Russie et États-Unis : rivalité nucléaire, sanctions et diplomatie
La relation russo-américaine repose sur trois piliers durables : la dissuasion nucléaire entre les deux premiers arsenaux du monde, la rivalité en Europe et les sanctions économiques. Alliés contre l'Allemagne nazie, adversaires pendant la guerre froide, les deux pays alternent depuis 1991 phases de détente et de confrontation.
Les États-Unis et la Russie ne partagent qu'une frontière maritime, dans le détroit de Béring, mais leur relation structure la sécurité mondiale depuis 1945. À eux deux, ils détiennent l'immense majorité des armes nucléaires de la planète, ce qui fait du contrôle des armements le fil rouge de leur diplomatie, au-delà des changements de dirigeants.
- Relations diplomatiques
- établies avec l'Empire russe en 1809, avec l'URSS en 1933
- Achat de l'Alaska
- 1867, pour 7,2 millions de dollars
- Distance minimale
- environ 4 km entre les îles Diomède
- Dernier grand traité nucléaire
- New START (2010), expiré le 5 février 2026
Des relations tsaristes à l'alliance de 1941
Au XIXe siècle, la Russie impériale est plutôt bienveillante envers Washington : elle soutient l'Union pendant la guerre de Sécession et cède l'Alaska en 1867, une vente négociée par le secrétaire d'État William Seward. La révolution bolchevique de 1917 rompt ce lien : les États-Unis ne reconnaissent l'URSS qu'en 1933, sous Franklin Roosevelt.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le programme prêt-bail fournit à l'URSS avions, camions et matières premières, notamment par la route aérienne Alaska-Sibérie. Les conférences de Téhéran (1943), Yalta et Potsdam (1945) dessinent l'ordre d'après-guerre, mais la division de l'Europe annonce déjà la rupture.
La guerre froide et l'invention du contrôle des armements
De 1947 à 1991, les deux superpuissances s'affrontent sans guerre directe : blocus de Berlin, crise des missiles de Cuba (1962), conflits par alliés interposés en Corée, au Vietnam et en Afghanistan. La crise de Cuba conduit à l'installation du « téléphone rouge » en 1963, puis à une série de traités qui encadrent la course aux armements. Le détail de cette période est traité sur la page guerre froide.
| Traité | Année | Objet | Sort |
|---|---|---|---|
| SALT I et traité ABM | 1972 | Gel des lanceurs, limitation des défenses antimissiles | Retrait américain de l'ABM en 2002 |
| SALT II | 1979 | Plafonds sur les lanceurs stratégiques | Jamais ratifié par le Sénat |
| FNI | 1987 | Élimination des missiles terrestres de 500 à 5 500 km | Retrait américain en 2019 |
| START I | 1991 | Première réduction des arsenaux stratégiques | Expiré en 2009 |
| SORT (Moscou) | 2002 | 1 700 à 2 200 ogives déployées | Remplacé par New START |
| New START | 2010 | 1 550 ogives et 700 lanceurs déployés, inspections | Suspendu par la Russie en 2023, expiré le 5 février 2026 |
Ces accords obéissent à une mécanique constante : côté américain, un traité doit être approuvé par les deux tiers du Sénat, ce qui explique l'échec de SALT II après l'invasion soviétique de l'Afghanistan. Leur valeur tient autant aux plafonds qu'aux inspections et échanges de données, qui réduisent le risque d'erreur d'appréciation.
Depuis 1991 : de la coopération à la méfiance
Après la dissolution de l'URSS, Washington finance le démantèlement des armes soviétiques (programme Nunn-Lugar, 1991), accueille la Russie au G8 (1997) et crée le Conseil OTAN-Russie (2002). La méfiance s'installe ensuite : élargissement de l'OTAN vers l'est, guerre en Irak (2003), guerre de Géorgie (2008). La « relance » voulue par Barack Obama en 2009 aboutit à New START, mais l'annexion de la Crimée en 2014 entraîne l'exclusion de la Russie du G8 et les premières sanctions sectorielles.
En 2016, le renseignement américain conclut à une ingérence russe dans l'élection présidentielle. Le Congrès réagit en 2017 avec la loi CAATSA, qui limite la marge du président pour alléger les sanctions. L'invasion à grande échelle de l'Ukraine, le 24 février 2022, ouvre la crise la plus grave depuis la guerre froide.
L'arme des sanctions : comment elles fonctionnent
Les sanctions américaines reposent sur des décrets présidentiels pris en vertu de la loi IEEPA (1977) et sur des lois votées par le Congrès (loi Magnitsky de 2012, CAATSA de 2017). Le département du Trésor, via l'OFAC, inscrit les personnes et entreprises visées sur ses listes ; le département du Commerce contrôle les exportations de technologies. Leur portée vient du rôle central du dollar : une banque étrangère qui traite avec une entité sanctionnée risque de perdre l'accès au système financier américain, ce qu'on appelle les sanctions secondaires.
Après 2022, ces outils visent la finance (exclusion de grandes banques, immobilisation des réserves de la banque centrale russe au sein du G7 et de l'UE), l'énergie (embargo américain sur le pétrole russe en mars 2022, plafond de prix du G7) et les technologies à double usage. Le 22 octobre 2025, le Trésor sanctionne Rosneft et Lukoil, les deux premiers groupes pétroliers russes. Une large part des avoirs russes immobilisés se trouve chez Euroclear à Bruxelles, d'où un débat récurrent sur leur utilisation (voir Belgique – États-Unis).
Chronologie récente
| Date | Événement |
|---|---|
| 24 février 2022 | Invasion de l'Ukraine ; sanctions occidentales massives. |
| Février 2023 | La Russie suspend sa participation à New START (inspections, échanges de données). |
| 28 février 2025 | Altercation dans le Bureau ovale avec Volodymyr Zelensky ; Washington cherche un dialogue direct avec Moscou. |
| 15 août 2025 | Sommet Donald Trump – Vladimir Poutine à Anchorage, sans accord. |
| 22 octobre 2025 | Sanctions contre Rosneft et Lukoil. |
| Novembre 2025 | Plan américain en 28 points pour mettre fin à la guerre en Ukraine. |
| Janvier-février 2026 | Discussions trilatérales États-Unis-Russie-Ukraine à Abou Dhabi. |
| 5 février 2026 | Expiration de New START sans traité successeur. |
L'Arctique et le détroit de Béring
Seuls 4 km séparent la Petite Diomède, américaine, de la Grande Diomède, russe ; la ligne de changement de date passe entre les deux. L'Arctique, où la Russie possède la plus longue façade maritime, est un terrain de rivalité croissante avec la fonte de la banquise : surveillance des sous-marins, routes maritimes, ressources. Cet enjeu éclaire l'intérêt américain pour le Groenland et le poids stratégique de l'Alaska.
Questions fréquentes
Pourquoi la Russie a-t-elle vendu l'Alaska aux États-Unis ?
En 1867, l'Empire russe juge ce territoire difficile à défendre, notamment face à la Grande-Bretagne, et peu rentable. Il le cède pour 7,2 millions de dollars, une somme modeste au regard de l'or et du pétrole découverts ensuite.
Qu'est-ce que New START ?
Signé en 2010 par Barack Obama et Dmitri Medvedev, il limitait chaque pays à 1 550 ogives stratégiques déployées et 700 lanceurs déployés, avec inspections sur place. Prolongé en 2021, il a expiré le 5 février 2026.
Un président américain peut-il lever seul les sanctions contre la Russie ?
Pas toutes. Celles qui découlent de décrets présidentiels peuvent être levées par décret, mais la loi CAATSA de 2017 permet au Congrès d'examiner et de bloquer l'allègement des principales sanctions visant la Russie.
Que s'est-il passé au sommet d'Anchorage ?
Donald Trump et Vladimir Poutine se sont rencontrés le 15 août 2025 sur la base d'Elmendorf-Richardson, en Alaska. La rencontre n'a débouché sur aucun cessez-le-feu en Ukraine.