chimiques anciennes et dégradées ont été retrouvées.

Pourquoi la France s'est-elle opposée à la guerre ?

Elle jugeait que les inspections de l'ONU fonctionnaient, que la guerre n'était pas justifiée en droit international sans nouvelle résolution et qu'elle risquait de déstabiliser la région.

Combien de soldats américains sont morts en Irak ?

Près de 4 500 entre 2003 et 2011, selon le département de la Défense, et environ 32 000 ont été blessés au combat.

Sources