La musique américaine, des champs de coton au hip-hop
Le blues, le jazz, la country, le rock'n'roll, la soul, le gospel, le bluegrass et le hip-hop sont tous nés aux États-Unis, entre la fin du XIXe siècle et les années 1970. Presque tous viennent du Sud, de la rencontre entre traditions africaines, européennes et religieuses, puis ont été transformés par les grandes villes industrielles.
Une même racine : le Sud et l'héritage africain
La plupart des musiques populaires américaines descendent de deux sources. D'un côté, les chants de travail, les negro spirituals et les rythmes apportés par les Africains réduits en esclavage : appel et réponse, notes « bleues » abaissées, syncope. De l'autre, les ballades, les violons et les cantiques des immigrants anglais, écossais et irlandais installés dans les Appalaches. Le Sud rural, où ces deux mondes cohabitent sans se mélanger officiellement, est le laboratoire de presque tous les genres.
Le XXe siècle les fait voyager. La Grande Migration (environ six millions d'Afro-Américains quittent le Sud pour le Nord et l'Ouest entre 1910 et 1970) transporte le blues et le gospel vers Chicago, Detroit et New York. Le disque, puis la radio et la télévision, transforment des musiques régionales en industries nationales, puis mondiales.
Les huit grands genres nés aux États-Unis
| Genre | Berceau | Naissance | Figures fondatrices |
|---|---|---|---|
| Gospel | Églises noires du Sud, puis Chicago | Années 1920-1930 | Thomas A. Dorsey, Mahalia Jackson |
| Blues | Delta du Mississippi | Vers 1890-1910 | W. C. Handy, Robert Johnson, Muddy Waters |
| Jazz | La Nouvelle-Orléans | Vers 1900-1915 | Buddy Bolden, Louis Armstrong, Duke Ellington |
| Country | Appalaches, Tennessee | Années 1920 | Carter Family, Jimmie Rodgers, Hank Williams |
| Bluegrass | Kentucky, Appalaches | Années 1940 | Bill Monroe, Earl Scruggs, Lester Flatt |
| Rock'n'roll | Memphis | Années 1950 | Chuck Berry, Elvis Presley, Little Richard |
| Soul | Memphis, Detroit | Fin des années 1950 | Ray Charles, Aretha Franklin, Otis Redding |
| Hip-hop | Le Bronx (New York) | 1973 | DJ Kool Herc, Grandmaster Flash, Run-DMC |
- Le blues : complainte à douze mesures née dans les plantations du delta, électrifiée à Chicago après 1945 ; il est la matrice du rock.
- Le jazz : musique d'improvisation née à La Nouvelle-Orléans, enregistrée pour la première fois en 1917, puis déclinée en swing, bebop, cool et free jazz.
- La country : musique des Blancs pauvres du Sud rural, lancée par les enregistrements de Bristol en 1927 et institutionnalisée à Nashville.
- Le rock'n'roll : fusion du rhythm and blues noir et de la country blanche, qui crée au milieu des années 1950 la première culture musicale adolescente.
- La soul : le gospel transposé dans la chanson profane, bande-son du mouvement des droits civiques, portée par les labels Motown, Stax et Atlantic.
- Le hip-hop : culture née dans les fêtes de quartier du Bronx (DJ, rap, breakdance, graffiti), devenue l'un des genres les plus écoutés au monde.
- Le gospel : musique religieuse des églises afro-américaines, héritière des spirituals, école de chant de la plupart des grandes voix de la soul.
- Le bluegrass : forme acoustique et virtuose de la country (banjo, mandoline, violon), nommée d'après le groupe de Bill Monroe, originaire du Kentucky.
Les villes berceaux
La Nouvelle-Orléans est le berceau du jazz. Ville portuaire catholique, d'héritage français et espagnol, elle tolérait au XIXe siècle les rassemblements d'esclaves au Congo Square et réunissait fanfares, Créoles de couleur formés au solfège et musiciens de blues. Les orchestres de cuivres des enterrements (jazz funerals) perpétuent cette tradition dans le Quartier français et à Tremé.
Memphis, porte d'entrée du delta, revendique à la fois le blues (Beale Street, où W. C. Handy publie ses partitions), le rock'n'roll (le studio Sun Records, où Elvis Presley enregistre That's All Right en 1954) et la soul (Stax Records). Graceland, la maison d'Elvis, y est l'un des lieux les plus visités du Sud.
Nashville, capitale du Tennessee, est surnommée « Music City ». L'émission de radio du Grand Ole Opry, diffusée sans interruption depuis 1925, y a fixé l'industrie de la country : labels, éditeurs, studios de Music Row et Country Music Hall of Fame.
Chicago accueille les musiciens du delta pendant la Grande Migration. Le label Chess y enregistre Muddy Waters, Howlin' Wolf et Chuck Berry ; le blues électrique qui en sort inspire directement les Rolling Stones. Chicago est aussi le berceau du gospel moderne, puis de la house music dans les années 1980.
Detroit est la ville de Motown, fondé par Berry Gordy en 1959 sur le modèle des chaînes de montage automobiles : auteurs, musiciens et chanteurs maison (Supremes, Temptations, Stevie Wonder, Marvin Gaye). New York, enfin, a fait le jazz de Harlem, Broadway, la salsa new-yorkaise et le hip-hop.
Le XXe siècle, siècle de la musique américaine
Trois inventions expliquent l'hégémonie mondiale de ces musiques. Le disque d'abord : les maisons de disques découvrent dans les années 1920 des marchés « race records » (destinés au public noir) et « hillbilly » (public blanc rural), séparation commerciale qui reflète la ségrégation. La radio ensuite, qui fait entendre ces musiques au-delà des lignes raciales. Enfin, l'après-guerre : les soldats américains, puis le cinéma et la télévision, exportent le jazz et le rock en Europe.
La France a joué un rôle singulier. Le jazz y arrive avec les orchestres militaires de 1917-1918 ; Paris accueille ensuite Sidney Bechet, Joséphine Baker ou Miles Davis, et des critiques français sont parmi les premiers à traiter le jazz comme un art savant. Plusieurs bluesmen ont connu en Europe une reconnaissance que leur refusait le Sud ségrégué. Sur les grandes figures, voir aussi Louis Armstrong.
Les lieux de musique à visiter
- La Nouvelle-Orléans : Preservation Hall et les clubs de Frenchmen Street ; le parc historique national du jazz.
- Memphis : Sun Studio, Graceland, Stax Museum of American Soul Music, Beale Street.
- Nashville : Grand Ole Opry, Ryman Auditorium, Country Music Hall of Fame, les honky-tonks de Broadway.
- Clarksdale (Mississippi) : le Delta Blues Museum et le carrefour mythique de la légende de Robert Johnson, le long de la route 61.
- Detroit : Hitsville U.S.A., la maison de Motown devenue musée.
- Cleveland : le Rock and Roll Hall of Fame, ouvert en 1995.
Questions fréquentes
Quel est le genre musical le plus ancien des États-Unis ?
Parmi les genres populaires, le blues et les spirituals sont les plus anciens : le blues prend forme dans le delta du Mississippi vers 1890-1910, et les spirituals remontent à l'époque de l'esclavage. Le jazz, la country et le gospel moderne naissent dans les décennies suivantes.
Quelle ville est la capitale de la musique américaine ?
Aucune ne l'est seule : Nashville s'est donné le surnom de « Music City » pour la country, Memphis se dit « Home of the Blues » et « Birthplace of Rock'n'roll », et La Nouvelle-Orléans est le berceau reconnu du jazz.
Quelle est la différence entre blues et jazz ?
Le blues est une forme de chanson, souvent à douze mesures, centrée sur la voix et un instrument. Le jazz est une musique d'ensemble fondée sur l'improvisation et des harmonies plus riches ; il intègre le blues mais aussi les fanfares, le ragtime et la musique savante.
Où est né le hip-hop ?
Dans le Bronx, à New York. La date symbolique est le 11 août 1973, jour d'une fête organisée par DJ Kool Herc au 1520 Sedgwick Avenue, où il enchaîne les passages instrumentaux (breaks) de disques funk.