Siège de Yorktown (1781)

Guerre d'indépendance : victoire franco-américaine, capitulation de cornwallis, 28 septembre 1781 – 19 octobre 1781.

Mis à jour le

Guerre
Guerre d'indépendance
Date
28 septembre 1781 – 19 octobre 1781
Lieu
Yorktown et Gloucester Point (Virginie)
Issue
Victoire franco-américaine, capitulation de Cornwallis

Du 28 septembre au 19 octobre 1781, l'armée américaine de George Washington et le corps expéditionnaire français de Rochambeau assiègent l'armée britannique de Cornwallis, retranchée à Yorktown, en Virginie, tandis que la flotte du comte de Grasse lui ferme la mer. La capitulation de 8 000 hommes met fin aux grandes opérations de la guerre d'indépendance et ouvre la voie à la paix de 1783. La moitié environ des assiégeants et toute la puissance navale étaient françaises.

Forces en présence

CampCommandementEffectifs
États-UnisGeorge Washingtonenviron 8 000 à 11 000 hommes, Continentaux et milice de Virginie
FranceComte de Rochambeau (armée), comte de Grasse (flotte)environ 7 800 soldats ; 28 vaisseaux de ligne dans la Chesapeake
Grande-BretagneCharles Cornwallisenviron 8 000 à 9 000 hommes, dont des régiments allemands et des marins

Carte

Contexte

En 1780, Louis XVI envoie à Newport un corps expéditionnaire d'environ 5 500 hommes sous le comte de Rochambeau. Au printemps 1781, Cornwallis, après une campagne épuisante dans les Carolines, remonte en Virginie, où il affronte les troupes de La Fayette ; sur ordre de Henry Clinton, il se retranche en août à Yorktown, sur la rivière York, pour offrir un port abrité à la Royal Navy. Washington voulait attaquer New York ; Rochambeau sait que l'amiral de Grasse, alors aux Antilles, peut venir dans la Chesapeake pendant l'été. Lorsque de Grasse confirme, les armées alliées réunies près de New York font mine d'assiéger la ville, puis partent vers le sud le 19 août. Le 30 août, de Grasse mouille dans la Chesapeake avec 28 vaisseaux de ligne et débarque 3 000 soldats du marquis de Saint-Simon.

Déroulement de la bataille

La bataille de la Chesapeake, 5 septembre. L'escadre britannique de Thomas Graves arrive devant la baie. De Grasse sort au combat avec 24 vaisseaux ; l'engagement, indécis sur le plan tactique, dure deux heures. Les deux flottes manœuvrent ensuite plusieurs jours en vue l'une de l'autre, pendant que l'escadre de Barras, venue de Newport avec l'artillerie de siège, entre dans la baie. Graves repart pour New York : Cornwallis ne peut plus être secouru ni évacué par mer.

L'investissement. Les armées alliées, transportées en partie par bateau depuis le haut de la baie, se rassemblent à Williamsburg et arrivent devant Yorktown le 28 septembre. Les Américains tiennent la droite, les Français la gauche ; de l'autre côté de la rivière, la légion de Lauzun et des miliciens bloquent Gloucester Point. Cornwallis, qui attend des renforts, abandonne ses ouvrages avancés dès le 30 septembre.

Les parallèles. Sous la direction des ingénieurs français, dont Louis Lebègue Duportail, chef du génie américain, les assiégeants ouvrent dans la nuit du 6 octobre une première tranchée parallèle à environ 550 mètres des lignes ennemies. Le bombardement commence le 9 octobre ; une centaine de pièces, en grande partie françaises, écrasent la ville et incendient les navires britanniques au mouillage. Une deuxième parallèle est ouverte le 11 octobre, à environ 275 mètres.

Les redoutes 9 et 10. Dans la nuit du 14 octobre, deux colonnes de 400 hommes attaquent à la baïonnette les deux redoutes qui bloquent l'achèvement de la deuxième parallèle : les Français de Guillaume de Deux-Ponts, du régiment Royal-Deux-Ponts et du Gâtinais, enlèvent la redoute 9, les Américains d'Alexander Hamilton la redoute 10. Une sortie britannique le 16 octobre échoue, puis une tentative d'évacuation vers Gloucester est dispersée par une tempête. Le 17 octobre, un tambour britannique bat la chamade. La capitulation est signée le 19 octobre ; Cornwallis se disant malade, le général Charles O'Hara présente son épée à Rochambeau, qui le renvoie vers Washington, lequel désigne son adjoint Benjamin Lincoln pour la recevoir.

Pertes

Les estimations varient selon les sources. Les Alliés perdent environ 90 tués et 300 blessés, dont près des deux tiers français. Les Britanniques comptent environ 150 à 300 tués et 330 à 600 blessés ; à la capitulation, plus de 7 000 soldats et près de 900 marins sont faits prisonniers, selon le National Park Service.

Conséquences

Yorktown n'achève pas formellement la guerre : les Britanniques tiennent encore New York, Charleston et Savannah. Mais la perte d'une seconde armée, après Saratoga, fait tomber à Londres le gouvernement de Lord North en mars 1782. Les négociations ouvertes à Paris aboutissent au traité du 3 septembre 1783, par lequel la Grande-Bretagne reconnaît l'indépendance des États-Unis. Pour la France, la victoire est d'abord celle de sa marine ; elle coûte toutefois très cher au trésor royal et pèse dans la crise financière qui précède 1789. La coopération de 1781, décrite en détail dans notre page sur Rochambeau, de Grasse et l'armée française, reste le symbole de l'alliance franco-américaine : le monument de la Victoire de Yorktown, voté par le Congrès dès 1781 et achevé en 1884, honore expressément l'alliance avec la France.

Visiter les lieux

  • Yorktown Battlefield (Colonial National Historical Park)Le parc conserve les tranchées reconstituées, les redoutes 9 et 10, la maison Moore où fut négociée la capitulation, le champ de la Reddition et un cimetière français.
  • Monument de la Victoire de YorktownColonne de 30 mètres dont l'inscription célèbre l'alliance avec Louis XVI ; elle domine la rivière York.
  • WilliamsburgL'ancienne capitale coloniale de la Virginie, quartier général de Washington et Rochambeau avant le siège, se trouve à 20 km.

Questions fréquentes

Quel a été le rôle de la France à Yorktown ?

Décisif. La flotte du comte de Grasse a bloqué la baie de la Chesapeake et repoussé la Royal Navy le 5 septembre 1781, empêchant tout secours ou évacuation. À terre, les troupes de Rochambeau et de Saint-Simon formaient environ la moitié des assiégeants et l'essentiel de l'artillerie de siège ; les ingénieurs français ont conduit les travaux de tranchée.

La bataille de Yorktown a-t-elle mis fin à la guerre d'indépendance ?

Elle a mis fin aux grandes opérations sur le continent et provoqué la chute du gouvernement britannique, mais la guerre ne s'est terminée officiellement qu'avec le traité de Paris du 3 septembre 1783. Les combats se sont poursuivis sur mer et aux Antilles, où de Grasse fut battu aux Saintes en avril 1782.

La Fayette a-t-il combattu à Yorktown ?

Oui, mais dans l'armée américaine : général de l'Armée continentale, il commandait en Virginie avant l'arrivée des alliés et dirigeait pendant le siège une division d'infanterie légère, dont faisait partie la colonne d'Alexander Hamilton qui prit la redoute 10.

Pourquoi Cornwallis n'a-t-il pas remis lui-même son épée ?

Il s'est déclaré malade et a délégué son second, le général O'Hara. Celui-ci a d'abord voulu remettre l'épée à Rochambeau, qui l'a dirigé vers Washington ; ce dernier, refusant de la recevoir d'un subordonné, a désigné le général Benjamin Lincoln.