Union européenne et États-Unis : un partenariat sous tension

L'Union européenne et les États-Unis forment la première relation économique du monde. Ce partenariat, encadré par la Commission côté européen, est rythmé depuis des décennies par des conflits récurrents : droits de douane, aides à l'aéronautique, transferts de données et, plus récemment, régulation des plateformes numériques, dont l'affaire Thierry Breton (décembre 2025) est devenue le symbole.

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La première relation économique mondiale

Les échanges de biens et de services entre l'UE et les États-Unis sont les plus importants au monde, et les investissements croisés sont plus massifs encore : les entreprises européennes sont les premiers investisseurs étrangers aux États-Unis, et inversement. Structurellement, l'UE dégage un excédent sur les biens (automobiles, machines, produits pharmaceutiques, vins et spiritueux), tandis que les États-Unis sont excédentaires sur les services (numérique, finance, propriété intellectuelle) et, depuis l'essor du gaz de schiste, exportent massivement du gaz naturel liquéfié vers l'Europe. Cet excédent européen sur les biens est l'argument central de Donald Trump dans ses offensives commerciales. Pour les chiffres à jour, consultez Eurostat ou le Bureau of Economic Analysis.

La politique commerciale est une compétence exclusive de l'Union (article 3 du traité sur le fonctionnement de l'UE) : c'est la Commission, et non chaque État membre, qui négocie avec Washington, sous le contrôle du Conseil et du Parlement européen. Les relations politiques et militaires passent davantage par l'OTAN et par les capitales, comme le montrent les pages France – États-Unis et Belgique – États-Unis.

Relations officielles
délégation de la Commission à Washington depuis 1954
Négociateur européen
la Commission (compétence exclusive)
Cadre commercial de Turnberry
27 juillet 2025, plafond de 15 % sur la plupart des produits
Visa refusé à Thierry Breton
23 décembre 2025

Des institutions de dialogue successives

La Déclaration transatlantique de 1990 instaure des sommets réguliers entre les présidents américains et les dirigeants européens ; le Nouvel agenda transatlantique de 1995 les élargit au commerce et à la société civile. Le Conseil économique transatlantique (2007) cherche ensuite à rapprocher les normes. La négociation la plus ambitieuse, le partenariat transatlantique de commerce et d'investissement (TTIP), lancée en 2013, s'enlise en 2016 face aux oppositions européennes (arbitrage des investisseurs, normes alimentaires) ; le Conseil de l'UE déclare ses directives de négociation caduques en 2019. En 2021, le Conseil du commerce et des technologies (TTC), réuni pour la première fois à Pittsburgh, tente de coordonner les politiques sur les semi-conducteurs, l'intelligence artificielle et le contrôle des exportations.

Les guerres commerciales récurrentes

Les différends commerciaux transatlantiques sont anciens et suivent un schéma répétitif : mesure américaine, riposte européenne ciblée sur des produits politiquement sensibles, puis trêve négociée.

  • Années 1960 : « guerre du poulet » ; Washington réplique aux droits européens sur la volaille par une taxe de 25 % sur les camionnettes, maintenue pendant des décennies.
  • Années 1990 : conflits sur la banane et le bœuf aux hormones, tranchés par l'OMC.
  • 2004-2021 : litige Airbus-Boeing sur les subventions, le plus long de l'histoire de l'OMC, suspendu par une trêve en 2021.
  • 2018 : droits sur l'acier et l'aluminium au titre de la section 232 ; l'UE riposte sur le bourbon, les motos et les jeans.
  • 2025 : droits « réciproques » annoncés le 2 avril, puis cadre de Turnberry.

Le 27 juillet 2025, dans le golf de Turnberry (Écosse), Donald Trump et Ursula von der Leyen concluent un cadre politique, précisé par une déclaration commune le 21 août 2025 : plafond de 15 % sur la plupart des produits européens, automobiles comprises ; suppression par l'UE de ses droits sur les produits industriels américains ; engagements européens d'achats d'énergie et d'investissements ; maintien de droits élevés sur l'acier et l'aluminium. Le Parlement européen gèle l'examen du texte en janvier 2026 pendant la crise du Groenland, puis adopte la législation d'application le 16 juin 2026, en y ajoutant une clause d'extinction et une clause de conditionnalité. Le 20 février 2026, la Cour suprême américaine invalide les droits fondés sur la loi IEEPA ; l'administration recourt alors à d'autres bases juridiques du Trade Act de 1974. Le fonctionnement de ces instruments est expliqué sur la page droits de douane.

Données et numérique : un conflit de modèles

Le désaccord sur le numérique est le plus durable. Il oppose une Europe qui régule par la loi à des États-Unis dont les entreprises dominent le marché mondial des plateformes.

Les transferts de données personnelles en sont la première illustration : la Cour de justice de l'UE annule en 2015 le « Safe Harbor » (arrêt Schrems I), puis en 2020 le « Privacy Shield » (Schrems II), au motif que la surveillance américaine ne protège pas assez les Européens. Un nouveau cadre, le Data Privacy Framework, est adopté en juillet 2023.

Le règlement sur les services numériques (DSA), adopté en 2022 et applicable aux très grandes plateformes depuis août 2023, impose la lutte contre les contenus illicites, la transparence des algorithmes et des publicités, et l'accès des chercheurs aux données ; les amendes peuvent atteindre 6 % du chiffre d'affaires mondial. Le règlement sur les marchés numériques (DMA) encadre les « contrôleurs d'accès » (Apple, Google, Meta, Amazon, Microsoft…). Washington y voit une discrimination contre les entreprises américaines et, sous Donald Trump, une forme de censure. Le 5 décembre 2025, la Commission inflige à X la première amende au titre du DSA, 120 millions d'euros, pour la « coche bleue » jugée trompeuse, l'opacité publicitaire et l'accès restreint des chercheurs ; le secrétaire d'État Marco Rubio y voit une attaque contre les plateformes américaines.

L'affaire Thierry Breton (décembre 2025)

Le 23 décembre 2025, le département d'État annonce des refus de visa visant cinq Européens accusés d'avoir fait pression sur les plateformes américaines pour « censurer » des points de vue américains. Le plus connu est Thierry Breton, ancien ministre français de l'Économie et commissaire européen au marché intérieur de 2019 à 2024, présenté comme le « cerveau » du DSA. Washington lui reproche notamment sa lettre publique d'août 2024 à Elon Musk, avant la diffusion d'un entretien avec Donald Trump sur X. Les quatre autres personnes visées dirigent des ONG : HateAid (Allemagne), le Center for Countering Digital Hate et le Global Disinformation Index.

La mesure s'appuie sur une politique de restriction des visas annoncée par Marco Rubio en mai 2025. Thierry Breton dénonce une « chasse aux sorcières » ; le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, condamne la décision en rappelant que le DSA a été adopté démocratiquement et n'a pas de portée extraterritoriale. Il ne s'agit pas de sanctions financières, mais d'une interdiction d'entrée sur le territoire américain.

Sécurité, Ukraine, énergie : les autres fronts

Au-delà du commerce, la relation se joue sur la sécurité européenne. L'UE a pris une part croissante du soutien à l'Ukraine, notamment après 2025, tandis que Washington cherchait une négociation avec Moscou (voir Ukraine – États-Unis et Russie – États-Unis). En janvier 2026, la crise du Groenland, quand Donald Trump menace de droits de douane huit pays européens ayant envoyé des militaires sur l'île, montre que commerce et sécurité peuvent être liés directement. Enfin, la dépendance européenne au gaz naturel liquéfié américain, accrue par la chute des livraisons russes après 2022, devient un enjeu stratégique lors de chaque crise au Moyen-Orient (voir guerre Iran – États-Unis – Israël).

Questions fréquentes

Pourquoi les États-Unis ont-ils sanctionné Thierry Breton ?

Le département d'État lui a refusé tout visa le 23 décembre 2025, en le présentant comme l'architecte du DSA, qu'il accuse de servir à censurer des plateformes et des opinions américaines. Il s'agit d'une interdiction d'entrée, pas de sanctions financières.

Qui négocie les accords commerciaux avec les États-Unis : Paris ou Bruxelles ?

Bruxelles. La politique commerciale est une compétence exclusive de l'UE : la Commission négocie au nom des Vingt-Sept, et les accords doivent être approuvés par le Conseil et le Parlement européen.

Qu'est-ce que le DSA ?

Le Digital Services Act est un règlement européen adopté en 2022 qui impose aux grandes plateformes de lutter contre les contenus illicites et d'être transparentes sur leurs algorithmes et leurs publicités. Les amendes peuvent atteindre 6 % du chiffre d'affaires mondial.

Qu'est-ce que l'accord de Turnberry ?

C'est le cadre commercial conclu le 27 juillet 2025 par Donald Trump et Ursula von der Leyen, qui plafonnait à 15 % les droits américains sur la plupart des produits européens en échange d'une ouverture du marché européen aux produits industriels américains et d'engagements d'achats d'énergie.

Sources