Arabie saoudite et États-Unis : un pacte pétrole contre sécurité
Depuis la rencontre entre Franklin D. Roosevelt et le roi Ibn Saoud en 1945, la relation repose sur un échange tacite : le royaume garantit un approvisionnement pétrolier stable, les États-Unis assurent sa sécurité. Ce pacte a résisté à l'embargo de 1973, au 11 Septembre et à l'affaire Khashoggi.
L'Arabie saoudite est le premier client de l'industrie d'armement américaine et l'un des piliers de la stratégie de Washington au Moyen-Orient, face à l'Iran en particulier. La relation n'a jamais pris la forme d'une alliance formelle par traité : elle repose sur des accords de coopération, des ventes d'armes et des intérêts convergents, ce qui la rend sensible aux crises politiques.
- Relations diplomatiques
- établies en 1940
- Rencontre fondatrice
- 14 février 1945, à bord de l'USS Quincy
- Découverte du pétrole
- Dammam, 1938, par une filiale de Standard Oil of California
- Statut accordé en 2025
- allié majeur non membre de l'OTAN
Aramco et la rencontre du Quincy
En 1933, le roi Abdelaziz ibn Saoud accorde une concession pétrolière à Standard Oil of California (future Chevron). Le pétrole jaillit à Dammam en 1938, et la société, devenue Arabian American Oil Company (Aramco), associe ensuite Texaco, Exxon et Mobil. Le 14 février 1945, au retour de Yalta, Franklin D. Roosevelt reçoit le roi à bord du croiseur USS Quincy, sur le canal de Suez. Cette rencontre est considérée comme l'acte fondateur de la relation, même si aucun accord écrit n'en est sorti.
Pendant la guerre froide, le royaume, farouchement anticommuniste, devient un partenaire clé. Les États-Unis y construisent la base aérienne de Dhahran et forment la Garde nationale saoudienne. L'État saoudien prend progressivement le contrôle d'Aramco entre 1973 et 1980.
L'embargo de 1973 et le recyclage des pétrodollars
En octobre 1973, en riposte au soutien américain à Israël pendant la guerre du Kippour, l'Arabie saoudite et les pays arabes de l'OPEP décrètent un embargo pétrolier contre les États-Unis. Le prix du baril quadruple et les files d'attente envahissent les stations-service américaines. L'embargo est levé en mars 1974.
La crise accouche d'un arrangement durable : en 1974, une commission économique conjointe est créée, et Riyad place une large part de ses excédents en bons du Trésor américain, tout en continuant à vendre son pétrole en dollars. Ce recyclage des « pétrodollars » soutient le rôle international du dollar. Pour le contexte énergétique, voir pétrole et énergie aux États-Unis.
La guerre du Golfe, le 11 Septembre et le terrorisme
Après l'invasion du Koweït par l'Irak, le 2 août 1990, le roi Fahd accepte le déploiement de plus de 500 000 soldats américains sur son sol (opération Bouclier du désert, puis Tempête du désert en 1991). Cette présence alimente la propagande d'Oussama ben Laden, d'origine saoudienne. En juin 1996, l'attentat contre les tours de Khobar tue 19 militaires américains.
Quinze des dix-neuf auteurs des attentats du 11 septembre 2001 sont saoudiens. La question d'un éventuel soutien de responsables saoudiens fait l'objet d'enquêtes et de procès, notamment après la publication en 2016 des « 28 pages » du rapport du Congrès. En 2003, les forces de combat américaines quittent la base Prince-Sultan, tandis que Riyad devient un partenaire central de la lutte antiterroriste.
Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 1933 | Concession pétrolière à Standard Oil of California |
| 14 février 1945 | Roosevelt et Ibn Saoud à bord de l'USS Quincy |
| Octobre 1973 – mars 1974 | Embargo pétrolier arabe |
| 1981 | Vente d'avions radar AWACS approuvée de justesse par le Sénat |
| 1990-1991 | Guerre du Golfe depuis le territoire saoudien |
| 25 juin 1996 | Attentat des tours de Khobar |
| 11 septembre 2001 | Attentats : 15 des 19 pirates de l'air sont saoudiens |
| 2 octobre 2018 | Assassinat de Jamal Khashoggi à Istanbul |
| Février 2021 | Rapport du renseignement américain mettant en cause le prince héritier |
| 13 mai 2025 | Visite de Donald Trump à Riyad, annonce d'importants contrats d'armement |
| 18 novembre 2025 | Mohammed ben Salmane à la Maison-Blanche ; accord de défense stratégique |
Ventes d'armes et affaire Khashoggi
Les ventes d'armes structurent la relation : chasseurs F-15, avions radar AWACS en 1981, systèmes antimissiles Patriot et THAAD. Le Congrès peut s'opposer aux grandes ventes par une résolution conjointe, mais il doit pour cela surmonter un veto présidentiel, ce qui n'est jamais arrivé. La guerre au Yémen, engagée par une coalition menée par Riyad en 2015, a toutefois conduit le Congrès à voter en 2019 une résolution, bloquée par veto, pour mettre fin au soutien militaire américain.
Le 2 octobre 2018, le journaliste saoudien Jamal Khashoggi, chroniqueur au Washington Post et résident américain, est assassiné au consulat saoudien d'Istanbul. Un rapport du renseignement américain publié en février 2021 conclut que le prince héritier Mohammed ben Salmane a approuvé l'opération, ce que Riyad conteste. Joe Biden, qui avait promis de faire du royaume un « paria », s'y rend néanmoins en juillet 2022, sur fond de hausse des prix de l'énergie.
En mai 2025, Riyad est la première étape de la première grande tournée à l'étranger du second mandat de Donald Trump, comme en 2017. Lors de la visite du prince héritier à Washington, le 18 novembre 2025, l'Arabie saoudite est désignée allié majeur non membre de l'OTAN et un accord de défense stratégique est signé.
La question de la normalisation avec Israël
Les accords d'Abraham de 2020 ont normalisé les relations d'Israël avec les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Maroc et le Soudan. L'Arabie saoudite, gardienne des lieux saints de La Mecque et de Médine, en est restée à l'écart. Riyad conditionne une normalisation à des garanties de sécurité américaines, à une coopération nucléaire civile et à une perspective crédible d'État palestinien. Cette équation, au cœur de la diplomatie américaine dans la région, éclaire aussi la rivalité avec l'Iran (voir guerre Iran – États-Unis).
Questions fréquentes
L'Arabie saoudite est-elle une alliée officielle des États-Unis ?
Il n'existe pas de traité d'alliance. Le royaume a été désigné allié majeur non membre de l'OTAN en novembre 2025, un statut qui facilite la coopération militaire sans engagement de défense automatique.
Qu'est-ce que le pacte du Quincy ?
C'est le nom donné à la rencontre du 14 février 1945 entre Franklin D. Roosevelt et le roi Ibn Saoud. Aucun texte n'a été signé ; l'expression résume l'échange implicite entre accès au pétrole et garantie de sécurité.
Les États-Unis achètent-ils beaucoup de pétrole saoudien ?
Beaucoup moins qu'auparavant. Depuis l'essor du pétrole de schiste dans les années 2010, les États-Unis sont devenus le premier producteur mondial et leurs importations saoudiennes ont fortement diminué. Le rôle de Riyad tient surtout à sa capacité à influencer les prix mondiaux.
Que conclut le rapport américain sur Khashoggi ?
Publié en février 2021 par la direction du renseignement national, il estime que le prince héritier Mohammed ben Salmane a approuvé une opération visant à capturer ou tuer le journaliste. Riyad a rejeté ces conclusions.
Sources
- Office of the Historian – Relations avec l'Arabie saoudite
- Office of the Historian – L'embargo pétrolier de 1973-1974
- Direction du renseignement national (ODNI) – Rapport sur la mort de Jamal Khashoggi
- Rapport de la commission sur le 11 Septembre
- Energy Information Administration – Données pétrolières