Autant en emporte le vent, la guerre de Sécession vue de la Géorgie

Autant en emporte le vent (Gone with the Wind, 1936) de Margaret Mitchell suit Scarlett O'Hara, fille de planteur de Géorgie, de la veille de la guerre de Sécession à la Reconstruction. Prix Pulitzer 1937, adapté en 1939 dans l'un des films les plus vus de l'histoire, le roman est aussi l'un des principaux vecteurs de la vision nostalgique du Sud esclavagiste.

Mis à jour le

Fiche du roman

Autrice
Margaret Mitchell (1900-1949), née à Atlanta (Géorgie)
Parution
Gone with the Wind, Macmillan, 30 juin 1936 ; prix Pulitzer 1937
Traductions françaises
Pierre-François Caillé (Gallimard, 1939) ; Josette Chicheportiche (Gallmeister, 2020)
Cadre
La plantation de Tara, près de Jonesboro, et Atlanta (Géorgie), d'avril 1861 au début des années 1870
Longueur
Plus de 1 000 pages, en cinq parties

Résumé sans spoiler

En avril 1861, Scarlett O'Hara, 16 ans, fille aînée d'un planteur d'origine irlandaise, est la jeune fille la plus courtisée du comté de Clayton. Elle n'aime pourtant qu'Ashley Wilkes, héritier rêveur de la plantation voisine, qui doit épouser sa cousine, la douce Melanie Hamilton. Le jour où la guerre éclate, Scarlett rencontre Rhett Butler, aventurier cynique rejeté par la bonne société de Charleston, qui devine sa vraie nature.

La guerre de Sécession emporte le monde de son enfance. Veuve à 17 ans, réfugiée à Atlanta, Scarlett traverse le siège de la ville, la défaite et la ruine. Égoïste, têtue mais d'une énergie farouche, elle ne recule devant rien pour sauver Tara et ne plus jamais avoir faim, tandis que sa relation orageuse avec Rhett traverse tout le roman.

Attention : la suite révèle toute l'intrigue, y compris la fin.

Résumé complet

Par dépit, Scarlett épouse Charles Hamilton, frère de Melanie, qui meurt de maladie au camp quelques semaines plus tard. À Atlanta, elle aide Melanie à accoucher pendant que les troupes de Sherman prennent la ville, puis s'enfuit avec elle grâce à Rhett, qui les abandonne pour rejoindre l'armée confédérée. À Tara, saccagée, sa mère est morte et son père a perdu la raison. Scarlett tue un déserteur nordiste venu piller, fait travailler les siens dans les champs de coton et, pour payer les impôts exigés par les nouvelles autorités, épouse Frank Kennedy, le fiancé de sa sœur Suellen.

Elle se lance dans les affaires, achète une scierie et emploie des forçats loués à l'État. Attaquée sur une route, elle provoque une expédition punitive du Ku Klux Klan, présentée favorablement par le roman, au cours de laquelle Frank est tué. Elle épouse alors Rhett, enrichi par la contrebande pendant la guerre. Leur fille Bonnie meurt d'une chute de poney ; le couple se déchire. À la mort de Melanie, Scarlett comprend qu'Ashley n'était qu'un rêve et qu'elle aime Rhett ; mais celui-ci, lassé, la quitte. Elle décide de rentrer à Tara pour le reconquérir, avec la dernière phrase du livre : « After all, tomorrow is another day. »

Les personnages principaux

  • Scarlett O'Hara : héroïne ambitieuse et pragmatique, qui rompt avec le rôle imposé aux femmes du Sud.
  • Rhett Butler : profiteur de guerre lucide sur la cause sudiste, seul égal de Scarlett.
  • Ashley Wilkes : gentilhomme incapable de s'adapter au monde d'après-guerre.
  • Melanie Hamilton : bonté et courage discrets, seule personne que Scarlett finit par respecter.
  • Mammy : esclave puis domestique de la famille, dépeinte selon le stéréotype de la servante dévouée.
  • Gerald et Ellen O'Hara : les parents, l'immigré irlandais attaché à sa terre et l'aristocrate de Savannah.

Thèmes

La survie : Scarlett incarne ceux qui s'adaptent quand d'autres, comme Ashley, sombrent avec leur monde. La terre : Tara, et la terre rouge de Géorgie, sont le seul attachement constant de l'héroïne. La condition des femmes : veuvage, affaires, maternité refusée, le roman montre une femme qui gagne de l'argent dans une société qui le lui interdit. La nostalgie du Vieux Sud : le titre lui-même désigne une civilisation « emportée par le vent », idéalisée.

Le contexte historique américain

Le roman suit fidèlement la chronologie de la guerre de Sécession en Géorgie : campagne d'Atlanta en 1864, prise de la ville par William T. Sherman le 2 septembre 1864, incendie de ses installations militaires et industrielles en novembre, puis marche vers la mer jusqu'à Savannah. Atlanta, nœud ferroviaire et centre d'approvisionnement de la Confédération, se relève ensuite pour devenir la capitale du « Nouveau Sud ». La Reconstruction y est décrite du point de vue des anciens planteurs, comme une période d'humiliation.

C'est là que réside la limite majeure du livre. Écrit par la petite-fille de confédérés, il reprend le mythe de la « cause perdue » : esclaves heureux et fidèles, affranchis présentés comme dangereux, Klan défenseur de l'ordre. L'historiographie a depuis démontré la brutalité de l'esclavage et la portée démocratique de la Reconstruction, défaite par la violence et suivie de la ségrégation qui n'a pris fin qu'avec le mouvement des droits civiques.

Réception et influence

Le roman connaît un succès sans précédent : un million d'exemplaires vendus en six mois, en pleine Grande Dépression, dont les lecteurs se reconnaissent dans une héroïne qui survit à la ruine. C'est le seul roman publié par Margaret Mitchell, morte en 1949, renversée par une voiture à Atlanta. Les héritiers ont autorisé des suites, dont Scarlett d'Alexandra Ripley (1991). En 2001, The Wind Done Gone d'Alice Randall, réécriture du point de vue d'une esclave, a donné lieu à un procès : la cour d'appel a levé l'interdiction de publication au nom du droit à la parodie, avant un accord amiable en 2002. La maison où Mitchell écrivit le livre est un musée à Atlanta.

Le film de 1939

Produit par David O. Selznick et réalisé principalement par Victor Fleming, avec Vivien Leigh et Clark Gable, le film de près de quatre heures, en Technicolor, remporte huit Oscars compétitifs, dont celui du meilleur film. Hattie McDaniel, Mammy à l'écran, devient la première personne noire récompensée par un Oscar ; lors de la cérémonie, elle est placée à une table à l'écart, et elle n'avait pas pu assister à la première du film à Atlanta, le 15 décembre 1939, en raison des lois de ségrégation. Corrigées de l'inflation, ses recettes en font, selon les estimations usuelles, le plus grand succès de l'histoire du box-office nord-américain. En juin 2020, la plateforme HBO Max l'a brièvement retiré de son catalogue pour l'accompagner d'une introduction historique sur sa représentation de l'esclavage. Voir Hollywood et le cinéma américain.

Pourquoi le lire

Pour son héroïne, l'une des plus marquantes de la littérature populaire, et pour comprendre comment le Sud a raconté sa propre défaite. C'est un document essentiel sur le mythe de la « cause perdue », à lire en connaissant ses angles morts.

Questions fréquentes

D'où vient le titre ?

Le titre anglais est tiré d'un poème d'Ernest Dowson (1896). Le titre français reprend le refrain d'une ballade de François Villon, « Autant en emporte le vent ».

Tara a-t-elle existé ?

Non. La plantation est imaginaire, située près de Jonesboro, au sud d'Atlanta. Les décors du film ont été construits à Hollywood.

La réplique « Frankly, my dear… » est-elle dans le livre ?

Presque : dans le roman, Rhett dit « My dear, I don't give a damn ». Le scénario a ajouté « Frankly », et la réplique a été classée première des citations du cinéma américain par l'American Film Institute.

Pourquoi le roman est-il controversé ?

Parce qu'il idéalise l'esclavage et présente le Ku Klux Klan sous un jour favorable, selon le récit de la « cause perdue » développé par le Sud après sa défaite.

Retour au dossier littérature américaine. À lire aussi, pour un autre regard sur la même époque : Beloved et La Case de l'oncle Tom.

Sources