Navajos (Diné)

Histoire, culture et territoire d’un peuple autochtone des États-Unis.

Mis à jour le

Autonyme
Diné
Famille linguistique
Athapascane (na-dené)

Les Navajos se nomment eux-mêmes Diné, « le Peuple ». Leur pays, le Diné Bikéyah, s'étend entre quatre montagnes sacrées : Sisnaajiní (Blanca Peak) à l'est, Tsoodził (mont Taylor) au sud, Dook'o'oosłííd (San Francisco Peaks) à l'ouest et Dibé Ntsaa (mont Hesperus) au nord. Leur langue, le diné bizaad, appartient à la famille athapascane, comme celle des Apaches, ce qui témoigne d'une origine commune dans le nord-ouest du continent. La Navajo Nation, à cheval sur l'Arizona, le Nouveau-Mexique et l'Utah, est la plus vaste réserve des États-Unis et possède son propre gouvernement à trois branches.

Territoire

La Navajo Nation couvre environ 71 000 km², soit plus que l'Irlande. Sa capitale est Window Rock, en Arizona. Le territoire est divisé en 110 chapters, unités locales de gouvernement, et comprend trois enclaves au Nouveau-Mexique (Alamo, Ramah et Tóhajiilee). Il entoure entièrement la réserve hopi, ce qui a nourri un long contentieux foncier, réglé par la loi fédérale de 1974 au prix du déplacement de milliers de familles. La nation applique ses propres lois : la vente d'alcool y est interdite et elle observe l'heure d'été, contrairement au reste de l'Arizona.

Histoire

Les ancêtres des Diné s'installent dans le Sud-Ouest au plus tard vers 1500 ; les historiens débattent encore de la date exacte. Le Dinétah, dans le nord-ouest de l'actuel Nouveau-Mexique, est leur premier foyer connu. Au contact des Pueblos et des Espagnols, ils adoptent le mouton, le cheval et le tissage de la laine, sans renoncer à une économie mêlant agriculture, élevage et raids.

Après la guerre américano-mexicaine, l'armée américaine cherche à soumettre les Diné. En 1863-1864, Kit Carson mène une campagne de terre brûlée : vergers de pêchers du canyon de Chelly abattus, troupeaux tués, champs incendiés. Plus de 8 000 Diné sont contraints de marcher jusqu'à Bosque Redondo, près de Fort Sumner : c'est la « Longue Marche ». Des centaines meurent en route, beaucoup d'autres dans le camp, appelé Hwéeldi (« lieu de souffrance »). Le traité du 1er juin 1868 autorise le retour sur une partie du territoire ancestral, ce qui fait des Diné l'une des rares nations autochtones déportées à regagner leur pays.

La réserve est agrandie à plusieurs reprises. La découverte de pétrole conduit en 1923 à la création d'un conseil tribal, d'abord voulu par Washington pour signer des concessions. Dans les années 1930, la réduction forcée du cheptel, décidée au nom de la lutte contre l'érosion, ruine de nombreuses familles et reste un traumatisme. Pendant la Seconde Guerre mondiale, quelque 400 « code talkers » diné transmettent dans le Pacifique des messages chiffrés fondés sur leur langue, que l'armée japonaise ne parvient jamais à décrypter. De 1944 à 1986, l'extraction d'uranium laisse plus de 500 mines abandonnées et de lourdes séquelles sanitaires. Le Diné College, fondé en 1968, est le premier établissement d'enseignement supérieur géré par une nation autochtone.

Culture et langue

La société diné repose sur les clans matrilinéaires : on se présente en citant d'abord le clan de sa mère (« né pour »), puis celui de son père. Le hogan, habitation de bois et de terre ouverte à l'est, reste le lieu des cérémonies. La pensée diné s'organise autour du hózhó, notion d'équilibre et de beauté que les rites, comme le Blessingway ou le Nightway, visent à restaurer ; les peintures de sable (iikááh) réalisées par les chanteurs-guérisseurs (hataałii) sont effacées à la fin du rite et ne doivent pas être photographiées. Le tissage, transmis selon la tradition par Femme Araignée, a produit les couvertures « Chief » puis les tapis des comptoirs de Two Grey Hills ou de Ganado. L'orfèvrerie en argent et turquoise apparaît dans les années 1860, apprise auprès d'artisans mexicains.

Lieux à découvrir

  • Monument ValleyParc tribal géré par la Nation navajo ; le cœur du site ne se visite qu'avec un guide diné.
  • Antelope CanyonCanyon en fente situé sur des terres navajos près de Page, accessible uniquement en visite guidée.
  • Canyon de ChellyMonument national cogéré avec la Nation navajo, où des familles diné vivent et cultivent toujours le fond du canyon.
  • Navajo Nation Museum, Window RockMusée de la nation, à quelques pas du rocher percé qui donne son nom à la capitale.

Questions fréquentes

Faut-il dire Navajo ou Diné ?

Les deux sont admis. « Navajo » vient d'un mot tewa adopté par les Espagnols et figure dans le nom officiel de la Navajo Nation ; « Diné » est le nom que le peuple se donne dans sa propre langue.

Qu'est-ce que la Longue Marche des Navajos ?

La déportation forcée de plus de 8 000 Diné vers Bosque Redondo (Nouveau-Mexique) en 1864, après la campagne de terre brûlée de Kit Carson. Le traité de 1868 leur permet de rentrer sur une partie de leurs terres.

Qui étaient les code talkers navajos ?

Des Marines diné qui, de 1942 à 1945, ont transmis des messages militaires grâce à un code fondé sur leur langue. Le code n'a jamais été cassé ; leur rôle est resté secret jusqu'en 1968.

Peut-on visiter librement la Navajo Nation ?

Les routes sont ouvertes à tous, mais de nombreux sites exigent un permis ou un guide navajo. Les cérémonies, les maisons et les personnes ne se photographient pas sans autorisation.