La littérature américaine, courants et grands auteurs
La littérature américaine s'affranchit du modèle anglais au milieu du XIXe siècle avec Hawthorne, Melville et Whitman, puis trouve sa voix propre avec Mark Twain. Au XXe siècle, Fitzgerald, Hemingway, Faulkner, Steinbeck puis Toni Morrison en font l'une des plus lues au monde.
Les grands courants, de la colonie au XXIe siècle
| Période | Courant | Auteurs majeurs |
|---|---|---|
| XVIIe-XVIIIe siècle | Écrits puritains et des Lumières | Anne Bradstreet, Benjamin Franklin, Thomas Paine |
| 1830-1865 | Renaissance américaine, transcendantalisme | Emerson, Thoreau, Hawthorne, Melville, Poe, Whitman, Dickinson |
| 1865-1910 | Réalisme et naturalisme | Mark Twain, Henry James, Jack London, Theodore Dreiser |
| 1920-1940 | Génération perdue, Renaissance de Harlem | Fitzgerald, Hemingway, Faulkner, Langston Hughes, Zora Neale Hurston |
| 1930-1945 | Roman social de la Grande Dépression | John Steinbeck, John Dos Passos, Richard Wright |
| 1945-1970 | Après-guerre, Beat Generation | Salinger, Kerouac, Ginsberg, Baldwin, Harper Lee, Bradbury |
| Depuis 1970 | Postmodernisme, voix plurielles | Toni Morrison, Philip Roth, Cormac McCarthy, Thomas Pynchon |
La « Renaissance américaine » (1830-1865)
Jusqu'aux années 1830, les lettrés américains imitent Londres. Le discours de Ralph Waldo Emerson, The American Scholar (1837), est souvent qualifié de déclaration d'indépendance intellectuelle. Autour de lui, le transcendantalisme de Concord (Massachusetts) exalte la nature, l'individu et la confiance en soi ; Henry David Thoreau en tire Walden ou la Vie dans les bois (1854), récit de deux ans passés dans une cabane au bord d'un étang.
La même génération produit les premiers chefs-d'œuvre du roman : La Lettre écarlate de Nathaniel Hawthorne (1850), qui interroge l'héritage puritain, et Moby Dick d'Herman Melville (1851), épopée baleinière longtemps incomprise. Edgar Allan Poe invente la nouvelle policière, révélée aux Français par la traduction de Baudelaire. Walt Whitman (Feuilles d'herbe, 1855) et Emily Dickinson renouvellent la poésie. Enfin, La Case de l'oncle Tom d'Harriet Beecher Stowe (1852), plus gros succès de librairie du siècle aux États-Unis après la Bible, nourrit le mouvement abolitionniste à la veille de la guerre de Sécession.
Mark Twain et le réalisme
Après 1865, le roman se tourne vers la vie ordinaire et les parlers régionaux. Mark Twain, ancien pilote de bateau à vapeur sur le Mississippi, écrit Les Aventures de Huckleberry Finn (1884), raconté dans la langue d'un adolescent du Missouri : Hemingway dira que toute la littérature américaine moderne en découle. Henry James, installé en Europe, explore à l'inverse la rencontre entre Américains et vieux continent. Au tournant du siècle, le naturalisme de Jack London, Frank Norris et Theodore Dreiser décrit la nature sauvage, la ville industrielle et la brutalité du capitalisme.
Le grand siècle du roman américain (1920-1960)
Les écrivains de la Génération perdue, marqués par la Première Guerre mondiale, vivent souvent à Paris dans les années 1920 autour de Gertrude Stein. F. Scott Fitzgerald y publie Gatsby le Magnifique (1925), portrait de l'ère du jazz et du rêve américain trahi. Ernest Hemingway impose un style dépouillé, jusqu'au Vieil Homme et la Mer (1952). William Faulkner invente un comté imaginaire du Mississippi pour raconter le Sud. Au même moment, la Renaissance de Harlem fait émerger une littérature afro-américaine autonome.
La crise de 1929 engendre le roman social : John Steinbeck publie Des souris et des hommes (1937) puis Les Raisins de la colère (1939), sur l'exode des fermiers de l'Oklahoma vers la Californie. Margaret Mitchell signe avec Autant en emporte le vent (1936) l'un des plus grands succès populaires du siècle, aujourd'hui lu de façon critique pour sa vision idéalisée du Sud esclavagiste.
Après 1945, J. D. Salinger donne voix à l'adolescence avec L'Attrape-cœurs (1951), Ray Bradbury imagine une société qui brûle les livres dans Fahrenheit 451 (1953) et Jack Kerouac fait de la route le manifeste de la Beat Generation avec Sur la route (1957). En 1960, Harper Lee publie Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, roman sur la justice raciale en Alabama, en pleine lutte pour les droits civiques.
Depuis 1970 : une littérature plurielle
Les dernières décennies voient s'affirmer des voix longtemps marginalisées : écrivains afro-américains, amérindiens (N. Scott Momaday, Louise Erdrich), latinos et asio-américains. Beloved de Toni Morrison (1987), inspiré de l'histoire d'une esclave fugitive, est souvent cité comme le grand roman américain de la fin du siècle. Philip Roth, Don DeLillo, Thomas Pynchon et Cormac McCarthy dominent le roman de cette période, tandis que le « nature writing » hérité de Thoreau reste une tradition vivante.
Les Américains lauréats du prix Nobel de littérature
| Année | Lauréat | Œuvre emblématique |
|---|---|---|
| 1930 | Sinclair Lewis | Babbitt |
| 1936 | Eugene O'Neill | Le Long Voyage vers la nuit (théâtre) |
| 1938 | Pearl Buck | La Terre chinoise |
| 1949 | William Faulkner | Le Bruit et la Fureur |
| 1954 | Ernest Hemingway | Le Vieil Homme et la Mer |
| 1962 | John Steinbeck | Les Raisins de la colère |
| 1976 | Saul Bellow | Herzog |
| 1978 | Isaac Bashevis Singer | Le Magicien de Lublin (écrit en yiddish) |
| 1993 | Toni Morrison | Beloved |
| 2016 | Bob Dylan | Chansons |
| 2020 | Louise Glück | Poésie |
T. S. Eliot (1948), né à Saint-Louis, avait pris la nationalité britannique ; Czesław Miłosz (1980) et Joseph Brodsky (1987), naturalisés américains, écrivaient en polonais et en russe.
Questions fréquentes
Quel est le « grand roman américain » ?
L'expression, lancée en 1868, désigne le roman qui saisirait l'essence du pays. Les titres les plus souvent cités sont Les Aventures de Huckleberry Finn, Moby Dick, Gatsby le Magnifique et Beloved, mais aucun consensus n'existe.
Qui est le premier grand écrivain américain ?
Washington Irving (La Légende de Sleepy Hollow, 1820) est le premier auteur américain reconnu en Europe. Mark Twain est toutefois considéré comme le premier à avoir écrit dans une langue proprement américaine.
Combien d'Américains ont reçu le prix Nobel de littérature ?
Onze écrivains de nationalité américaine au moment du prix, de Sinclair Lewis (1930) à Louise Glück (2020), auxquels on ajoute parfois T. S. Eliot, Miłosz et Brodsky selon que l'on retient la naissance, la naturalisation ou la langue d'écriture.
Pourquoi tant d'écrivains américains ont-ils vécu à Paris ?
Dans les années 1920, le change favorable, la liberté de mœurs face à la Prohibition et l'effervescence artistique attirent Hemingway, Fitzgerald ou Dos Passos. Après 1945, James Baldwin et Richard Wright y fuient aussi la ségrégation.