Il était une fois en Amérique, la fresque new-yorkaise de Sergio Leone

Il était une fois en Amérique (Once Upon a Time in America, 1984) est le dernier film de Sergio Leone : la vie de « Noodles » (Robert De Niro), gangster juif du Lower East Side de New York, sur près de cinquante ans. Présenté à Cannes dans une version d'environ 229 minutes, il fut amputé à 139 minutes aux États-Unis, avant une restauration de 251 minutes en 2012.

Mis à jour le

Fiche du film

Réalisation
Sergio Leone
Sortie
Mai 1984 (Cannes, hors compétition) ; 1er juin 1984 aux États-Unis
Musique
Ennio Morricone
Production
Arnon Milchan (The Ladd Company, distribution Warner Bros.)

Le film adapte librement The Hoods (1952), roman autobiographique de Harry Grey, un ancien truand juif new-yorkais. Leone porte le projet pendant plus de dix ans, refusant entre-temps de réaliser Le Parrain. Le tournage s'étale de juin 1982 à mai 1983, entre Rome, New York, Montréal, Paris, Venise et la Floride. Image de Tonino Delli Colli, décors de Carlo Simi, costumes de Gabriella Pescucci.

L'histoire (sans révéler la fin)

Le récit alterne trois époques, reliées par les souvenirs de David « Noodles » Aaronson :

  • Les années 1920 : dans le quartier juif du Lower East Side, Noodles, adolescent pauvre, forme une petite bande avec Max, Patsy, Cockeye et le jeune Dominic. Ils commencent par de petits larcins et du racket, tandis que Noodles épie Deborah, la sœur de son ami Fat Moe, qui rêve de devenir danseuse.
  • Les années 1930 : après des années de prison, Noodles retrouve Max et la bande, devenus prospères grâce à la contrebande d'alcool de la Prohibition. L'abrogation de celle-ci, en 1933, menace leur commerce et Max rêve d'un coup de plus en plus risqué.
  • 1968 : Noodles, vieilli, revient à New York après plus de trente ans d'exil, convoqué par une lettre mystérieuse. Il cherche à comprendre ce qui est réellement arrivé à ses amis.

Plus qu'un film de gangsters, c'est une méditation sur l'amitié, la trahison, la mémoire et le temps perdu, que Leone voulait comme une « fable » sur l'Amérique vue par un Européen. Le film s'ouvre et se referme dans une fumerie d'opium du quartier chinois, ce qui laisse planer un doute sur la réalité de ce que l'on voit.

Attention, ce paragraphe révèle la fin. Noodles découvre que Max n'est pas mort en 1933 : il a mis en scène sa disparition, livré ses amis et pris l'argent de la bande, avant de refaire sa vie sous l'identité du « secrétaire » Christopher Bailey, homme politique influent compromis dans un scandale et en couple avec Deborah. Max demande à Noodles de le tuer ; celui-ci refuse. La disparition finale de Max, peut-être dans un camion-poubelle, et le sourire de Noodles dans la fumerie restent sujets à interprétation.

Le casting

Acteur ou actriceRôle
Robert De NiroDavid « Noodles » Aaronson
James WoodsMaximilian « Max » Bercovicz
Elizabeth McGovernDeborah Gelly adulte
Jennifer ConnellyDeborah jeune (premier rôle au cinéma)
Joe PesciFrankie Monaldi
Burt YoungJoe
Tuesday WeldCarol
Treat WilliamsJimmy O'Donnell, syndicaliste
Danny AielloLe chef de la police Aiello
William ForsytheCockeye
James HaydenPatsy
Larry Rapp« Fat » Moe Gelly
Scott Tiler et Rusty JacobsNoodles et Max adolescents

Les versions et leur durée

VersionDuréeParticularité
Version européenne (Cannes, mai 1984)environ 229 minMontage de Leone, avec entracte ; sortie en France et en Europe
Version américaine (juin 1984)139 minRemontée par le distributeur dans l'ordre chronologique, sans les allers-retours entre les époques
Version restaurée « extended director's cut » (2012)251 minPlus de 20 minutes de scènes retrouvées, présentée à Cannes Classics

Les durées varient légèrement selon les sources et les supports (de 227 à 229 minutes pour la version européenne). La version américaine, que Leone avait désavouée, fut un échec : environ 5,3 millions de dollars de recettes sur le territoire national, selon Variety en décembre 1984, pour un budget estimé autour de 30 millions. La restauration de 2012, menée à Bologne par le laboratoire L'Immagine Ritrovata avec The Film Foundation de Martin Scorsese, réintègre des scènes dont la qualité d'image est parfois inférieure, les négatifs ayant été perdus. La version de référence pour découvrir le film reste celle d'environ 229 minutes.

La musique d'Ennio Morricone

Comme pour ses westerns, Leone fait composer la musique avant le tournage et la diffuse sur le plateau pour guider le jeu des acteurs. La partition de Morricone compte parmi ses plus célèbres : le « Thème de Deborah », la flûte de Pan de Gheorghe Zamfir sur « Cockeye's Song », le thème de l'amitié et de la pauvreté. Leone y ajoute des chansons qui datent l'action : « Amapola », fil rouge de l'histoire d'amour, « God Bless America » chantée par Kate Smith en ouverture, et « Yesterday » des Beatles pour le retour de Noodles en 1968.

La musique a remporté le BAFTA de la meilleure musique de film en 1985 et a été nommée aux Golden Globes, mais n'a jamais pu concourir aux Oscars : les documents d'inscription n'ont pas été déposés à temps, le producteur et le distributeur se renvoyant la responsabilité. Morricone n'obtiendra un Oscar compétitif qu'en 2016, pour Les Huit Salopards.

Réception et postérité

Accueilli froidement par une partie de la critique à Cannes et massacré dans sa version courte aux États-Unis, le film a été réhabilité dès la projection de la version intégrale au New York Film Festival en octobre 1984. Il est aujourd'hui considéré comme l'un des sommets du film de gangsters, aux côtés du Parrain, et figure régulièrement dans les classements des plus grands films de l'histoire. En France, où la version longue est sortie, la critique l'a salué d'emblée. C'est le dernier film de Sergio Leone, mort à Rome le 30 avril 1989 alors qu'il préparait un film sur le siège de Leningrad. Pour situer l'œuvre dans l'histoire du cinéma américain, voir Hollywood et le cinéma américain.

Les lieux de tournage

Le plan le plus célèbre du film, celui de la bande d'adolescents marchant dans une rue pavée avec le Manhattan Bridge en arrière-plan, a été tourné à Brooklyn, à l'angle de Washington Street et de Water Street, dans le quartier de DUMBO. C'est aujourd'hui l'un des points de vue les plus photographiés de New York, à quelques minutes à pied du Brooklyn Bridge Park.

  • Brooklyn : outre DUMBO, l'équipe a tourné sur South 8th Street, à Williamsburg, dont les immeubles et la vue sur le Williamsburg Bridge permettaient de recréer le Lower East Side des années 1920.
  • Le Bronx : le cimetière de Woodlawn pour la scène du mausolée de la bande.
  • Rome : la plupart des intérieurs aux studios de Cinecittà, et une rue new-yorkaise reconstituée dans le quartier de Pietralata.
  • Paris : la gare du Nord joue la gare de Grand Central.
  • Venise : l'hôtel Excelsior du Lido a servi pour la scène du restaurant où Noodles invite Deborah.
  • Montréal : environ un mois de tournage pour des scènes de rue.
  • Floride et Rhode Island : l'hôtel Don CeSar de St. Pete Beach, près de Tampa, pour la scène de plage où Max dévoile son projet de braquage ; Newport (Rhode Island), où s'acheva le tournage américain en décembre 1982.

Le décor réel du film, le Lower East Side juif, peuplé par les immigrants d'Europe de l'Est arrivés par Ellis Island, se visite au Tenement Museum d'Orchard Street. Pour combiner ces lieux dans un séjour, voir les villes à visiter et l'heure à New York.

Questions fréquentes

Quelle version d'Il était une fois en Amérique regarder ?

La version européenne d'environ 229 minutes, conforme au montage de Leone. La version restaurée de 251 minutes intéressera les connaisseurs ; la version américaine de 139 minutes, remontée dans l'ordre chronologique, est à éviter.

Où se trouve le pont du film Il était une fois en Amérique ?

À Brooklyn, à l'angle de Washington Street et de Water Street (DUMBO). Le pont visible au fond est le Manhattan Bridge, dont une arche encadre aujourd'hui l'Empire State Building.

Le film est-il tiré d'une histoire vraie ?

Il s'inspire du roman The Hoods de Harry Grey, présenté comme autobiographique, et du contexte réel des gangs juifs new-yorkais de la Prohibition. Les personnages et l'intrigue sont toutefois fictifs.

Pourquoi la musique de Morricone n'a-t-elle pas eu d'Oscar ?

Elle n'a pas été inscrite dans les délais réglementaires par les sociétés de production et de distribution, et n'était donc pas éligible pour 1985.

Qui joue Deborah jeune ?

Jennifer Connelly, âgée de 11 ans au début du tournage, dans son premier rôle au cinéma. Elle remportera l'Oscar du meilleur second rôle féminin en 2002 pour Un homme d'exception.

Sources