Israël et les États-Unis : l'alliance la plus étroite de Washington au Moyen-Orient

Les États-Unis sont le premier soutien diplomatique et militaire d'Israël depuis 1948 : aide militaire encadrée par des protocoles décennaux, garantie légale de supériorité militaire, veto répété au Conseil de sécurité et, en 2025-2026, opérations militaires conjointes contre l'Iran. Ce soutien est aussi devenu un sujet de débat dans l'opinion américaine.

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Une alliance née en 1948, devenue stratégique après 1967

Le 14 mai 1948, le président Harry Truman reconnaît l'État d'Israël onze minutes après la proclamation de son indépendance. Pendant les deux premières décennies, le soutien américain reste surtout politique : la France est alors le principal fournisseur d'armes d'Israël. En 1956, Dwight Eisenhower contraint même Israël, la France et le Royaume-Uni à se retirer de Suez. Le tournant intervient après la guerre des Six Jours (1967), lorsque Washington voit en Israël un rempart face aux alliés arabes de l'URSS, dans le contexte de la guerre froide.

En 1973, pendant la guerre du Kippour, le pont aérien américain (opération Nickel Grass) ravitaille l'armée israélienne. En 1978, Jimmy Carter obtient les accords de Camp David, qui débouchent sur la paix israélo-égyptienne de 1979. Les accords d'Oslo sont signés en 1993 sur la pelouse de la Maison-Blanche sous Bill Clinton.

Reconnaissance par les États-Unis
14 mai 1948
Accord de libre-échange
1985, le premier signé par les États-Unis
Statut d'allié majeur non-membre de l'OTAN
depuis 1987
Protocole d'aide militaire 2019-2028
38 milliards de dollars sur dix ans (signé en 2016)
Ambassade américaine
Jérusalem depuis le 14 mai 2018

L'aide militaire : le cœur de la relation

Israël est, en cumul depuis 1948, le premier bénéficiaire de l'aide étrangère américaine selon le Congressional Research Service (CRS). Depuis la fin de l'aide économique civile dans les années 2000, l'essentiel est militaire. Elle est encadrée par des protocoles d'accord (MOU) de dix ans, négociés entre les gouvernements puis financés chaque année par le Congrès. Le troisième, signé en 2016 sous Barack Obama, couvre les exercices budgétaires 2019 à 2028 : 33 milliards de dollars de financement militaire étranger (FMF) et 5 milliards pour la défense antimissile (Dôme de fer, Fronde de David, Arrow), soit 38 milliards au total.

À ces protocoles s'ajoutent des crédits exceptionnels votés en temps de guerre, comme l'enveloppe d'environ 26 milliards de dollars adoptée en avril 2024 après l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023 (aide militaire, réapprovisionnement des stocks américains et volet humanitaire). Washington entrepose aussi des munitions en Israël et y déploie ponctuellement ses propres systèmes, comme la batterie antimissile THAAD envoyée en octobre 2024.

La relation repose enfin sur des garanties juridiques. Depuis 2008, la loi impose de préserver l'« avantage militaire qualitatif » (QME) d'Israël sur ses voisins : toute vente d'armes américaines dans la région doit être évaluée à cette aune. À l'inverse, la loi Leahy interdit en principe l'aide aux unités étrangères coupables de violations graves des droits humains, un garde-fou dont l'application à Israël est régulièrement débattue.

Un soutien diplomatique constant

Au Conseil de sécurité de l'ONU, les États-Unis ont utilisé leur droit de veto à des dizaines de reprises depuis 1972 pour bloquer des résolutions critiques envers Israël, ce qui en fait le premier motif de veto américain. Washington s'est aussi posé en médiateur principal du conflit israélo-arabe, de Camp David (1978) à Oslo (1993) et aux sommets de Camp David (2000) et d'Annapolis (2007), avec une position officielle longtemps favorable à la solution à deux États.

Chronologie des grandes étapes

DateÉvénement
14 mai 1948Reconnaissance d'Israël par Harry Truman
Octobre 1973Pont aérien américain pendant la guerre du Kippour
17 septembre 1978Accords de Camp David (Israël-Égypte)
13 septembre 1993Accords d'Oslo signés à Washington
14 mai 2018Transfert de l'ambassade américaine à Jérusalem
25 mars 2019Reconnaissance par Washington de la souveraineté israélienne sur le Golan
15 septembre 2020Accords d'Abraham (Émirats arabes unis, Bahreïn), puis Maroc et Soudan
7 octobre 2023Attaque du Hamas ; début de la guerre de Gaza
22 juin 2025Frappes américaines sur Fordo, Natanz et Ispahan pendant la guerre Israël-Iran
10 octobre 2025Cessez-le-feu à Gaza (plan Trump en 20 points)
28 février 2026Offensive conjointe israélo-américaine contre l'Iran

Trump et Israël : Jérusalem, accords d'Abraham, Gaza

Lors de son premier mandat, Donald Trump a pris plusieurs décisions que ses prédécesseurs avaient repoussées : reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël (décembre 2017), transfert de l'ambassade (mai 2018), retrait de l'accord nucléaire iranien (mai 2018), reconnaissance de l'annexion du Golan (mars 2019). Les accords d'Abraham, signés le 15 septembre 2020, ont normalisé les relations d'Israël avec les Émirats arabes unis et Bahreïn, puis avec le Maroc et le Soudan.

Sous Joe Biden, Washington a soutenu Israël après le 7 octobre 2023 tout en critiquant le nombre de victimes civiles à Gaza et en suspendant brièvement, en mai 2024, une livraison de bombes de 2 000 livres. Revenu au pouvoir en janvier 2025, Donald Trump a levé cette suspension, puis présenté un plan de paix en 20 points dont la première phase est entrée en vigueur le 10 octobre 2025 : cessez-le-feu, retrait partiel des troupes israéliennes, libération des otages encore vivants en échange de prisonniers et détenus palestiniens, et création d'un « Conseil de la paix » chargé de superviser la reconstruction.

Iran : de la coordination à la guerre commune

L'Iran est le terrain où l'alliance est allée le plus loin. Pendant des années, la coopération a pris la forme du renseignement partagé et d'opérations clandestines, comme la cyberattaque Stuxnet contre Natanz, attribuée aux deux pays. En avril et octobre 2024, les forces américaines ont participé à l'interception des missiles iraniens tirés contre Israël. En juin 2025, les États-Unis se sont joints à la guerre lancée par Israël le 13 juin en bombardant, le 22 juin, les sites nucléaires de Fordo, Natanz et Ispahan. Le 28 février 2026, les deux pays ont lancé ensemble une offensive de grande ampleur (opérations « Epic Fury » côté américain, « Roaring Lion » côté israélien), au cours de laquelle le guide suprême Ali Khamenei a été tué ; la guerre s'est étendue au Liban, où Israël a mené une offensive contre le Hezbollah.

La chronologie militaire figure sur la page affrontements entre l'Iran et les États-Unis, et l'histoire longue sur la page Iran – États-Unis.

Un soutien de plus en plus débattu aux États-Unis

Le soutien à Israël reste très majoritaire au Congrès, porté par des liens culturels et religieux (communauté juive américaine, électorat évangélique) et par des organisations comme l'AIPAC. L'opinion, elle, a évolué depuis le début des années 2020. Le sondage annuel de Gallup sur le Moyen-Orient a enregistré un recul continu de la sympathie pour les Israéliens, surtout chez les démocrates et les jeunes, jusqu'à un basculement inédit en février 2026, lorsque la sympathie pour les Palestiniens est passée devant pour la première fois depuis le début de la série. Le clivage est d'abord partisan : les républicains restent majoritairement pro-israéliens.

Ce débat traverse les deux partis : à gauche, une partie des élus démocrates demande de conditionner les ventes d'armes ; à droite, le courant « America First » s'interroge sur l'entraînement des États-Unis dans les guerres régionales. Côté européen, la France a reconnu l'État de Palestine le 22 septembre 2025 à l'ONU, une démarche à laquelle Washington s'est opposé (voir France – États-Unis).

Questions fréquentes

Combien les États-Unis donnent-ils à Israël ?

L'aide militaire est fixée par des protocoles décennaux. Celui qui couvre 2019 à 2028 prévoit 38 milliards de dollars, soit 3,8 milliards par an (3,3 milliards de financement militaire et 500 millions pour la défense antimissile), auxquels s'ajoutent des crédits exceptionnels votés en cas de guerre, comme en avril 2024. Le Congressional Research Service publie les montants à jour.

Pourquoi les États-Unis soutiennent-ils Israël ?

Les raisons combinent intérêts stratégiques (allié face à l'Iran et, autrefois, à l'URSS), coopération militaire et technologique, liens culturels et religieux (communauté juive américaine, électorat évangélique) et le poids du Congrès, traditionnellement très favorable à Israël.

Israël est-il membre d'une alliance avec les États-Unis ?

Il n'existe pas de traité de défense mutuelle comparable à l'OTAN. Israël a le statut d'allié majeur non-membre de l'OTAN depuis 1987 et bénéficie de garanties inscrites dans la loi américaine, comme le maintien de son avantage militaire qualitatif.

Où se trouve l'ambassade des États-Unis en Israël ?

À Jérusalem depuis le 14 mai 2018, à la suite d'une décision de Donald Trump annoncée en décembre 2017. La plupart des autres pays, dont la France, ont conservé leur ambassade à Tel-Aviv.

Les États-Unis ont-ils fait la guerre à l'Iran aux côtés d'Israël ?

Oui, à deux reprises : par des frappes sur trois sites nucléaires le 22 juin 2025, puis par une offensive conjointe lancée le 28 février 2026. La chronologie détaillée figure sur notre page consacrée aux affrontements avec l'Iran.

Sources