La guerre de 1812, « seconde guerre d'indépendance »
De juin 1812 à février 1815, les États-Unis affrontent le Royaume-Uni, à qui ils reprochent d'entraver leur commerce et d'enrôler de force leurs marins. Marquée par l'incendie de Washington et la naissance de l'hymne national, la guerre se termine sans vainqueur par le traité de Gand, mais renforce durablement le sentiment national américain.
Méconnue en France, où elle est éclipsée par les guerres napoléoniennes dont elle est un prolongement, la guerre de 1812 est aux États-Unis une étape clé de l'affirmation nationale. Au Canada, elle est célébrée comme la résistance victorieuse à une invasion américaine ; pour les nations amérindiennes, elle marque la fin de tout espoir d'arrêter l'expansion vers l'ouest.
Les causes de la guerre
En guerre contre la France de Napoléon, le Royaume-Uni impose des restrictions au commerce des neutres (ordres en conseil de 1807) et arraisonne les navires américains. Surtout, la Royal Navy pratique l'enrôlement forcé (impressment) de marins qu'elle considère comme sujets britanniques, saisissant des milliers d'hommes sur des navires américains. En juin 1807, la frégate britannique Leopard tire sur la frégate américaine Chesapeake et enlève quatre marins, provoquant l'indignation. L'embargo décrété par Thomas Jefferson en décembre 1807 ruine surtout les ports américains et doit être abandonné en 1809.
À l'ouest, les colons accusent les Britanniques du Canada d'armer les nations autochtones. Le chef shawnee Tecumseh et son frère Tenskwatawa, le « Prophète », fédèrent une résistance amérindienne à la poussée des colons ; les troupes de William Henry Harrison l'affrontent à Tippecanoe en novembre 1811. Au Congrès, les « faucons de guerre » (War Hawks), jeunes élus du Sud et de l'Ouest menés par Henry Clay, poussent à la guerre et rêvent d'annexer le Canada.
Le président James Madison demande la guerre le 1er juin 1812. Le vote est le plus serré de toutes les déclarations de guerre américaines : 79 voix contre 49 à la Chambre, 19 contre 13 au Sénat. La guerre est déclarée le 18 juin 1812. Ironie de l'histoire, Londres suspend les ordres en conseil deux jours plus tard, avant que la nouvelle ne traverse l'Atlantique.
1812-1813 : l'échec de l'invasion du Canada
L'armée américaine, peu nombreuse et mal commandée, s'appuie sur des milices réticentes à quitter leur État. Le 16 août 1812, le général William Hull rend Detroit sans combattre. En octobre, la défaite de Queenston Heights, sur la rivière Niagara, met fin à une deuxième offensive. Les Canadiens, souvent descendants de loyalistes ayant fui la guerre d'indépendance, et les Canadiens français, défendent la colonie avec les troupes britanniques et leurs alliés autochtones.
Sur mer, les frégates américaines remportent des duels retentissants, comme celle de l'USS Constitution, surnommée « Old Ironsides », contre le HMS Guerriere le 19 août 1812 ; mais la Royal Navy finit par imposer un blocus des côtes. Sur les Grands Lacs, Oliver Hazard Perry remporte la bataille du lac Érié (10 septembre 1813), ce qui permet à Harrison de vaincre les Britanniques à la bataille de la Thames, en Ontario, le 5 octobre 1813 : Tecumseh y est tué, et sa confédération s'effondre. En avril 1813, les Américains incendient les bâtiments publics d'York, capitale du Haut-Canada, aujourd'hui Toronto.
1814 : l'incendie de Washington et Fort McHenry
Après l'abdication de Napoléon en avril 1814, Londres envoie en Amérique des troupes aguerries. Le 24 août 1814, après avoir dispersé les milices à Bladensburg, les Britanniques entrent dans Washington et incendient le Capitole et la résidence présidentielle, en représailles à l'incendie d'York. Dolley Madison fait sauver le portrait de George Washington par Gilbert Stuart avant de fuir. Contrairement à une idée répandue, le nom de Maison-Blanche ne vient pas de la peinture appliquée lors de la reconstruction : le bâtiment, déjà blanchi à la chaux, était ainsi surnommé avant la guerre.
Les 13 et 14 septembre 1814, la flotte britannique bombarde Fort McHenry, qui protège Baltimore. Au matin, l'avocat Francis Scott Key, retenu sur un navire britannique, voit le grand drapeau américain flotter toujours sur le fort. Il écrit un poème, « Defence of Fort M'Henry », qui, chanté sur un air anglais, devient « The Star-Spangled Banner », hymne national officiel depuis 1931 (voir l'hymne national américain). Le drapeau original est conservé au National Museum of American History. Au même moment, la victoire navale américaine de Plattsburgh, sur le lac Champlain, repousse une invasion venue du Canada.
Au Sud, le général Andrew Jackson écrase les Creeks Red Sticks à Horseshoe Bend (27 mars 1814) ; le traité de Fort Jackson leur impose la cession d'environ 9 millions d'hectares en Alabama et en Géorgie (voir les Creeks).
Le traité de Gand et la bataille de La Nouvelle-Orléans
Les négociations ouvertes à Gand, dans l'actuelle Belgique, aboutissent au traité du 24 décembre 1814. Il rétablit le statu quo d'avant-guerre : aucune conquête territoriale, et les questions de l'enrôlement forcé et du commerce neutre ne sont pas même mentionnées, la paix en Europe les ayant rendues sans objet.
La nouvelle n'est pas encore parvenue en Amérique quand, le 8 janvier 1815, les Britanniques attaquent La Nouvelle-Orléans. Les troupes de Jackson, qui réunissent soldats réguliers, miliciens, Afro-Américains libres, Choctaws et les pirates francophones de Jean Lafitte, infligent aux assaillants une défaite écrasante (voir la bataille de La Nouvelle-Orléans). Sans effet sur l'issue de la guerre, cette victoire fait de Jackson un héros national. Le Sénat ratifie le traité à l'unanimité le 16 février 1815.
Bilan et conséquences
Le département de la Défense recense 2 260 Américains tués au combat et 4 505 blessés ; les décès dus aux maladies sont bien plus nombreux. Militairement indécise, la guerre a des effets profonds :
- Nationalisme : présentée comme une « seconde guerre d'indépendance », elle ouvre l'« ère des bons sentiments » sous James Monroe et prépare l'affirmation de la doctrine Monroe.
- Vie politique : les fédéralistes, hostiles à la guerre et réunis à la convention de Hartford (1814-1815), sont discrédités et disparaissent.
- Nations amérindiennes : privées de l'allié britannique, elles ne peuvent plus résister à l'expansion vers l'ouest, qui mène aux déportations des années 1830 (voir les Amérindiens).
- Relations anglo-américaines : l'accord Rush-Bagot (1817) démilitarise les Grands Lacs et la convention de 1818 fixe la frontière sur le 49e parallèle jusqu'aux Rocheuses ; les deux pays ne se feront plus jamais la guerre (voir Royaume-Uni – États-Unis).
Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 22 juin 1807 | Affaire du Chesapeake |
| Décembre 1807 | Embargo Act de Jefferson |
| 7 novembre 1811 | Bataille de Tippecanoe |
| 18 juin 1812 | Déclaration de guerre |
| 16 août 1812 | Reddition de Detroit |
| 19 août 1812 | L'USS Constitution bat le HMS Guerriere |
| 10 septembre 1813 | Bataille du lac Érié |
| 5 octobre 1813 | Bataille de la Thames, mort de Tecumseh |
| 27 mars 1814 | Bataille de Horseshoe Bend |
| 24 août 1814 | Incendie de Washington |
| 13-14 septembre 1814 | Bombardement de Fort McHenry |
| 24 décembre 1814 | Traité de Gand |
| 8 janvier 1815 | Bataille de La Nouvelle-Orléans |
| 16 février 1815 | Ratification du traité par le Sénat |
Questions fréquentes
Qui a gagné la guerre de 1812 ?
Aucun camp : le traité de Gand rétablit les frontières d'avant-guerre. Les États-Unis et le Canada revendiquent chacun une forme de victoire ; les vrais perdants sont les nations amérindiennes.
Pourquoi la Maison-Blanche a-t-elle brûlé en 1814 ?
Les troupes britanniques l'ont incendiée le 24 août 1814, avec le Capitole, en représailles à l'incendie d'York (Toronto) par les Américains en 1813.
Quel lien avec l'hymne national américain ?
« The Star-Spangled Banner » vient d'un poème écrit par Francis Scott Key après le bombardement de Fort McHenry, à Baltimore, en septembre 1814. Il est devenu l'hymne officiel en 1931.
La bataille de La Nouvelle-Orléans a-t-elle eu lieu après la paix ?
Oui : le traité de Gand avait été signé le 24 décembre 1814, mais la bataille a eu lieu le 8 janvier 1815, la nouvelle n'ayant pas encore traversé l'Atlantique. La guerre n'a officiellement pris fin qu'avec la ratification de février 1815.