Corée du Nord et États-Unis : de la guerre de Corée à la crise nucléaire
Les États-Unis et la Corée du Nord n'ont jamais signé de traité de paix : la guerre de Corée (1950-1953) s'est achevée par un simple armistice. Leur relation est dominée depuis les années 1990 par le programme nucléaire nord-coréen, que ni les accords, ni les sanctions, ni les sommets de 2018-2019 n'ont arrêté.
Washington et Pyongyang n'entretiennent pas de relations diplomatiques. Techniquement, les deux pays sont toujours en état de guerre, l'armistice de 1953 n'ayant suspendu que les combats. Les contacts passent par la mission nord-coréenne à l'ONU à New York, et la Suède représente les intérêts américains à Pyongyang en tant que puissance protectrice.
- Relations diplomatiques
- aucune depuis la création de la Corée du Nord (1948)
- Guerre de Corée
- 25 juin 1950 – 27 juillet 1953 (armistice)
- Premier essai nucléaire
- 9 octobre 2006
- Puissance protectrice des États-Unis
- Suède
La division de la Corée et la guerre de 1950-1953
Colonie japonaise depuis 1910, la Corée est coupée en deux au 38e parallèle en août 1945 : l'Armée rouge occupe le Nord, les troupes américaines le Sud. En 1948 naissent deux États rivaux, la République de Corée au sud et la République populaire démocratique de Corée au nord, dirigée par Kim Il-sung.
Le 25 juin 1950, l'armée nord-coréenne envahit le Sud. Harry Truman obtient du Conseil de sécurité de l'ONU, que boycotte alors l'URSS, l'envoi d'une force internationale sous commandement américain. Le débarquement d'Inchon (septembre 1950) renverse la situation, puis l'entrée en guerre de la Chine, en octobre, repousse les forces de l'ONU vers le sud. Le front se stabilise autour du 38e parallèle. Truman limoge le général MacArthur en avril 1951, qui voulait étendre la guerre à la Chine.
L'armistice de Panmunjom, signé le 27 juillet 1953 sous Dwight Eisenhower, crée une zone démilitarisée de 4 km de large. Environ 36 000 militaires américains sont morts pendant ce conflit, l'un des premiers affrontements armés de la guerre froide. Le traité de défense mutuelle de 1953 avec la Corée du Sud fonde la présence militaire américaine dans la péninsule.
Incidents de la guerre froide
Pendant des décennies, la relation se résume à des crises ponctuelles. En janvier 1968, la marine nord-coréenne capture le navire espion USS Pueblo ; ses 82 marins survivants sont libérés après onze mois, mais le navire reste à Pyongyang, exposé comme trophée. En 1969, un avion de reconnaissance EC-121 est abattu (31 morts). En 1976, deux officiers américains sont tués à la hache dans la zone démilitarisée en voulant élaguer un peuplier.
Le dossier nucléaire : accords et échecs
À la fin des années 1980, les satellites américains repèrent le réacteur de Yongbyon. La crise de 1993-1994, lorsque Pyongyang menace de quitter le traité de non-prolifération (TNP), débouche sur l'accord-cadre d'octobre 1994 : gel du programme de plutonium contre la fourniture de fioul lourd et la construction de deux réacteurs civils. L'accord s'effondre en 2002, quand Washington accuse la Corée du Nord d'enrichir secrètement de l'uranium ; Pyongyang annonce son retrait du TNP en janvier 2003.
Les pourparlers à six (deux Corées, États-Unis, Chine, Japon, Russie), ouverts en 2003 à Pékin, n'empêchent pas le premier essai nucléaire du 9 octobre 2006. Cinq autres suivent (2009, 2013, deux en 2016, et le 3 septembre 2017, le plus puissant). En novembre 2017, le missile Hwasong-15 démontre une portée théorique couvrant l'ensemble du territoire américain.
| Date | Événement |
|---|---|
| 27 juillet 1953 | Armistice de Panmunjom |
| 23 janvier 1968 | Capture de l'USS Pueblo |
| 21 octobre 1994 | Accord-cadre de Genève |
| Octobre 2000 | Visite de la secrétaire d'État Madeleine Albright à Pyongyang |
| Janvier 2003 | Annonce du retrait nord-coréen du TNP |
| 9 octobre 2006 | Premier essai nucléaire ; sanctions de l'ONU (résolution 1718) |
| 3 septembre 2017 | Sixième essai nucléaire |
| 12 juin 2018 | Sommet de Singapour Trump-Kim |
| 27-28 février 2019 | Sommet de Hanoï, interrompu sans accord |
| 30 juin 2019 | Rencontre dans la zone démilitarisée de Panmunjom |
Les sommets Trump-Kim (2018-2019)
Après une année 2017 marquée par les menaces (« le feu et la fureur »), Donald Trump devient le premier président en exercice à rencontrer un dirigeant nord-coréen. Le sommet de Singapour, le 12 juin 2018, produit une déclaration de quatre points, dont un engagement vague en faveur d'une « dénucléarisation complète de la péninsule coréenne ». Washington suspend en retour de grands exercices militaires avec Séoul.
À Hanoï, en février 2019, les négociations échouent sur l'ordre des concessions : la Corée du Nord demande la levée de l'essentiel des sanctions contre le démantèlement de Yongbyon, ce que Washington juge insuffisant. Une brève rencontre dans la zone démilitarisée, le 30 juin 2019, fait de Donald Trump le premier président américain à poser le pied en territoire nord-coréen, sans relancer le processus.
Sanctions et dissuasion : les outils américains
La Corée du Nord est l'un des pays les plus sanctionnés au monde. Entre 2006 et 2017, le Conseil de sécurité adopte une série de résolutions qui interdisent ses exportations de charbon, de fer, de textile et de produits de la mer et plafonnent ses importations de pétrole. Les États-Unis y ajoutent leurs propres sanctions, renforcées par une loi de 2016 et par la loi CAATSA de 2017. Le pays est réinscrit sur la liste des États soutenant le terrorisme en novembre 2017.
La mort d'Otto Warmbier, étudiant américain détenu dix-sept mois à Pyongyang et rapatrié dans le coma en juin 2017, conduit le département d'État à interdire, à partir de septembre 2017, l'usage du passeport américain pour s'y rendre, sauf dérogation.
Sur le plan militaire, Washington maintient des dizaines de milliers de soldats en Corée du Sud et au Japon et étend sa dissuasion nucléaire à ses deux alliés, ce qui vise aussi à les dissuader de se doter de leur propre arme. Le rapprochement entre Pyongyang et Moscou, scellé par un traité de défense mutuelle en juin 2024, complique l'application des sanctions, la Russie ayant opposé son veto en mars 2024 au renouvellement du groupe d'experts de l'ONU chargé de les surveiller.
Les constantes de la relation
- Le régime cherche la reconnaissance comme puissance nucléaire et la fin de la présence militaire américaine ; Washington exige une dénucléarisation vérifiable.
- La Chine, premier partenaire commercial de Pyongyang, détient le principal levier économique et refuse un effondrement du régime à sa frontière.
- Séoul et Tokyo influencent fortement la ligne américaine, entre dialogue (politique du « rayon de soleil ») et fermeté.
Pour la rivalité régionale plus large, voir Chine – États-Unis et Japon – États-Unis.
Questions fréquentes
La guerre de Corée est-elle terminée ?
Les combats ont cessé le 27 juillet 1953 avec l'armistice de Panmunjom, signé par les commandements de l'ONU, nord-coréen et chinois. Aucun traité de paix n'a été conclu depuis : juridiquement, la guerre n'est pas close.
Les États-Unis ont-ils une ambassade en Corée du Nord ?
Non. Les deux pays n'ont jamais établi de relations diplomatiques. La Suède sert de puissance protectrice pour les citoyens américains, et les échanges officiels passent souvent par la mission nord-coréenne à l'ONU, à New York.
Combien de sommets Trump-Kim ont eu lieu ?
Deux sommets formels, à Singapour (juin 2018) et à Hanoï (février 2019), auxquels s'ajoute une rencontre improvisée dans la zone démilitarisée le 30 juin 2019.
La Corée du Nord peut-elle atteindre les États-Unis avec un missile ?
Depuis le tir du Hwasong-15 en novembre 2017, les services américains estiment que la Corée du Nord dispose de missiles intercontinentaux dont la portée théorique couvre le territoire américain ; la fiabilité de leur rentrée atmosphérique reste débattue.