Taïwan et les États-Unis : des relations non officielles mais stratégiques
Depuis 1979, les États-Unis reconnaissent la République populaire de Chine et non Taïwan, mais entretiennent avec l'île des relations non officielles encadrées par le Taiwan Relations Act. Washington lui vend des armes sans s'engager explicitement à la défendre : c'est l'« ambiguïté stratégique ».
La politique américaine tient en une formule : les États-Unis « prennent acte » de la position chinoise selon laquelle il n'existe qu'une seule Chine dont Taïwan fait partie, sans l'endosser, et s'opposent à tout changement unilatéral du statu quo, par Pékin comme par Taipei. Cet équilibre, défini par trois communiqués avec la Chine et une loi du Congrès, n'a pas varié dans ses fondements depuis 1979.
- Reconnaissance de Pékin
- 1er janvier 1979
- Taiwan Relations Act
- promulgué le 10 avril 1979
- Représentation américaine
- American Institute in Taiwan (AIT), à Taipei
- Distance de la Chine continentale
- environ 130 km (détroit de Taïwan)
De l'alliance avec Tchang Kaï-chek à la reconnaissance de Pékin
En 1949, vaincu par les communistes, le gouvernement nationaliste de la République de Chine se replie à Taïwan. Après le déclenchement de la guerre de Corée, Harry Truman envoie la 7e flotte dans le détroit (juin 1950). Le traité de défense mutuelle du 2 décembre 1954 fait de Taïwan un allié formel, défendu lors des crises du détroit de 1954-1955 et de 1958, quand l'artillerie chinoise bombarde les îles de Kinmen et Matsu.
Le basculement intervient pendant la guerre froide, quand Washington cherche à exploiter la rupture sino-soviétique. En octobre 1971, la résolution 2758 de l'Assemblée générale attribue le siège de la Chine à l'ONU à Pékin. Le voyage de Richard Nixon en Chine aboutit au communiqué de Shanghai (28 février 1972). Sous Jimmy Carter, les États-Unis reconnaissent la République populaire le 1er janvier 1979, rompent avec Taipei et dénoncent le traité de défense, qui expire fin 1979.
Le Taiwan Relations Act, socle juridique
Le Congrès, mécontent d'avoir été tenu à l'écart, adopte le Taiwan Relations Act, promulgué le 10 avril 1979. La loi :
- crée l'American Institute in Taiwan, organisme privé de droit américain qui fait office d'ambassade ;
- prévoit que les États-Unis fournissent à Taïwan les armes « de caractère défensif » nécessaires à sa défense ;
- déclare que toute tentative de régler l'avenir de Taïwan par des moyens non pacifiques est « une grave préoccupation » pour les États-Unis ;
- maintient les capacités américaines de résister à la coercition contre la population de Taïwan.
La loi n'oblige pas les États-Unis à intervenir militairement : c'est le cœur de l'ambiguïté stratégique, destinée à dissuader Pékin d'attaquer et Taipei de proclamer son indépendance. En 1982, un troisième communiqué avec Pékin évoque une réduction progressive des ventes d'armes, mais Ronald Reagan transmet en parallèle à Taipei les « six assurances », dont l'absence de date butoir pour ces ventes.
Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 1949 | Repli du gouvernement nationaliste à Taïwan |
| 2 décembre 1954 | Traité de défense mutuelle |
| 25 octobre 1971 | Résolution 2758 : Pékin obtient le siège de la Chine à l'ONU |
| 28 février 1972 | Communiqué de Shanghai |
| 1er janvier 1979 | Reconnaissance de la République populaire de Chine |
| 10 avril 1979 | Taiwan Relations Act |
| 17 août 1982 | Troisième communiqué et « six assurances » |
| 1995-1996 | Troisième crise du détroit ; deux porte-avions américains déployés |
| Août 2022 | Visite de Nancy Pelosi, présidente de la Chambre ; manœuvres chinoises |
| Mars 2025 | TSMC annonce porter à 165 milliards de dollars ses investissements en Arizona |
Crises du détroit et démocratisation
Taïwan lève la loi martiale en 1987 et organise sa première élection présidentielle au suffrage direct en 1996. En amont, la visite de son président Lee Teng-hui à l'université Cornell (1995) déclenche des tirs de missiles chinois au large de l'île ; Bill Clinton répond en déployant deux groupes aéronavals, la plus importante démonstration de force américaine en Asie depuis le Vietnam. En août 2022, la visite de Nancy Pelosi entraîne les plus vastes manœuvres chinoises autour de l'île jusqu'alors. Les présidents américains ont plusieurs fois laissé entendre qu'ils défendraient Taïwan, sans que la doctrine officielle soit modifiée.
Semi-conducteurs : le « bouclier de silicium »
Taïwan produit l'essentiel des puces électroniques les plus avancées du monde, principalement par TSMC, fondée en 1987. Cette concentration rend l'économie mondiale, et l'industrie américaine de la tech, dépendante de la stabilité du détroit. Le CHIPS and Science Act de 2022 subventionne la relocalisation de la production : TSMC construit des usines près de Phoenix, en Arizona, et annonce en mars 2025 porter son investissement à 165 milliards de dollars. Les puces sont aussi au cœur de la rivalité technologique avec Pékin (voir Chine – États-Unis et Silicon Valley).
Questions fréquentes
Les États-Unis reconnaissent-ils Taïwan comme un pays ?
Non. Depuis le 1er janvier 1979, ils reconnaissent la République populaire de Chine comme seul gouvernement légal de la Chine. Ils entretiennent avec Taïwan des relations non officielles par l'intermédiaire de l'American Institute in Taiwan.
Les États-Unis sont-ils obligés de défendre Taïwan ?
Non. Le traité de défense de 1954 a pris fin en 1979. Le Taiwan Relations Act impose de fournir des armes défensives et de maintenir la capacité américaine de résister à la coercition, mais n'engage pas les États-Unis à intervenir.
Qu'est-ce que l'ambiguïté stratégique ?
C'est le choix de ne pas dire à l'avance si les États-Unis interviendraient militairement en cas d'attaque chinoise. L'incertitude vise à dissuader Pékin d'attaquer et Taipei de déclarer son indépendance.
Qu'est-ce que l'American Institute in Taiwan ?
Créé par le Taiwan Relations Act, c'est un organisme à but non lucratif financé par le département d'État. Il délivre visas et passeports et sert d'ambassade de fait, sans en porter le nom.