L'Iran et les États-Unis : soixante-dix ans de méfiance et d'affrontements
Alliés sous le chah, l'Iran et les États-Unis sont ennemis depuis la révolution islamique de 1979 et n'ont plus de relations diplomatiques depuis 1980. Le contentieux nucléaire, nourri par des décennies de sanctions, a débouché sur des frappes américaines en juin 2025, puis sur une guerre ouverte déclenchée le 28 février 2026.
Les relations irano-américaines se lisent en quatre temps : l'alliance stratégique avec le chah (1953-1979), la rupture révolutionnaire et la crise des otages (1979-1981), quarante ans de sanctions et de guerre de l'ombre autour du nucléaire, puis l'affrontement militaire direct à partir de 2025. Le détail des opérations militaires, de l'opération Eagle Claw (1980) à la guerre de 2026, est traité dans notre chronologie des affrontements entre l'Iran et les États-Unis ; cette page en retient l'histoire politique et les mécanismes.
- Relations diplomatiques
- rompues le 7 avril 1980
- Puissance protectrice des intérêts américains à Téhéran
- la Suisse (depuis 1980)
- Premier gel des avoirs iraniens
- 14 novembre 1979 (décret 12170)
- Accord nucléaire (JCPOA)
- signé le 14 juillet 2015, quitté par Washington le 8 mai 2018
- Premières frappes américaines sur le sol iranien
- 22 juin 2025
1953-1979 : le coup d'État et l'alliance avec le chah
Le 19 août 1953, la CIA et les services britanniques organisent le renversement du Premier ministre Mohammad Mossadegh, qui avait nationalisé le pétrole iranien en 1951. L'opération, baptisée TPAJAX, rétablit le pouvoir personnel de Mohammad Reza Pahlavi. Washington n'a reconnu officiellement son rôle qu'en 2013, par la déclassification d'archives de la CIA. Ce coup d'État reste, pour Téhéran, le péché originel des relations bilatérales.
Sous la présidence de Dwight Eisenhower puis de ses successeurs, l'Iran devient l'un des « deux piliers » de la stratégie américaine dans le Golfe, aux côtés de l'Arabie saoudite. Les États-Unis lui fournissent des armes modernes et, dans le cadre du programme « Atoms for Peace » (accord de 1957), un premier réacteur de recherche, livré à Téhéran en 1967. C'est l'origine lointaine du programme nucléaire iranien.
1979-1989 : révolution, otages et rupture
La révolution islamique chasse le chah en janvier 1979. Son admission aux États-Unis pour y être soigné, en octobre, déclenche la crise : le 4 novembre 1979, des étudiants islamistes envahissent l'ambassade américaine et prennent 52 diplomates en otage pendant 444 jours. Washington gèle les avoirs iraniens, rompt les relations diplomatiques le 7 avril 1980 et tente un sauvetage militaire, l'opération « Eagle Claw », qui échoue dans le désert le 24 avril 1980 (huit militaires tués). Les otages sont libérés le 20 janvier 1981, quelques minutes après l'investiture de Ronald Reagan, en application des accords d'Alger, qui créent aussi un tribunal arbitral irano-américain siégeant à La Haye. La crise a contribué à la défaite de Jimmy Carter.
Pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988), Washington penche pour Bagdad tout en vendant secrètement des armes à Téhéran (scandale Iran-Contra, révélé en 1986). Le département d'État inscrit l'Iran sur la liste des États soutenant le terrorisme en janvier 1984, après l'attentat contre les Marines à Beyrouth attribué au Hezbollah. En 1987-1988, la marine américaine affronte directement les forces iraniennes dans le Golfe, et le 3 juillet 1988 le croiseur USS Vincennes abat par erreur le vol Iran Air 655 : 290 morts.
| Date | Événement | Président américain |
|---|---|---|
| 19 août 1953 | Coup d'État contre Mossadegh | Eisenhower |
| 4 nov. 1979 | Prise d'otages à l'ambassade de Téhéran | Carter |
| 7 avril 1980 | Rupture des relations diplomatiques | Carter |
| 20 janv. 1981 | Libération des 52 otages (accords d'Alger) | Reagan |
| 3 juillet 1988 | Destruction du vol Iran Air 655 | Reagan |
| Mai 1995 | Embargo commercial quasi total | Clinton |
| 29 janv. 2002 | L'Iran classé dans l'« axe du mal » | G. W. Bush |
| 14 juillet 2015 | Accord de Vienne sur le nucléaire (JCPOA) | Obama |
| 8 mai 2018 | Retrait américain du JCPOA | Trump |
| 3 janv. 2020 | Mort du général Soleimani (frappe américaine) | Trump |
| 22 juin 2025 | Frappes sur Fordo, Natanz et Ispahan | Trump |
| 28 févr. 2026 | Début de la guerre, mort d'Ali Khamenei | Trump |
1990-2015 : sanctions, « axe du mal » et accord de Vienne
Dans les années 1990, l'administration Clinton applique le « double endiguement » de l'Iran et de l'Irak et impose un embargo commercial quasi total (1995). Le 29 janvier 2002, George W. Bush range l'Iran dans l'« axe du mal ». La même année, des opposants révèlent l'existence des sites secrets de Natanz et d'Arak : le dossier nucléaire devient central. Résolutions du Conseil de sécurité (à partir de 2006), sanctions financières et cyberattaque Stuxnet (attribuée aux États-Unis et à Israël) se succèdent.
Sous Barack Obama, des négociations secrètes à Oman aboutissent à l'accord de Vienne (JCPOA) du 14 juillet 2015, signé par l'Iran, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité et l'Allemagne : plafonnement de l'enrichissement à 3,67 %, inspections renforcées de l'AIEA, levée progressive des sanctions (janvier 2016). L'accord prévoyait un mécanisme de « snapback » permettant à un participant de rétablir les sanctions de l'ONU en cas de manquement.
2018-2024 : « pression maximale » et guerre de l'ombre
Donald Trump retire les États-Unis du JCPOA le 8 mai 2018 et rétablit l'ensemble des sanctions, notamment sur le pétrole. L'Iran s'affranchit progressivement de ses engagements et enrichit jusqu'à 60 %, un niveau proche de la qualité militaire. L'escalade culmine avec l'élimination de Qassem Soleimani à Bagdad le 3 janvier 2020. L'administration de Joe Biden tente sans succès de relancer l'accord ; un échange de prisonniers est conclu en septembre 2023. Après l'attaque du Hamas contre Israël du 7 octobre 2023, les milices pro-iraniennes multiplient les attaques contre les forces américaines, et l'Iran et Israël échangent leurs premières frappes directes en avril et octobre 2024.
2025-2026 : de la négociation à la guerre ouverte
Revenu à la Maison-Blanche, Donald Trump ouvre en avril 2025 des négociations indirectes par l'intermédiaire d'Oman, tout en fixant un ultimatum. Le 13 juin 2025, Israël attaque l'Iran ; le 22 juin, les États-Unis bombardent Fordo, Natanz et Ispahan, première attaque américaine directe contre le territoire iranien, avant qu'un cessez-le-feu n'entre en vigueur le 24 juin. Fin septembre 2025, à l'initiative de la France, de l'Allemagne et du Royaume-Uni, le snapback rétablit les sanctions de l'ONU.
Après la répression meurtrière d'un vaste mouvement de contestation à l'hiver 2025-2026, les États-Unis et Israël déclenchent le 28 février 2026 une guerre ouverte contre l'Iran, au cours de laquelle le guide suprême Ali Khamenei est tué ; son fils Mojtaba lui succède en mars. Le conflit est marqué par la fermeture de fait du détroit d'Ormuz, un blocus naval américain des ports iraniens à partir d'avril et une succession de cessez-le-feu et de médiations (Pakistan, Oman, Qatar), dont un mémorandum signé à Islamabad le 17 juin 2026, rompu en juillet. Comme les précédentes opérations, cette guerre a été conduite sans autorisation spécifique du Congrès.
L'architecture des sanctions américaines
L'Iran est l'un des pays les plus sanctionnés au monde. Ces mesures reposent sur plusieurs couches juridiques, que chaque administration durcit ou assouplit :
- Les décrets présidentiels pris sur le fondement de la loi IEEPA de 1977, à commencer par le gel des avoirs de novembre 1979.
- Les lois du Congrès : Iran Sanctions Act de 1996, CISADA de 2010, dispositions de la loi de défense de décembre 2011 visant la banque centrale iranienne, qui obligent l'exécutif à sanctionner et limitent sa marge pour les lever.
- Les sanctions secondaires : elles visent les entreprises étrangères, européennes notamment, qui commercent avec l'Iran, sous peine d'être coupées du système financier américain. C'est ce qui a conduit la plupart des groupes européens (Total, PSA, Renault) à quitter l'Iran après 2018.
- La liste des organisations terroristes : les Gardiens de la révolution y figurent depuis avril 2019, une première pour une armée d'État.
La mise en œuvre relève de l'OFAC, au Trésor, qui publie la liste des personnes et entités sanctionnées. Parce qu'elles visent d'abord les exportations de pétrole, ces sanctions pèsent aussi sur le marché mondial de l'énergie (voir pétrole et énergie aux États-Unis).
Les ressorts durables du conflit
- Le nucléaire : Washington exige l'abandon ou une réduction drastique de l'enrichissement ; Téhéran défend son « droit » à enrichir sur son sol en tant que signataire du traité de non-prolifération.
- Les missiles et les alliés régionaux : Hezbollah, Houthis et milices irakiennes sont au cœur des préoccupations américaines et israéliennes (voir Israël – États-Unis).
- Les sanctions et avoirs gelés : leur levée est la condition posée par l'Iran à tout accord.
- Le détroit d'Ormuz : par ce passage transite environ un cinquième du pétrole consommé dans le monde, ce qui donne à l'Iran un levier sur l'économie mondiale.
- La mémoire : 1953 et le vol Iran Air 655 côté iranien, la prise d'otages de 1979 côté américain nourrissent une défiance réciproque.
La France, partie au JCPOA, a soutenu le rétablissement des sanctions onusiennes en 2025 tout en appelant à la désescalade ; les positions européennes sont détaillées sur notre page Union européenne – États-Unis.
Questions fréquentes
Pourquoi l'Iran et les États-Unis sont-ils ennemis ?
Le coup d'État de 1953 orchestré par la CIA, puis la prise d'otages de l'ambassade américaine en 1979 ont installé une hostilité durable. Depuis les années 2000, le programme nucléaire iranien et le soutien de Téhéran à des groupes armés dans la région en sont les principaux moteurs.
Les États-Unis ont-ils une ambassade en Iran ?
Non. Les relations diplomatiques sont rompues depuis le 7 avril 1980. La Suisse représente les intérêts américains à Téhéran ; les intérêts iraniens à Washington sont gérés par une section abritée par l'ambassade du Pakistan.
Qu'était l'accord de Vienne de 2015 ?
Le JCPOA limitait l'enrichissement iranien à 3,67 % et renforçait les inspections de l'AIEA en échange d'une levée des sanctions. Les États-Unis l'ont quitté le 8 mai 2018 sous Donald Trump, et les sanctions de l'ONU ont été rétablies en septembre 2025.
Combien d'otages américains ont été détenus en 1979 ?
52 Américains ont été retenus 444 jours, du 4 novembre 1979 au 20 janvier 1981.
Que sont les sanctions secondaires contre l'Iran ?
Ce sont des sanctions qui frappent des entreprises non américaines commerçant avec l'Iran. Elles s'appliquent en pratique dès qu'une entreprise a besoin du dollar ou du marché américain, ce qui leur donne une portée mondiale.