La peine de mort aux États-Unis : où, combien, comment
La peine de mort est légale au niveau fédéral et militaire ainsi que dans une majorité d'États, mais les exécutions se concentrent dans une poignée d'États du Sud. Rétablie en 1976, elle a culminé à 98 exécutions en 1999 avant de reculer, puis de remonter en 2025 sous l'impulsion de la Floride.
Les États-Unis sont la seule démocratie occidentale à pratiquer encore la peine capitale. Elle relève essentiellement des États, qui fixent les crimes passibles de mort (en pratique, le meurtre aggravé), les procédures et les méthodes. La France, elle, l'a abolie le 9 octobre 1981 et a inscrit cette abolition dans sa Constitution en 2007.
- Rétablissement
- 1976 (Gregg v. Georgia)
- États ayant la peine de mort
- 27 au milieu des années 2020, dont 4 sous moratoire
- Pic d'exécutions
- 98 en 1999
- Exécutions depuis 1976
- plus de 1 600
Quels États appliquent la peine de mort ?
Au milieu des années 2020, selon le Death Penalty Information Center (DPIC), 27 États maintenaient la peine capitale ; le DPIC tient à jour la liste et les éventuelles abolitions. Dans quatre d'entre eux, le gouverneur a suspendu les exécutions : la Californie (2019), qui a pourtant le plus grand couloir de la mort du pays, l'Oregon (2011), la Pennsylvanie (2015) et l'Ohio (2020). Vingt-trois États l'avaient abolie, le Michigan dès 1846, puis, parmi les plus récents, la Virginie en 2021, premier État du Sud à le faire alors qu'elle avait exécuté plus de condamnés que tout autre dans l'histoire, et l'État de Washington en 2023.
| Statut | États |
|---|---|
| Abolie (23 + DC) | Alaska, Colorado, Connecticut, Delaware, Hawaï, Illinois, Iowa, Maine, Maryland, Massachusetts, Michigan, Minnesota, New Hampshire, New Jersey, Nouveau-Mexique, New York, Dakota du Nord, Rhode Island, Vermont, Virginie, Washington, Virginie-Occidentale, Wisconsin, District de Columbia |
| Légale, moratoire du gouverneur (4) | Californie, Ohio, Oregon, Pennsylvanie |
| Légale et appliquée ou applicable (23) | Alabama, Arizona, Arkansas, Floride, Géorgie, Idaho, Indiana, Kansas, Kentucky, Louisiane, Mississippi, Missouri, Montana, Nebraska, Nevada, Caroline du Nord, Oklahoma, Caroline du Sud, Dakota du Sud, Tennessee, Texas, Utah, Wyoming |
Dans beaucoup de ces États, aucune exécution n'a eu lieu depuis des années, faute de produits létaux ou en raison des recours. L'essentiel des exécutions se concentre dans une poignée d'États du Sud : Texas (plus de 590 depuis 1976), Oklahoma, Floride, Alabama.
Combien d'exécutions par an ?
| Année | Exécutions |
|---|---|
| 1999 (pic) | 98 |
| 2015 | 28 |
| 2016 | 20 |
| 2017 | 23 |
| 2018 | 25 |
| 2019 | 22 |
| 2020 | 17 |
| 2021 | 11 |
| 2022 | 18 |
| 2023 | 24 |
| 2024 | 25 |
| 2025 | 47 |
Source : DPIC. La hausse de 2025 tient d'abord à la Floride, qui a exécuté un nombre record de 19 condamnés sous le gouverneur Ron DeSantis. Depuis le rétablissement de 1976, plus de 1 600 personnes ont été exécutées dans le pays.
À l'inverse, les nouvelles condamnations à mort ont fortement diminué depuis les années 1990 (plus de 300 par an à l'époque, une trentaine par an dans les années 2020), et le couloir de la mort, qui dépassait 3 500 personnes vers 2000, se réduit depuis plus de vingt ans par l'effet des décès, des commutations et des annulations de peine. Beaucoup de condamnés y passent plus de vingt ans avant une exécution ou une commutation.
Les méthodes d'exécution
- Injection létale : méthode principale partout. Les laboratoires européens ayant refusé de fournir les produits, les États ont dû changer de protocoles (pentobarbital, midazolam), au prix d'exécutions ratées et de recours.
- Hypoxie à l'azote : utilisée pour la première fois en Alabama le 25 janvier 2024, puis en Louisiane en mars 2025. Les opposants la jugent cruelle, ses défenseurs la présentent comme rapide.
- Peloton d'exécution : la Caroline du Sud y a eu recours en mars 2025, une première aux États-Unis depuis 2010 ; l'Idaho en a fait sa méthode principale.
- Chaise électrique : encore possible au choix du condamné dans quelques États, dont la Caroline du Sud et le Tennessee.
Ce qu'a jugé la Cour suprême
| Arrêt | Année | Décision |
|---|---|---|
| Furman v. Georgia | 1972 | Suspend la peine de mort, appliquée de façon arbitraire |
| Gregg v. Georgia | 1976 | Autorise son rétablissement avec de nouvelles garanties |
| Atkins v. Virginia | 2002 | Interdite pour les personnes atteintes de déficience intellectuelle |
| Roper v. Simmons | 2005 | Interdite pour les crimes commis avant 18 ans |
| Kennedy v. Louisiana | 2008 | Interdite pour un crime n'ayant pas entraîné la mort (hors crimes contre l'État) |
| Glossip v. Gross | 2015 | Valide le midazolam dans l'injection létale |
| Glossip v. Oklahoma | 2025 | Annule la condamnation de Richard Glossip pour faux témoignage non corrigé |
Depuis que la Cour suprême compte une majorité conservatrice de six juges (2020), elle accorde rarement des sursis de dernière minute et a jugé en 2019 (Bucklew v. Precythe) que la Constitution ne garantit pas une mort sans douleur.
La peine de mort fédérale
L'État fédéral peut requérir la mort pour certains crimes (terrorisme, meurtre d'un agent fédéral, trahison). Après 17 ans sans exécution, l'administration Trump en a mené 13 entre juillet 2020 et janvier 2021. Joe Biden a imposé un moratoire puis, en décembre 2024, commué la peine de 37 des 40 condamnés à mort fédéraux. Dès le 20 janvier 2025, Donald Trump a signé un décret demandant de rétablir et d'étendre la peine capitale, et le ministère de la Justice a levé le moratoire en février 2025 et requis la mort dans plusieurs affaires, dont celle de Luigi Mangione, accusé du meurtre d'un dirigeant d'assurance santé à New York. Aucune exécution fédérale n'a eu lieu en 2025.
Le débat
Le soutien de l'opinion a nettement reculé : selon Gallup, il est passé de 80 % des Américains au milieu des années 1990 à environ la moitié dans les années 2020. Ses partisans invoquent la justice due aux victimes et la gravité de certains crimes. Ses opposants soulignent les erreurs judiciaires (près de 200 condamnés à mort innocentés depuis 1973 selon le DPIC), les disparités raciales, le coût élevé des procédures et la pression internationale. La question reste très marquée politiquement entre républicains et démocrates. Les autres grands enjeux sont présentés sur la page société américaine, et l'histoire de l'esclavage et de la ségrégation, qui éclaire le débat sur les disparités raciales, sur notre page consacrée aux droits civiques.
Questions fréquentes
Combien d'États ont la peine de mort aux États-Unis ?
27 États sur 50 au milieu des années 2020, ainsi que l'État fédéral et l'armée. Quatre de ces États (Californie, Ohio, Oregon, Pennsylvanie) n'exécutaient pas en raison d'un moratoire décidé par leur gouverneur. La liste à jour figure sur le site du Death Penalty Information Center.
Combien de personnes sont exécutées par an ?
Cela varie fortement : 98 en 1999, record de l'ère moderne, 11 seulement en 2021, puis 47 en 2025, le plus haut niveau depuis 2009. Le DPIC publie le décompte de chaque année.
Quel État exécute le plus ?
Le Texas sur l'ensemble de la période depuis 1976, avec plus de 590 exécutions. En 2025, la Floride a toutefois été l'État qui en a réalisé le plus, avec un record de 19.
Un Français peut-il être condamné à mort aux États-Unis ?
Oui, la nationalité ne protège pas. La France intervient alors diplomatiquement, conformément à son opposition de principe à la peine de mort, et la Convention de Vienne impose d'informer le consulat de l'arrestation d'un ressortissant étranger.