Le président des États-Unis : ce qu'il peut faire, et ce qu'il ne peut pas

Le président des États-Unis est à la fois chef de l'État, chef du gouvernement et commandant en chef des armées, élu pour quatre ans et rééligible une seule fois. Ses pouvoirs sont vastes mais encadrés par le Congrès, qui tient le budget, et par les juges, qui peuvent annuler ses décisions.

Mis à jour le

L'article II de la Constitution confie le « pouvoir exécutif » à une seule personne. George Washington a inauguré la fonction en 1789 ; depuis, une quarantaine d'hommes l'ont exercée, et seuls deux d'entre eux ont effectué deux mandats non consécutifs : Grover Cleveland (1885-1889 puis 1893-1897) et Donald Trump (2017-2021 puis à partir de 2025). La liste complète figure sur notre page des présidents des États-Unis.

Durée du mandat
4 ans
Mandats maximum
2 (22e amendement, 1951)
Âge minimum
35 ans
Résidence exigée
14 ans aux États-Unis
Entrée en fonction
20 janvier à midi

Qui peut devenir président ?

La Constitution pose trois conditions seulement : être citoyen « de naissance » (natural-born citizen), avoir au moins 35 ans et résider aux États-Unis depuis au moins 14 ans. Un citoyen naturalisé, comme Arnold Schwarzenegger, ne peut donc pas être candidat. Aucun diplôme ni aucune expérience politique ne sont exigés, et une condamnation pénale n'empêche pas de se présenter : Donald Trump a été élu en novembre 2024 après sa condamnation à New York en mai de la même année.

Le président est élu au suffrage indirect par un collège de 538 grands électeurs ; le mécanisme est expliqué sur la page élection présidentielle américaine. Sa rémunération est fixée par une loi du Congrès et, selon l'article II, ne peut être ni augmentée ni diminuée pendant le mandat en cours, pour que le Congrès ne puisse pas faire pression sur lui par ce biais.

Les pouvoirs du président

DomainePouvoirContrepoids
ArméeCommandant en chefSeul le Congrès déclare la guerre ; War Powers Resolution de 1973 (60 jours sans autorisation)
DiplomatieNégocie les traités, reçoit les ambassadeursRatification par 2/3 du Sénat
NominationsSecrétaires, ambassadeurs, juges fédéraux (plus d'un millier de postes soumis au Sénat)Confirmation par le Sénat
LégislationSigne ou oppose son veto aux loisVeto annulé par 2/3 des deux chambres
AdministrationDécrets (executive orders), mémorandums, proclamationsContrôle des juges ; le Congrès peut légiférer en sens contraire
JusticeDroit de grâce pour les crimes fédérauxAucun, sauf en cas d'impeachment

Le président ne peut ni proposer formellement une loi (il doit passer par un parlementaire), ni dissoudre le Congrès, ni voter le budget. Sa force tient à son contrôle de l'administration fédérale, qui emploie plus de deux millions de fonctionnaires civils répartis entre une quinzaine de départements et des dizaines d'agences fédérales.

Décrets et veto

Un executive order est une instruction donnée à l'administration fédérale, publiée au Federal Register. Il ne peut pas créer d'impôt ni contredire une loi, et le président suivant peut l'abroger d'un trait de plume : c'est pourquoi chaque alternance s'ouvre par une série de décrets annulant ceux du prédécesseur. Franklin D. Roosevelt en a signé plus de 3 700, un record. Donald Trump en a fait un usage particulièrement intensif au début de son second mandat, avec plus de 220 décrets en 2025, contre environ 160 pour Joe Biden sur l'ensemble de son mandat.

Les juges peuvent suspendre ou annuler un décret. En 1952, la Cour suprême a ainsi interdit à Harry Truman de saisir les aciéries en pleine guerre de Corée (Youngstown v. Sawyer). En 2026, elle a jugé illégaux les droits de douane imposés par Donald Trump au titre d'une loi d'urgence (voir droits de douane) et invalidé son décret limitant le droit du sol (Trump v. Barbara), tout en reconnaissant au président le droit de révoquer librement les dirigeants des agences indépendantes (Trump v. Slaughter). L'arrêt Trump v. United States (2024) avait accordé une immunité pénale pour les actes officiels.

Le veto, lui, bloque une loi votée par le Congrès. Franklin D. Roosevelt détient le record (635 veto). Les annulations par les deux tiers des deux chambres sont rares : un peu plus de 100 dans toute l'histoire.

Combien de mandats ? Le 22e amendement

George Washington s'était volontairement arrêté après deux mandats, une tradition respectée jusqu'à Franklin D. Roosevelt, élu quatre fois (1932 à 1944). En réaction, le 22e amendement, ratifié en 1951, interdit d'être élu plus de deux fois, que les mandats soient consécutifs ou non. Un vice-président qui achève plus de deux ans du mandat de son prédécesseur ne peut être élu qu'une fois. Lever cette limite exigerait une révision constitutionnelle : deux tiers de chaque chambre du Congrès, puis ratification par les trois quarts des États (38 sur 50).

Destitution : l'impeachment

La Chambre des représentants peut mettre en accusation le président à la majorité simple pour « trahison, corruption ou autres crimes et délits graves ». Le Sénat le juge ensuite ; la condamnation, qui entraîne la destitution, exige les deux tiers des sénateurs présents. Aucun président n'a jamais été destitué.

PrésidentAnnéeMotifIssue au Sénat
Andrew Johnson1868Révocation de son secrétaire à la GuerreAcquitté à une voix près (35-19)
Richard Nixon1974Affaire du WatergateDémission avant le vote de la Chambre
Bill Clinton1998-1999Parjure et obstruction (affaire Lewinsky)Acquitté
Donald Trump2019-2020Abus de pouvoir (Ukraine)Acquitté
Donald Trump2021Incitation à l'insurrection (6 janvier)Acquitté (57 voix pour la condamnation, 67 requises)

Le récit de la seule démission présidentielle se trouve sur notre page consacrée au scandale du Watergate.

Succession et 25e amendement

En cas de décès, de démission ou de destitution, le vice-président devient président pour le reste du mandat. Cela s'est produit neuf fois, dont quatre après un assassinat (voir les présidents assassinés). Le 25e amendement (1967) permet aussi au président de transférer temporairement ses pouvoirs, par exemple pendant une anesthésie, et au vice-président, avec la majorité du cabinet, de déclarer le président inapte. Cette dernière procédure n'a jamais été utilisée.

Au-delà du vice-président, l'ordre de succession est fixé par le Presidential Succession Act de 1947. Les secrétaires suivent l'ordre de création de leur département, ce qui place le secrétaire d'État, héritier du plus ancien ministère (1789), en tête des membres du cabinet.

RangFonction
1Vice-président
2Speaker de la Chambre des représentants
3Président pro tempore du Sénat
4Secrétaire d'État
5Secrétaire au Trésor
6Secrétaire à la Défense
7Procureur général (Attorney General)
8 et suivantsAutres secrétaires, dans l'ordre de création de leur département

Le rôle du numéro deux de l'exécutif est détaillé sur la page vice-président des États-Unis et la liste historique sur celle des vice-présidents. Les titulaires du moment de chaque fonction sont publiés sur le site officiel de la Maison-Blanche.

Questions fréquentes

Combien gagne le président des États-Unis ?

Son traitement est fixé par une loi du Congrès et ne peut pas changer pendant le mandat en cours ; il n'a été relevé que de rares fois depuis 1789. Le président est en outre logé à la Maison-Blanche et dispose d'Air Force One. Plusieurs présidents fortunés, comme John F. Kennedy ou Donald Trump, ont choisi de reverser leur salaire.

Un président peut-il faire un troisième mandat ?

Non : depuis 1951, le 22e amendement interdit d'être élu plus de deux fois. Le modifier exige une majorité des deux tiers dans chaque chambre puis la ratification par les trois quarts des États (38 sur 50). Franklin D. Roosevelt reste le seul président élu plus de deux fois.

Le président peut-il déclarer la guerre ?

Non, la déclaration de guerre appartient au Congrès, qui ne l'a plus utilisée depuis 1942. Les présidents engagent cependant régulièrement l'armée sans déclaration, de la Corée et du Vietnam aux frappes contre l'Iran en 2025 et 2026, dans le cadre contesté de la War Powers Resolution de 1973.

Un président peut-il se gracier lui-même ?

La question n'a jamais été tranchée par les tribunaux. La Constitution ne l'interdit pas explicitement, mais une note du département de la Justice de 1974 estime qu'un président ne peut pas être juge de sa propre cause.

Sources