Le vice-président des États-Unis : un rôle discret, une fonction décisive
Le vice-président des États-Unis préside le Sénat, où il départage les égalités de voix, et remplace le président en cas de décès, de démission, de destitution ou d'incapacité. Quinze vice-présidents sont devenus présidents, dont neuf en cours de mandat.
La Constitution ne confie au vice-président que deux missions : présider le Sénat et succéder au président. John Adams, premier titulaire du poste, le qualifiait de « fonction la plus insignifiante que l'invention de l'homme ait jamais conçue ». Pourtant, près d'un tiers des présidents des États-Unis ont d'abord été vice-présidents, et le rôle politique de la fonction s'est considérablement étoffé depuis le milieu du XXe siècle.
- Mandat
- 4 ans, élu avec le président
- Conditions
- les mêmes que pour le président
- Résidence officielle
- Number One Observatory Circle (Washington)
- Successions en cours de mandat
- 9
- Vice-présidents devenus présidents
- 15
Comment le vice-président est-il choisi ?
À l'origine, l'article II prévoyait que le candidat arrivé deuxième au collège électoral devenait vice-président. Ce système a produit un attelage incohérent en 1796 (le fédéraliste John Adams flanqué de son rival Thomas Jefferson) puis une égalité paralysante en 1800 entre Jefferson et son colistier Aaron Burr. Le 12e amendement (1804) a instauré deux votes distincts des grands électeurs, l'un pour le président, l'autre pour le vice-président.
Dans la pratique moderne, chaque candidat à la présidence choisit son colistier (running mate) avant la convention de son parti, et les deux figurent sur le même « ticket ». Le vice-président doit remplir les mêmes conditions que le président : être citoyen de naissance, avoir 35 ans et résider aux États-Unis depuis 14 ans. En pratique, il habite un autre État que le président : le 12e amendement interdit aux grands électeurs de voter pour deux candidats résidant dans leur propre État. Le fonctionnement du scrutin est détaillé sur la page élection présidentielle.
Le président du Sénat
L'article I fait du vice-président le président du Sénat. Il n'y prend pas part aux débats et ne vote qu'en cas d'égalité (tie-breaking vote). Dans un Sénat de cent membres divisé à 50-50, cette voix fait basculer la majorité : le parti du vice-président contrôle alors la chambre. John C. Calhoun, vice-président dans les années 1820, a longtemps détenu le record de ces votes décisifs ; Kamala Harris l'a dépassé entre 2021 et 2025.
Le vice-président préside aussi, le 6 janvier qui suit l'élection, la séance conjointe du Congrès où sont comptés les votes des grands électeurs. Son rôle y est purement cérémoniel, ce que l'Electoral Count Reform Act de 2022 a précisé noir sur blanc après les événements du 6 janvier 2021.
La succession présidentielle
En 1841, à la mort de William Henry Harrison, un mois après son investiture, la Constitution reste ambiguë : le vice-président hérite-t-il de la fonction ou seulement de ses « pouvoirs et devoirs » ? John Tyler tranche en prêtant serment comme président à part entière. Ce « précédent Tyler » s'impose ensuite à chaque succession.
| Vice-président | Devenu président en | Cause |
|---|---|---|
| John Tyler | 1841 | Mort de William Henry Harrison (maladie) |
| Millard Fillmore | 1850 | Mort de Zachary Taylor (maladie) |
| Andrew Johnson | 1865 | Assassinat d'Abraham Lincoln |
| Chester Arthur | 1881 | Assassinat de James Garfield |
| Theodore Roosevelt | 1901 | Assassinat de William McKinley |
| Calvin Coolidge | 1923 | Mort de Warren Harding (maladie) |
| Harry Truman | 1945 | Mort de Franklin D. Roosevelt (maladie) |
| Lyndon B. Johnson | 1963 | Assassinat de John F. Kennedy |
| Gerald Ford | 1974 | Démission de Richard Nixon |
Six autres vice-présidents ont accédé à la présidence par l'élection : John Adams (1796), Thomas Jefferson (1800), Martin Van Buren (1836), Richard Nixon (1968, huit ans après avoir quitté la vice-présidence), George H. W. Bush (1988) et Joe Biden (2020). Les circonstances des quatre assassinats sont racontées sur la page présidents assassinés.
Le 25e amendement : vacance et incapacité
Jusqu'en 1967, une vice-présidence devenue vacante le restait jusqu'à l'élection suivante, ce qui s'est produit seize fois. Ratifié après l'assassinat de Kennedy, le 25e amendement comble ces lacunes en quatre sections :
- Section 1 : en cas de décès, démission ou destitution du président, le vice-président devient président.
- Section 2 : en cas de vacance de la vice-présidence, le président nomme un remplaçant, confirmé par la majorité des deux chambres. Gerald Ford (1973) puis Nelson Rockefeller (1974) ont été désignés ainsi : Ford est le seul président à n'avoir jamais été élu ni à la présidence ni à la vice-présidence.
- Section 3 : le président peut transférer temporairement ses pouvoirs au vice-président, par exemple pour une anesthésie. Ronald Reagan (1985), George W. Bush (2002 et 2007) et Joe Biden (2021) y ont eu recours.
- Section 4 : le vice-président et la majorité du cabinet peuvent déclarer le président inapte. Cette procédure n'a jamais été utilisée.
D'un rôle effacé à un poste de gouvernement
Au XIXe siècle, la vice-présidence sert surtout à équilibrer géographiquement un ticket, et ses titulaires sont souvent tenus à l'écart. Harry Truman n'avait pas été informé du projet de bombe atomique avant de devenir président en avril 1945. Cette leçon a conduit à associer davantage le vice-président aux décisions : il siège depuis 1949 au Conseil de sécurité nationale.
Walter Mondale, sous Jimmy Carter (1977-1981), obtient un bureau dans l'aile ouest de la Maison-Blanche et un déjeuner hebdomadaire avec le président, inaugurant le modèle de la vice-présidence moderne. Dick Cheney, sous George W. Bush, en a fait l'un des postes les plus influents du gouvernement, notamment en matière de sécurité nationale après le 11 septembre 2001.
La liste des vice-présidents
Depuis John Adams en 1789, une cinquantaine de personnes ont occupé la fonction. Le tableau complet, avec les présidents associés et les dates, figure sur la page liste des vice-présidents des États-Unis. Quelques repères : Kamala Harris est la première femme à avoir exercé la fonction (2021-2025) ; Charles Curtis, vice-président de Herbert Hoover (1929-1933), était membre de la nation kaw et le premier à avoir des ascendances amérindiennes ; deux vice-présidents ont démissionné, John C. Calhoun en 1832 pour siéger au Sénat et Spiro Agnew en 1973 à la suite d'une affaire de corruption.
Questions fréquentes
Le vice-président peut-il voter au Sénat ?
Uniquement pour départager une égalité. Dans un Sénat partagé à 50-50, sa voix donne la majorité à son parti.
Que se passe-t-il si le président et le vice-président disparaissent en même temps ?
Le Presidential Succession Act de 1947 désigne ensuite le président de la Chambre des représentants, le président pro tempore du Sénat, puis les secrétaires du cabinet dans l'ordre de création de leur département, en commençant par le secrétaire d'État.
Combien de vice-présidents sont devenus présidents ?
Quinze : neuf par succession en cours de mandat et six par l'élection. Parmi les premiers, Theodore Roosevelt, Calvin Coolidge, Harry Truman et Lyndon B. Johnson ont ensuite été élus pour un mandat complet.
Le vice-président peut-il être destitué ?
Oui, par la même procédure d'impeachment que le président. Aucun vice-président n'a jamais été mis en accusation par la Chambre.