Le scandale du Watergate

Le Watergate commence par l'arrestation de cinq cambrioleurs au siège du Parti démocrate à Washington, le 17 juin 1972, et s'achève par la démission de Richard Nixon le 9 août 1974. C'est la tentative d'étouffer l'affaire, prouvée par les enregistrements de la Maison-Blanche, qui a contraint le président à partir.

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Richard Nixon est le seul président des États-Unis à avoir démissionné. Le scandale a mis à l'épreuve tous les contre-pouvoirs prévus par la Constitution — presse, justice, Congrès et Cour suprême — et a laissé dans de nombreuses langues, dont le français, le suffixe « -gate » pour désigner un scandale politique.

Le cambriolage du 17 juin 1972

Dans la nuit du 16 au 17 juin 1972, un agent de sécurité découvre une bande adhésive bloquant une porte de l'immeuble du Watergate, ensemble de bureaux et d'appartements de Washington. La police arrête cinq hommes dans les locaux du Comité national démocrate, munis de matériel d'écoute et d'appareils photo. L'un d'eux, James McCord, est le responsable de la sécurité du comité pour la réélection du président (CRP).

Le cambriolage est organisé par deux anciens collaborateurs de la Maison-Blanche, E. Howard Hunt et G. Gordon Liddy, membres de la cellule dite des « plombiers », créée en 1971 pour colmater les fuites après la publication des Pentagon Papers sur la guerre du Vietnam. Il s'inscrit dans une série d'opérations d'espionnage et de sabotage contre les adversaires démocrates, financées par des fonds secrets de campagne.

L'étouffement et l'enquête de la presse

Dès le 23 juin 1972, Nixon approuve un plan consistant à demander à la CIA de freiner l'enquête du FBI au nom de la sécurité nationale. Des sommes importantes sont versées aux cambrioleurs pour acheter leur silence. Le porte-parole de la Maison-Blanche qualifie l'affaire de « cambriolage de troisième ordre ».

Deux jeunes journalistes du Washington Post, Bob Woodward et Carl Bernstein, remontent la piste de l'argent jusqu'au comité de réélection. Ils s'appuient notamment sur une source anonyme surnommée « Gorge profonde », dont l'identité n'est révélée qu'en 2005 : Mark Felt, numéro deux du FBI. L'affaire pèse peu sur l'élection : le 7 novembre 1972, Nixon est réélu avec 49 États sur 50 et 520 grands électeurs (voir l'élection de 1972).

Les auditions du Sénat et les enregistrements

En janvier 1973, les cambrioleurs sont condamnés ; le juge John Sirica fait pression sur eux, et McCord dénonce dans une lettre des pressions venues d'en haut. En avril, les principaux conseillers de Nixon, H. R. Haldeman et John Ehrlichman, ainsi que le ministre de la Justice Richard Kleindienst, démissionnent ; le conseiller juridique John Dean est limogé.

À partir du 17 mai 1973, la commission sénatoriale présidée par Sam Ervin tient des auditions retransmises à la télévision. En juin, John Dean accuse directement le président d'avoir participé à l'étouffement. Le 16 juillet, un ancien collaborateur, Alexander Butterfield, révèle l'existence d'un système d'enregistrement automatique des conversations dans le Bureau ovale. Ces bandes deviennent l'enjeu central de l'affaire.

Le « massacre du samedi soir » et la bataille des bandes

Le procureur spécial Archibald Cox exige les enregistrements. Le samedi 20 octobre 1973, Nixon ordonne son renvoi : le ministre de la Justice Elliot Richardson et son adjoint William Ruckelshaus démissionnent plutôt que d'obéir, et c'est le solliciteur général Robert Bork qui limoge Cox. Ce « massacre du samedi soir » provoque un tollé et l'ouverture d'une procédure de destitution à la Chambre. Le 17 novembre, Nixon affirme : « Je ne suis pas un escroc. » On découvre ensuite un blanc de 18 minutes et demie dans un enregistrement clé.

Parallèlement, le vice-président Spiro Agnew démissionne le 10 octobre 1973 pour une affaire de fraude fiscale sans lien avec le Watergate ; Gerald Ford lui succède, première application du 25e amendement pour pourvoir la vice-présidence.

Le 24 juillet 1974, dans l'arrêt United States v. Nixon, la Cour suprême ordonne à l'unanimité (8 voix contre 0) la remise des enregistrements : le privilège de l'exécutif ne peut faire obstacle à une enquête pénale. Du 27 au 30 juillet, la commission judiciaire de la Chambre adopte trois articles de destitution : entrave à la justice, abus de pouvoir et refus de se soumettre aux assignations du Congrès.

La démission

Le 5 août 1974, Nixon publie la transcription de l'enregistrement du 23 juin 1972 : cette « preuve irréfutable » (smoking gun) montre qu'il a ordonné d'utiliser la CIA pour bloquer le FBI. Ses derniers soutiens au Congrès l'abandonnent ; une destitution par le Sénat devient certaine. Le 8 août au soir, il annonce sa démission dans une allocution télévisée ; elle prend effet le 9 août 1974 à midi. Gerald Ford devient président en déclarant : « Notre long cauchemar national est terminé. »

Le 8 septembre 1974, Ford accorde à Nixon un pardon « total, libre et absolu » pour tous les crimes qu'il aurait pu commettre en tant que président. Cette décision contribue à sa défaite face à Jimmy Carter en 1976. Plusieurs dizaines de personnes sont condamnées, dont l'ancien ministre de la Justice John Mitchell, Haldeman et Ehrlichman.

Les conséquences institutionnelles

  • Financement électoral : les amendements de 1974 au Federal Election Campaign Act plafonnent les dons et créent la Commission électorale fédérale (FEC).
  • Éthique publique : l'Ethics in Government Act de 1978 impose des déclarations de patrimoine et crée le procureur indépendant, dispositif qui expire en 1999.
  • Archives : le Presidential Records Act de 1978 fait des documents présidentiels une propriété publique.
  • Renseignement : les commissions Church et Pike (1975-1976) enquêtent sur les abus de la CIA et du FBI, ce qui aboutit en 1978 à la loi FISA, encadrant les écoutes.

Le film Les Hommes du président (1976), avec Robert Redford et Dustin Hoffman, a fixé l'image du journalisme d'investigation. Le complexe du Watergate, au bord du Potomac, est classé au registre national des lieux historiques.

Chronologie

DateÉvénement
17 juin 1972Arrestation des cambrioleurs au Watergate
23 juin 1972Nixon approuve l'obstruction à l'enquête du FBI
7 novembre 1972Réélection de Nixon
30 avril 1973Démission de Haldeman et Ehrlichman
17 mai 1973Début des auditions du Sénat
16 juillet 1973Révélation des enregistrements
10 octobre 1973Démission du vice-président Agnew
20 octobre 1973« Massacre du samedi soir »
24 juillet 1974Arrêt United States v. Nixon
27-30 juillet 1974Vote des articles de destitution en commission
9 août 1974Démission de Nixon, Ford président
8 septembre 1974Pardon présidentiel

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le Watergate en résumé ?

Un scandale politique né du cambriolage du siège du Parti démocrate en 1972 par des hommes liés à la campagne de Nixon, et surtout de la tentative du président d'étouffer l'enquête, qui l'a conduit à démissionner en 1974.

Nixon a-t-il été destitué ?

Non. La commission judiciaire de la Chambre a adopté des articles de destitution, mais Nixon a démissionné avant le vote de la Chambre en séance plénière et le procès devant le Sénat.

Qui était « Gorge profonde » ?

Mark Felt, directeur adjoint du FBI, qui a révélé lui-même son rôle en mai 2005.

D'où vient le suffixe « -gate » ?

Du nom de l'immeuble du Watergate, à Washington. Il sert depuis à désigner des scandales politiques, aux États-Unis comme en France.

Sources