Les géants de l'économie américaine, de l'âge du rail à la tech

Chaque époque de l'économie américaine a eu ses géants : les compagnies de chemin de fer au XIXe siècle, les trusts de Rockefeller et Carnegie, General Motors au temps de l'automobile, IBM à l'ère de l'informatique, Walmart dans la distribution, puis Apple, Microsoft, Google ou Amazon. Leur histoire est aussi celle de la lutte antitrust.

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ÉpoqueSecteur dominantEntreprises emblématiques
1830-1900Chemins de ferBaltimore & Ohio, Pennsylvania Railroad, Union Pacific
1870-1911Pétrole, acierStandard Oil, Carnegie Steel puis US Steel
1880-1984Électricité, téléphoneGeneral Electric, AT&T
1908-1970AutomobileFord, General Motors
1950-1990InformatiqueIBM
Depuis 1962Grande distributionSears puis Walmart, Amazon
Depuis 1975Logiciel, internet, semi-conducteursMicrosoft, Apple, Google, Amazon, Nvidia

Les chemins de fer, premières grandes entreprises (XIXe siècle)

La Baltimore & Ohio, fondée en 1827, ouvre l'ère du rail. En quelques décennies, les compagnies ferroviaires deviennent les plus grandes entreprises du pays, et parfois du monde : la Pennsylvania Railroad emploie des dizaines de milliers de salariés à la fin du siècle. Le 10 mai 1869, la jonction de l'Union Pacific et de la Central Pacific à Promontory Summit, dans l'Utah, achève le premier chemin de fer transcontinental (voir la conquête de l'Ouest).

L'historien Alfred Chandler a montré que le rail a inventé la grande entreprise moderne : hiérarchie de cadres salariés, comptabilité détaillée, financement par Wall Street. Il a même unifié l'heure : le 18 novembre 1883, les compagnies adoptent des fuseaux horaires standardisés, ancêtres des fuseaux officiels (voir les fuseaux horaires des États-Unis).

L'âge des trusts : Standard Oil et US Steel

John D. Rockefeller fonde la Standard Oil à Cleveland en 1870. Par rachats, accords secrets avec les chemins de fer et guerre des prix, il contrôle vers 1880 environ 90 % du raffinage américain. En 1882, il invente le trust, structure qui confie les actions de dizaines de sociétés à un même groupe d'administrateurs. Andrew Carnegie bâtit de son côté un empire de l'acier à Pittsburgh, racheté en 1901 par le banquier J. P. Morgan pour créer US Steel, première société capitalisée à plus d'un milliard de dollars.

La réaction politique est durable. Le Sherman Antitrust Act de 1890 interdit les monopoles ; l'enquête de la journaliste Ida Tarbell (1904) alimente la campagne contre la Standard Oil, que la Cour suprême démantèle en 1911 en 34 sociétés. Plusieurs deviendront à leur tour des géants : Exxon, Mobil, Chevron ou Amoco. Pour les biographies, voir John D. Rockefeller et Andrew Carnegie.

Électricité et téléphone : General Electric et AT&T

General Electric naît en 1892 de la fusion de la compagnie de Thomas Edison avec un concurrent. Membre de l'indice Dow Jones dès 1896, elle y reste plus d'un siècle, jusqu'en 2018. AT&T, issue de la compagnie fondée autour du brevet d'Alexander Graham Bell, construit le Bell System, monopole de fait du téléphone pendant près d'un siècle, avec ses laboratoires Bell, berceau du transistor (1947). Une procédure antitrust aboutit à son démantèlement le 1er janvier 1984 en sept compagnies régionales, les « Baby Bells ».

L'automobile : Ford et General Motors

Henry Ford lance la Ford T en 1908 et la chaîne de montage mobile en 1913 à Highland Park, près de Detroit. En 1914, la journée à cinq dollars double les salaires et fait de ses ouvriers des clients. General Motors, fondée en 1908 par William Durant, le dépasse dans les années 1920 grâce à Alfred Sloan, qui invente la gamme de marques hiérarchisées (de Chevrolet à Cadillac) et l'organisation en divisions.

Lorsque le magazine Fortune publie son premier classement des 500 plus grandes entreprises par chiffre d'affaires, en 1955, General Motors arrive en tête ; elle occupe cette place pendant la majeure partie de la seconde moitié du XXe siècle, en alternance avec Exxon. Son déclin face à la concurrence japonaise culmine avec sa faillite le 1er juin 2009 et son sauvetage par l'État fédéral, au cœur de la crise financière de 2008-2009, la plus grave depuis la crise de 1929. Voir aussi Henry Ford.

IBM, géant de l'informatique

Issue d'une fusion de 1911, la société prend le nom d'International Business Machines en 1924 sous la direction de Thomas Watson. Ses machines à cartes perforées équipent administrations et entreprises, puis l'ordinateur System/360, lancé en 1964, impose son standard au monde entier. « Big Blue » échappe à un long procès antitrust (1969-1982) et lance en 1981 l'IBM PC, dont l'architecture ouverte profite surtout à Microsoft et Intel. IBM frôle l'effondrement au début des années 1990 avant de se réinventer dans les services et le logiciel.

La distribution : de Sears à Walmart et Amazon

Sears, Roebuck and Co. domine le commerce de détail pendant la majeure partie du XXe siècle grâce à son catalogue de vente par correspondance, qui atteint les fermes les plus isolées ; sa tour de Chicago, achevée en 1973, symbolise sa puissance. Sam Walton ouvre son premier Walmart en 1962 à Rogers, dans l'Arkansas, et cible les petites villes délaissées. Logistique centralisée, informatique et prix bas permettent à Walmart de dépasser Sears au début des années 1990 et de prendre pour la première fois la tête du classement Fortune 500 en 2002. Fondée en 1994 près de Seattle, Amazon transpose ce modèle au commerce en ligne, puis au cloud.

L'ère de la tech

Microsoft (1975), Apple (1976), Google (1998), Facebook (2004) et Nvidia (1993) incarnent la dernière génération de géants, née pour l'essentiel dans la Silicon Valley et autour de Seattle. Leur particularité : une valeur fondée sur les logiciels, les plateformes et les effets de réseau plutôt que sur les usines. La lutte antitrust les rattrape à leur tour : Microsoft est condamné en première instance en 2000 avant un accord en 2001, et en août 2024, un juge fédéral conclut que Google a maintenu illégalement son monopole dans la recherche en ligne.

Comment mesurer la taille d'une entreprise

Le palmarès dépend du critère choisi, ce qui explique que les classements diffèrent :

  • Le chiffre d'affaires, critère du Fortune 500 depuis 1955 : il favorise la distribution, l'énergie et la santé.
  • La capitalisation boursière, valeur de l'entreprise en Bourse (voir Wall Street) : elle favorise les entreprises technologiques très rentables.
  • Le nombre de salariés : la grande distribution et la restauration arrivent en tête.

Pour un classement à jour, consultez le Fortune 500, publié chaque année, ou les dépôts des entreprises auprès de la SEC.

Questions fréquentes

Quelle a été la première entreprise américaine d'un milliard de dollars ?

US Steel, créée en 1901 par J. P. Morgan à partir de Carnegie Steel, première société capitalisée à plus d'un milliard de dollars.

Pourquoi la Standard Oil a-t-elle été démantelée ?

Parce qu'elle contrôlait la quasi-totalité du raffinage américain. En 1911, la Cour suprême a jugé qu'elle violait le Sherman Antitrust Act de 1890 et ordonné sa division en 34 sociétés.

Qu'est-ce que le Fortune 500 ?

Le classement annuel des 500 plus grandes entreprises américaines par chiffre d'affaires, publié par le magazine Fortune depuis 1955. General Motors en a occupé la première place pendant des décennies, avant Exxon puis Walmart.

Quand AT&T a-t-elle été démantelée ?

Le 1er janvier 1984, à la suite d'une procédure antitrust : le Bell System a été divisé en sept compagnies régionales de téléphone, surnommées les « Baby Bells ».

Sources