Ukraine et États-Unis : du désarmement nucléaire à la guerre
Depuis l'indépendance de l'Ukraine en 1991, les États-Unis ont été tour à tour le garant de son désarmement nucléaire, l'avocat de son rapprochement avec l'Occident puis, après l'invasion russe de 2022, son premier soutien militaire, avant de se poser en médiateur à partir de 2025.
La relation américano-ukrainienne est récente : elle naît avec la dissolution de l'URSS. Elle se lit à travers trois questions qui reviennent à chaque époque : la sécurité de l'Ukraine face à la Russie, son ancrage occidental (OTAN, Union européenne) et le prix que Washington accepte de payer pour la soutenir.
- Reconnaissance par les États-Unis
- 25 décembre 1991
- Mémorandum de Budapest
- 5 décembre 1994
- Aide votée par le Congrès (2022-2024)
- environ 175 milliards de dollars, en cinq lois
- Accord sur les minerais
- signé le 30 avril 2025
1991-1994 : l'indépendance et le désarmement nucléaire
À l'indépendance, l'Ukraine hérite du troisième arsenal nucléaire du monde, stationné sur son sol par l'URSS. Washington fait de son transfert vers la Russie une priorité et finance le démantèlement par le programme Nunn-Lugar. Le mémorandum de Budapest, signé le 5 décembre 1994 par les États-Unis, le Royaume-Uni et la Russie, donne en échange à Kiev des « assurances » de respect de son intégrité territoriale. Ce texte n'est pas un traité de défense : il ne contient aucune obligation d'intervenir, une différence qui pèsera lourd après 2014.
2004-2021 : l'Ukraine entre Washington et Moscou
Les États-Unis soutiennent la révolution orange de 2004 puis plaident pour l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN. Au sommet de Bucarest (2008), les alliés promettent que l'Ukraine et la Géorgie « deviendront membres », sans calendrier, faute d'accord entre Washington, Paris et Berlin. Après la révolution de Maïdan, l'annexion de la Crimée en mars 2014 et la guerre dans le Donbass conduisent aux premières sanctions contre la Russie et à une aide militaire américaine encore limitée (formation, équipements non létaux, puis missiles antichars Javelin à partir de 2018).
L'Ukraine entre aussi dans la vie politique américaine : l'appel téléphonique de juillet 2019 entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky, au cours duquel le président américain demande une enquête visant Joe Biden, déclenche sa première procédure de destitution en décembre 2019.
2022-2024 : l'aide militaire massive
Après l'invasion russe du 24 février 2022, les États-Unis deviennent le premier soutien militaire de Kiev. Entre 2022 et avril 2024, le Congrès adopte cinq lois de financement, pour un total d'environ 175 milliards de dollars ; la dernière, de 61 milliards, est promulguée le 24 avril 2024 après des mois de blocage à la Chambre des représentants. Une part importante de ces sommes finance toutefois des dépenses américaines : reconstitution des stocks du Pentagone, déploiements en Europe, aide humanitaire régionale.
L'aide passe par plusieurs canaux distincts, qu'il faut connaître pour lire les montants annoncés :
- Presidential Drawdown Authority : prélèvement direct dans les stocks du Pentagone, le plus rapide ;
- USAI (Ukraine Security Assistance Initiative) : contrats passés avec l'industrie, livrés en plusieurs années ;
- Foreign Military Financing : dons ou prêts pour acheter du matériel américain ;
- aide budgétaire versée via la Banque mondiale pour payer salaires et retraites de l'État ukrainien.
| Catégorie | Exemples de matériel livré |
|---|---|
| Défense aérienne | Patriot, NASAMS, Stinger |
| Artillerie et frappes | Obusiers M777, HIMARS, missiles ATACMS, obus de 155 mm |
| Blindés | Chars Abrams, véhicules Bradley et Stryker |
| Antichars | Javelin |
| Aviation | F-16 fournis par des alliés européens avec l'accord de Washington |
| Renseignement | Partage de renseignement et d'imagerie satellitaire |
La loi américaine encadre ces transferts : toute livraison d'armes d'origine américaine par un pays tiers exige l'accord de Washington, ce qui explique que les décisions sur les F-16 ou les missiles à longue portée aient été prises aux États-Unis.
2025 : du soutien à la médiation
Le retour de Donald Trump change la logique. Le 28 février 2025, une altercation éclate dans le Bureau ovale entre Donald Trump, JD Vance et Volodymyr Zelensky ; l'aide et le partage de renseignement sont suspendus du 3 au 11 mars 2025, puis rétablis après des discussions à Djeddah. Washington cesse d'engager de nouveaux prélèvements sur ses stocks et, à partir de juillet 2025, le mécanisme PURL (Prioritized Ukraine Requirements List) permet aux alliés de l'OTAN d'acheter du matériel américain pour l'Ukraine. Les Européens deviennent ainsi les principaux financeurs (voir Union européenne – États-Unis et France – États-Unis).
Signé le 30 avril 2025 et ratifié par la Rada le 8 mai, l'accord sur les minerais crée un fonds d'investissement américano-ukrainien pour la reconstruction, alimenté par une part des futures recettes tirées des ressources naturelles ukrainiennes et géré à parité. L'Ukraine conserve la propriété de son sous-sol, et l'accord ne rembourse pas l'aide passée, contrairement aux premières versions américaines.
Les tentatives de négociation
| Date | Étape |
|---|---|
| Mars 2022 | Pourparlers russo-ukrainiens d'Istanbul, abandonnés au printemps. |
| 15 août 2025 | Sommet Trump-Poutine à Anchorage, sans cessez-le-feu. |
| Novembre 2025 | Plan américain en 28 points, retravaillé avec Kiev et les Européens. |
| Janvier-février 2026 | Discussions trilatérales à Abou Dhabi et échange de prisonniers. |
| Mars-août 2026 | Processus interrompu par la guerre contre l'Iran. |
| Septembre 2026 | Reprise de contacts menés par les envoyés américains. |
D'une négociation à l'autre, les mêmes questions reviennent : le statut des territoires occupés par la Russie, la nature des garanties de sécurité offertes à l'Ukraine, la taille de son armée, son éventuelle adhésion à l'OTAN et la levée des sanctions contre Moscou. Le volet russe est développé sur la page Russie – États-Unis.
Questions fréquentes
Combien les États-Unis ont-ils donné à l'Ukraine ?
Entre 2022 et avril 2024, le Congrès a voté environ 175 milliards de dollars. Les montants effectivement remis à l'Ukraine sont plus faibles, une partie finançant des dépenses militaires américaines ; pour un suivi chiffré, consultez l'Ukraine Support Tracker du Kiel Institute.
L'Ukraine doit-elle rembourser l'aide américaine ?
Non pour l'essentiel : l'aide votée entre 2022 et 2024 est surtout constituée de dons, une partie de l'aide budgétaire ayant pris la forme de prêts à conditions favorables. L'accord sur les minerais de 2025 porte sur des investissements futurs, pas sur le passé.
Le mémorandum de Budapest obligeait-il les États-Unis à défendre l'Ukraine ?
Non. Il contenait des assurances de respect de la souveraineté ukrainienne, pas une garantie de défense comparable à l'article 5 de l'OTAN.
Qu'est-ce que le mécanisme PURL ?
Créé en juillet 2025, il permet aux alliés de l'OTAN de financer l'achat d'armes américaines destinées à l'Ukraine, à partir d'une liste de besoins prioritaires établie avec Kiev.