L'argot américain : 50 mots familiers expliqués

« Dude », « y'all », « no cap », « throw shade » : l'argot américain va du familier que tout le monde emploie aux mots de la génération Internet, en passant par les parlers régionaux. Voici 50 mots classés par registre, avec leur sens, leur origine et un exemple ; les termes vulgaires sont signalés.

Mis à jour le

L'argot (« slang ») américain se renouvelle vite, mais une grande partie de son vocabulaire dure depuis des décennies : « cool » date des années 1930, « dude » des années 1880. Une part importante vient de l'anglais afro-américain (AAVE, African American Vernacular English), qui l'a diffusé par le jazz puis le hip-hop. Les mots ci-dessous sont classés du plus neutre au plus marqué. Les insultes visant une origine, une religion ou une orientation sexuelle sont volontairement exclues : un étranger n'a aucune raison de les employer.

Le familier de tous les jours

Ces mots s'entendent partout, à tout âge, et peuvent être employés sans risque dans une conversation détendue.

MotSensOrigineExemple
OKD'accordAbréviation plaisante de « oll korrect », parue dans un journal de Boston en 1839OK, see you at six.
coolSuper ; ça marcheJazz afro-américain des années 1930-1940That's a cool place.
awesomeGénial« Impressionnant » à l'origine ; sens affaibli dans les années 1980The view was awesome.
dudeMec ; interjection de surpriseAnnées 1880, pour désigner un dandyDude, look at this!
you guysVous (pluriel), même entre femmes« Guy » vient des effigies de Guy Fawkes, brûlées en AngleterreAre you guys hungry?
buddy, broPoteAltération de « brother »Thanks, buddy.
gonna, wanna, gottaGoing to, want to, got toContractions de l'oralI'm gonna grab a coffee.
hang outTraîner ensembleXIXe siècle, « fréquenter un lieu »We hung out at the beach.
chillSe détendre ; décontractéArgot afro-américain des années 1970-1980Let's just chill tonight.
my badMa faute, pardonTerrains de basket, années 1970-1980Oops, my bad.
bummerDommage, déceptionAnnées 1960It's closed? What a bummer.
sketchyLouche, douteuxDe « sketch » (esquisse), donc « flou »This motel looks sketchy.
legitAuthentique, sérieuxAbréviation de « legitimate »This taco place is legit.
freak outPaniquer, flipperAnnées 1960Don't freak out, it's fine.
crashDormir chez quelqu'unSens attesté dans les années 1940Can I crash at your place?
shotgunLa place avant, à côté du conducteurGarde armé assis près du cocher des diligencesShotgun! I'm sitting up front.

L'argent

MotSensOrigineExemple
buckDollarPeaux de daim (« buckskins ») servant de monnaie d'échange au XVIIIe siècleCan you lend me ten bucks?
grandMille dollarsDébut du XXe siècleThe repair cost two grand.
BenjaminBillet de 100 dollarsPortrait de Benjamin Franklin sur le billetHe paid with a Benjamin.
brokeFauchéParticipe ancien de « break », XVIIIe siècleI can't go, I'm broke.

Les parlers régionaux

Certains mots trahissent immédiatement l'origine de celui qui parle. Le Dictionary of American Regional English en a recensé des milliers ; voici les plus connus.

MotSensOrigineExemple
y'allVous (pluriel)Sud ; contraction de « you all »Y'all want some sweet tea?
fixin' toÊtre sur le point deSudI'm fixin' to leave.
wickedTrès (intensif)Nouvelle-Angleterre, autour de BostonThat chowder is wicked good.
hellaTrès, beaucoupBaie de San Francisco, de « hell of a »It's hella cold today.
jawnTruc, chose, endroitPhiladelphie ; sans doute de « joint »Pass me that jawn.
yinzVous (pluriel)Pittsburgh ; de « you ones »Are yinz coming?
popSodaMidwest et Nord-Ouest ; « soda » sur les côtes, « Coke » dans une partie du SudGrab me a pop.

Dans les régions de San Francisco et d'Oakland, « hella » est un marqueur d'identité locale revendiqué.

L'argot des jeunes et d'Internet

Beaucoup de ces mots viennent de l'AAVE ou de la « ball culture », la scène des bals queer afro-américains et latinos de New York, avant d'être popularisés par le hip-hop, les réseaux sociaux et les séries. Les utiliser à contretemps, surtout passé la trentaine, fait facilement sourire.

MotSensOrigineExemple
litGénial, animé (fête)Longtemps « ivre » ; sens actuel popularisé par le hip-hopThe party was lit.
saltyAigri, vexéArgot afro-américain du XXe siècleHe's salty he lost.
ghostDisparaître sans explicationAnnées 2010, rencontres en ligneShe ghosted me after two dates.
susLouche, suspectAbréviation de « suspicious », relancée par le jeu Among UsThat's kinda sus.
lowkeyUn peu, discrètementDe l'adjectif « low-key », discretI lowkey want pizza.
no capSans mentirAAVE et rap d'Atlanta ; « cap » = mensongeBest burger ever, no cap.
betOK, ça marcheAAVE, de « you bet »“See you at 8?” “Bet.”
GOATLe meilleur de tous les temps« Greatest Of All Time », surnom de Mohamed AliJordan is the GOAT.
flexFrimerBomber les muscles ; hip-hopHe's flexing his new car.
throw shadeLancer une piqueBall culture, documentaire Paris Is Burning (1990)Was she throwing shade at me?
spill the teaRaconter les potinsBall culture ; « T » pour « truth »Come on, spill the tea!
slayAssurer, être éblouissantBall cultureYou slayed that presentation.
stanFan inconditionnel ; adulerChanson « Stan » d'Eminem (2000)I stan this band.
rizzCharme, art de séduireDe « charisma » ; mot de l'année Oxford 2023He's got serious rizz.
vibeAmbiance, impressionDe « vibration », années 1960I love the vibe here.
FOMOPeur de rater quelque chose« Fear Of Missing Out », années 2000I went out of pure FOMO.
bougieSnob, qui se donne des airsAAVE, du français « bourgeois »That brunch spot is bougie.

Vulgaire ou grossier : à manier avec prudence

Ces mots sont très fréquents à l'écran mais choquent davantage qu'en français dans un cadre familial ou professionnel.

MotSensOrigineExemple
sucks (familier)C'est nulConnotation sexuelle à l'origine, aujourd'hui atténuéeThis weather sucks.
damn (juron léger)Zut, purée ; sacrément« Damner », juron religieuxDamn, I forgot my keys.
crap (vulgaire)Camelote ; minceAncien mot pour « déchet »This souvenir is crap.
pissed (vulgaire)Furieux (en anglais britannique : ivre)De « piss », urineMy boss is pissed.
BS (vulgaire)FoutaisesAbréviation de « bullshit »That's total BS.
badass (vulgaire)Dur à cuire ; génialAnnées 1950She's a badass climber.

Bien comprendre l'argot sans faux pas

  • Le contexte compte : « dude » ou « you guys » sont acceptables presque partout ; « no cap » ou « rizz » dans la bouche d'un touriste adulte paraîtront décalés.
  • Les mots de l'AAVE appartiennent à une communauté : les reprendre en imitant un accent est mal perçu.
  • Le sens bouge : « lit » a longtemps voulu dire « ivre », « awesome » signifiait « terrifiant ». Un dictionnaire récent tranche en cas de doute.
  • Britannique ou américain : « pissed » ou « pants » n'ont pas le même sens des deux côtés de l'Atlantique, comme le montre notre page sur l'anglais américain.

Pour des tournures plus neutres, voir nos expressions américaines courantes ; pour les mots qui ressemblent trop au français, la liste des faux amis. Le jazz et le cinéma ont diffusé cet argot dans le monde entier.

Questions fréquentes

Que veut dire « dude » ?

« Mec » ou « vieux », pour s'adresser à un ami, et aussi une interjection de surprise (« Dude! »). Le mot désignait à l'origine, dans les années 1880, un citadin trop élégant.

Que signifie « no cap » ?

« Sans mentir », « je te jure ». En argot afro-américain, « cap » signifie mensonge et « to cap », mentir ou exagérer.

Pourquoi les Américains disent-ils « bucks » pour les dollars ?

Au XVIIIe siècle, les peaux de daim (« buckskins ») servaient d'unité d'échange avec les Amérindiens. Le mot est resté pour désigner le dollar.

« Pissed » est-il vulgaire ?

Oui, modérément. Aux États-Unis, il signifie « très en colère » (« pissed off ») ; en Grande-Bretagne, « ivre ». Dans un contexte poli, dites plutôt « upset » ou « angry ».

Que veut dire « y'all » ?

C'est le pluriel de « you » dans le Sud des États-Unis, contraction de « you all ». Il comble l'absence de pluriel distinct en anglais, comme « you guys » ailleurs et « yinz » à Pittsburgh.

Sources