Frederick Douglass

Abolitionniste, orateur, écrivain, diplomate (1818-1895) : un portrait pour comprendre son rôle dans l’histoire américaine.

Mis à jour le

Domaine
Abolitionniste, orateur, écrivain, diplomate
Naissance
1818, Comté de Talbot (Maryland) ; né en février 1818, jour inconnu
Décès
20 février 1895
État de naissance
Maryland

Frederick Douglass (1818-1895) est un ancien esclave du Maryland devenu le plus célèbre orateur abolitionniste des États-Unis. Son autobiographie, publiée en 1845, sept ans après son évasion, révèle au monde la brutalité de l'esclavage. Journaliste, conseiller exigeant d'Abraham Lincoln, défenseur du droit de vote des femmes, il occupe après la guerre de Sécession plusieurs postes fédéraux, dont celui de ministre résident en Haïti.

Biographie

Frederick Augustus Washington Bailey naît en février 1818 dans le comté de Talbot, au Maryland, d'une mère esclave, Harriet Bailey, dont il est séparé très jeune, et d'un père blanc inconnu, peut-être son maître. Vers 8 ans, il est envoyé à Baltimore chez Hugh et Sophia Auld. Sophia commence à lui apprendre l'alphabet jusqu'à ce que son mari l'interdise : l'enfant poursuit seul, comprenant que la lecture est « le chemin de l'esclavage à la liberté ». Loué à 16 ans à Edward Covey, un « briseur d'esclaves », il finit par lui résister physiquement, tournant décisif de sa vie.

Le 3 septembre 1838, vêtu en marin et muni des papiers d'un marin libre, il s'enfuit de Baltimore en train et en bateau jusqu'à New York, avec l'aide d'Anna Murray, une femme noire libre qu'il épouse peu après. Installé à New Bedford, au Massachusetts, il prend le nom de Douglass. En 1841, un discours improvisé devant des abolitionnistes lui vaut d'être recruté comme conférencier par William Lloyd Garrison.

Son Récit de la vie de Frederick Douglass, esclave américain (1845) est un succès ; menacé d'être repris, il part en tournée en Irlande et en Grande-Bretagne, où des sympathisants rachètent sa liberté en 1846. À Rochester, il fonde en 1847 le journal The North Star. En 1848, il soutient à Seneca Falls la revendication du vote des femmes. Le 5 juillet 1852, il prononce le discours « Que représente pour l'esclave le 4 Juillet ? ». Pendant la guerre de Sécession, il recrute des soldats noirs, dont ses fils, et rencontre Abraham Lincoln en 1863 pour dénoncer l'inégalité de solde et de traitement.

Après la guerre, il est nommé marshal du district de Columbia (1877), responsable de l'enregistrement des actes (1881), puis ministre résident et consul général en Haïti (1889-1891). Veuf en 1882, il épouse en 1884 Helen Pitts, une militante blanche, union qui fait scandale. Il meurt le 20 février 1895 dans sa maison de Cedar Hill, à Washington, après avoir assisté à une réunion du Conseil national des femmes.

Héritage

Douglass a été l'Américain le plus photographié du XIXe siècle, choisissant des portraits dignes et graves pour contrer les caricatures racistes. Ses trois autobiographies, dont My Bondage and My Freedom (1855), sont des classiques de la littérature américaine, et son discours sur le 4 Juillet est régulièrement relu lors de la fête nationale. Sa vie montre aussi les fractures du mouvement réformateur : en 1869, il s'oppose à Susan B. Anthony et Elizabeth Cady Stanton en soutenant le 15e amendement, qui protège le vote des hommes noirs mais pas celui des femmes, estimant que leur vie même était en jeu dans le Sud. Il a défendu jusqu'au bout l'égalité des droits civiques, à l'heure où la ségrégation s'installait. Voir l'histoire de l'esclavage.

À retenir

  • Ignorant sa date de naissance, il avait choisi de la fêter le 14 février.
  • On connaît plus de 160 portraits photographiques de lui, davantage que de tout autre Américain de son siècle.
  • Il figure parmi les 32 hommes signataires de la Déclaration des sentiments de Seneca Falls, en 1848.
  • En 1872, l'Equal Rights Party le désigne, sans l'avoir consulté, candidat à la vice-présidence aux côtés de Victoria Woodhull.
  • Ses fils Lewis et Charles s'engagent dans le 54e régiment du Massachusetts, l'une des premières unités noires de l'Union.

Lieux de mémoire

  • Frederick Douglass National Historic Site, WashingtonCedar Hill, sa maison d'Anacostia, où il a vécu de 1878 à sa mort, avec vue sur le Capitole.
  • Cimetière de Mount Hope, Rochester (New York)Sa tombe, dans le même cimetière que Susan B. Anthony.
  • Frederick Douglass-Isaac Myers Maritime Park, BaltimoreMusée du port de Fells Point, où il a travaillé comme calfat avant son évasion.

Questions fréquentes

Comment Frederick Douglass s'est-il évadé ?

Le 3 septembre 1838, il quitte Baltimore en train, déguisé en marin, avec les papiers d'identité empruntés à un marin noir libre, puis gagne New York en bateau et en train. Sa future épouse, Anna Murray, avait financé une partie du voyage.

Pourquoi a-t-il pris le nom de Douglass ?

Pour échapper aux chasseurs d'esclaves, il abandonne le nom de Bailey. À New Bedford, son hôte Nathan Johnson lui suggère « Douglas », d'après un personnage du poème de Walter Scott La Dame du lac ; Frederick y ajoute un second « s ».

Frederick Douglass a-t-il rencontré Lincoln ?

Oui, à trois reprises à la Maison-Blanche : en août 1863, en août 1864 et lors de la réception qui suit la seconde investiture, en mars 1865. Il critiquait la lenteur du président sur l'émancipation et le traitement des soldats noirs, mais a fini par saluer son action.